| Premier bar lillois sans tabac, le Tudor redevient fumeur, faute de clients |
| LILLE (AFP) - "Pour la santé publique, c'était très bien mais commercialement, c'était une erreur": premier bar de Lille à avoir banni la cigarette, le Tudor Inn est redevenu fumeur en septembre car l'établissement, qui avait perdu jusqu'à 40% de sa clientèle, n'était plus rentable. |
"Cela avait l'air tendance, on en parlait beaucoup à l'époque et je me disais qu'être le premier (bar à devenir non-fumeur, NDLR) nous permettrait d'être un peu avant-gardiste", explique Dominique Lecrocq, patron du Tudor.
Le quadragénaire, qui grille lui-même deux à trois paquets par jour, est alors convaincu qu'en faisant "quelque chose de différent" il peut "attirer une nouvelle clientèle".
Le 1er novembre dernier, le cosy établissement du centre-ville aux élégants murs de briques et à la lumière tamisée interdit ainsi, "du jour au lendemain, sans prévenir personne", la cigarette. Une affiche sur la porte d'entrée avertit simplement les clients et l'information est relayée par les serveurs, tous accros à la nicotine.
La chute de la fréquentation est immédiate, aux alentours de 40%. "Je suis venue pas mal un moment mais quand c'est devenu non-fumeur j'ai préféré aller ailleurs. Quand on a le choix, c'est pénible de se dire: +je vais me priver+", explique Julia Salleron, une cliente de 23 ans.
"Quand on vient dans un bar, c'est pour une heure ou deux, c'est super difficile de ne pas fumer (...) Et puis le sucre appelle le tabac", souligne de son côté Olivier Warin, serveur depuis lundi au Tudor qu'il a un temps délaissé également parce que l'ambiance y était devenue "complètement différente".
Si l'établissement perd ses fumeurs, il se voit aussi paradoxalement déserté par une partie des non-fumeurs. "On s'est rendu compte que les fumeurs et les non-fumeurs n'étaient pas deux catégories qui vivaient dans leur coin. Les non-fumeurs préfèrent rester avec leurs amis fumeurs, quitte à supporter une ambiance enfumée", souligne Dominique Lecrocq.
Malgré tout, le cafetier persiste pendant dix mois. Mais "à un moment, c'était clair et net, ce n'était plus possible de continuer. La boîte n'était plus rentable".
A la fin des vacances d'été, le Tudor Inn est donc redevenu fumeur. Ou mixte, plus exactement. "On ne fait pas une marche arrière totale. On fait moitié-moitié, on a gardé les deux plus belles pièces, les salons, pour les non-fumeurs", précise M. Lecrocq.
Si une interdiction de fumer dans les cafés est adoptée, il aménagera un fumoir, "une minuscule pièce bien ventilée", pour éviter que les fumeurs n'envahissent la rue et ne causent des nuisances au voisinage. Une décision qu'il ne craint pas car elle mettra tous les cafetiers à la même enseigne.
Depuis un mois, le bar, ouvert de 16H00 à 03H00, reconquiert peu à peu sa clientèle, notamment grâce au bouche à oreille. Désormais, s'amuse le cafetier, "j'ai plus de monde dans les pièces non-fumeurs qu'à l'époque où le bar était non-fumeur, car la foule attire la foule alors qu'un bar vide n'attire pas".
|
| Publié le: 03/10/2006 à 09:58:34 GMT |
Source : AFP |
|
|