| Restaurants et bars-tabac récoltent les fruits de leur laxisme |
| PARIS (AFP) - Faute d'avoir respecté la loi Evin en 1991, un texte avant-gardiste en Europe pour protéger les non-fumeurs dans les lieux publics, restaurateurs et buralistes se trouvent aujourd'hui confrontés à une législation plus stricte dont ils redoutent l'impact sur leur activité. |
La mission parlementaire sur le tabac présentera mardi son rapport sur l'interdiction du tabac dans les lieux publics et le gouvernement devrait prendre une décision à la mi-octobre.
Le ministre de la Santé Xavier Bertrand a indiqué que l'interdiction serait probablement instituée par décret au début de 2007.
La France, avec ce texte, suivrait le mouvement général en Europe, lancé en 2004 par l'Irlande qui a imposé l'interdiction totale de fumer dans les lieux publics. L'Italie, la Suède, la Grande-Bretagne et l'Espagne ont à leur tour adopté des lois très draconiennes.
La France était pourtant précurseur en matière de protection des non-fumeurs, en adoptant la loi Evin. Relativement bien respectée dans les bureaux, gares, stations métro, écoles, elle est peu suivie dans les bars-tabac et restaurants.
D'ailleurs, l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (Umih) a attendu 2004, soit 13 ans après l'entrée en vigueur de la loi, pour lancer une campagne d'explication aux patrons des cafés, hôtels et restaurants sur les obligations de la loi Evin.
Le risque d'éventuelles poursuites de leurs salariés victimes du tabagisme passif a poussé les restaurateurs à changer d'attitude. Ils exigent maintenant des aides financières de l'Etat pour adapter leurs locaux aux obligations du texte à venir.
Craignant qu'un durcissement de la loi entraîne une baisse d'activité, le Syndicat national des hôteliers, restaurateurs, cafetiers et traiteurs réclame des mesures d'accompagnement: allègements fiscaux, délais de paiement des cotisations sociales et création d'un fonds d'indemnisation. Ce dernier serait utilisé en cas de poursuite de salariés victimes de tabagisme passif.
Chez les buralistes, le problème est différent. Déjà ébranlée par l'augmentation du prix des cigarettes, décidée par le gouvernement, il y a trois ans pour lutter contre le cancer, la profession (31.000 buralistes) est actuellement en pleine mutation.
Depuis 2003, les prix des cigarettes ont augmenté de 45% alors que les ventes ont chuté de 32% en raison de l'explosion des ventes transfrontalières. Au total, 1.500 bureaux de tabac ont fermé.
"L'ensemble des buralistes craint de subir un choc aussi violent qu'en 2003", relève René Le Pape, président de la Confédération des débitants de tabac.
Anticipant ce tournant, les débitants de tabac se diversifient et proposent des produits annexes (pizzas, produits d'hygiène, DVD ...), l'Etat n'ayant toujours pas confié les missions de service public promises dans le cadre d'un plan d'aide signé en 2003. Il devait ainsi autoriser les buralistes à fournir des informations et documents administratifs ou vendre des billets de train et de spectacles.
Seul le timbre fiscal dématérialisé est actuellement testé dans une cinquantaine de points de vente.
"Nous sommes encore à 55% du chiffre d'affaires réalisé sur le tabac et serons appelés, dans les années à venir, à en vendre encore moins. Il nous faut un délai de cinq ans pour poursuivre notre mutation", affirme M. Le Pape.
|
| Publié le: 03/10/2006 à 09:46:09 GMT |
Source : AFP |
|
|