Zimbabwe: report de la présidentielle, l'opposition en colère
HARARE (AFP) - Le délai supplémentaire de 10 semaines pour le second tour de la présidentielle au Zimbabwe, imposé par les autorités plus d'un mois et demi après le scrutin du 29 mars, provoque l'ire de l'opposition qui attend le retour de l'étranger de son leader Morgan Tsvangirai.
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| Montage de protraits datant de mars 2008 du président Robert mugabe (g) et de l'opposant Morgan Tsvangirai (© AFP/Archives - Alexander Joe) |
Le Mouvement pour le changement démocratique (MDC-opposition) a exprimé sa crainte que ce report ne serve à intensifier une campagne de violence et d'intimidation menée, selon lui, par le parti du président Robert Mugabe, qui a également connu une défaite historique aux législatives lors des élections générales du 29 mars.
Selon la loi électorale, le second tour entre Tsvangirai, 56 ans, et Mugabe, 84 ans dont 28 au pouvoir, aurait du être organisé dans les 21 jours suivant l'annonce officielle le 2 mai des résultats du premier, soit d'ici le 23 mai.
Mais, selon un document officiel auquel l'AFP a eu accès mercredi, la Commission électorale (ZEC) a étendu ce délai à 90 jours, soit au plus tard le 31 juillet.
Le secrétaire adjoint pour les affaires légales du MDC, Jessie Majome, a affirmé que ce délai n'était qu'un stratagème pour perpétuer le règne de Mugabe.
"C'est un truquage et c'est de façon flagrante, illégal", a-t-il déclaré à l'AFP.
"Tout cela, ce sont des tours de passe-passe utilisés par l'Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (Zanu-FP) pour se maintenir au pouvoir et continuer ses petites affaires", a-t-il ajouté.
La Zanu-FP "va mettre à profit ces 90 jours pour mutiler et tuer, et ce délai est une prolongation des souffrances du peuple zimbabwéen", a-t-il lancé.
Le MDC affirme que 32 de ses militants ont été tués par des partisans de Mugabe depuis le 29 mars.
Alors que les élections se sont déroulées dans le calme, le pays a été depuis le théâtre d'une forte montée de la violence, au point que l'ONU a averti cette semaine que celle-ci approchait du "niveau critique".
Des centaines de personnes ont été arrêtées et des associations font état de milliers de blessés et de déplacés.
Les Etats-Unis ont demandé que des observateurs internationaux soient présents au second tour et appelé à accentuer la pression sur Mugabe.
"Si le second tour doit se produire, la communauté internationale doit absolument faire pression sur le gouvernement zimbabwéen afin de s'assurer que les conditions sont réunies pour un scrutin libre et équitable", avait déclaré mercredi un porte-parole du département d'Etat, Tom Casey.
La plupart des actes de violence sont intervenus dans les zones rurales, traditionnellement acquises à Mugabe avant le scrutin, et le MDC craint que, si l'attente se prolonge, les électeurs ne soient trop effrayés pour aller voter.
Afin de calmer les inquiétudes, le gouvernement a affirmé vouloir proposer à l'opposition de former des équipes mixtes chargées d'enquêter sur les violences.
Tsvangirai avait déjà estimé samedi qu'un scrutin après le 23 mai serait "illégal". A l'inverse, un des principaux lieutenants de Mugabe a assuré que la ZEC était dans son droit.
"C'est parfaitement légal, la ZEC a autorité pour prolonger tout délai dans l'organisation d'élections dans le cadre de la loi, contrairement à ce que dit le MDC", a assuré le ministre de la Justice, Patrick Chinamasa, cité jeudi par le quotidien d'Etat The Herald.
Considéré comme une réussite post-coloniale jusqu'au début des années 2000, le Zimbabwe a vu depuis son économie chuter dramatiquement. Le chômage dépasse les 80% et l'inflation est la plus forte du monde, à près de 165.000%.
L'étendue du marasme a été mis en relief jeudi par l'émission d'un billet d'un demi-milliard de dollars zimbabwéens, une dizaine de jours après une coupure de 250 millions.
