Meurtre d'un journaliste au Pakistan: HRW dénonce l'impunité des services secrets

ISLAMABAD (AFP) - L'organisation Human Rights Watch (HRW) a dénoncé mardi l'impunité dont bénéficient les services secrets au Pakistan, notamment dans le cadre du meurtre d'un journaliste, et appelé le gouvernement à redoubler d'efforts pour punir les coupables.

Photo prise le 8 juillet 2008 à Rome du journaliste pakistanais Saleem Shahzad transmise par l'agence de presse italienne Adkronos (© - Cristiano Camera)
Saleem Shahzad, 40 ans, avait été kidnappé en mai 2011 à Islamabad et battu à mort. Son cadavre retrouvé quelques jours plus tard dans un fossé. Ce reporter, travaillant notamment pour des agences de presse italienne et de Hong Kong, avait écrit dans ses articles qu'Al-Qaïda avait infiltré l'armée pakistanaise.

Une commission d'enquête gouvernementale chargée d'enquêter sur sa mort avait indiqué à la mi-janvier n'être pas pas en mesure d'identifier ses meurtriers, et ce "en dépit de fortes indications pointant une implication de l'ISI" (les services secrets de l'armée pakistanaise, ndlr), regrette l'organisation de défense des droits de l'Homme HRW dans un communiqué.

"L'échec de la commission à faire la lumière sur le meurtre de M. Shahzad illustre la capacité de l'ISI à rester hors d'atteinte du système judiciaire pakistanais", y dénonce Brad Adams, directeur d'HRW pour l'Asie.

La commission d'enquête "semblait avoir peur d'affronter l'ISI à propos du meurtre de M. Shahzad", souligne M. Adams. Or "le gouvernement a la responsabilité d'identifier les meurtriers", ajoute HRW en l'appelant à "redoubler d'efforts" pour y parvenir.

Quelques jours avant sa disparition, Saleem Shahzad avait averti HRW qu'il avait été menacé par des agents de l'ISI à cause de ses articles.

L'ISI avait aussitôt dénoncé des accusations "sans fondement".

En juillet, le plus haut gradé de l'armée américaine, l'amiral Mike Mullen, avait affirmé que les autorités pakistanaises pourraient avoir approuvé le meurtre de M. Shahzad.

"L'ISI a une longue histoire émaillée de cas documentés d'enlèvements, tortures et d'exécutions extra-judiciaires d'opposants de l'armée et autres", dont régulièrement des journalistes, rappelle HRW.

"L'ISI doit arrêter d'agir comme un Etat dans l'Etat. Elle ne cessera ses abus que si elle est soumise à la loi", et "c'est au gouvernement d'insister sur (cette) obligation", souligne M. Adams.

Selon l'organisation internationale Reporter Sans Frontières (RSF), le Pakistan a été le pays le plus meurtrier en 2011 pour les journalistes, avec au moins huit morts. HRW en dénombre elle au moins dix.