Les violences vont se poursuivre malgré la mort de Zarqaoui

PARIS (AFP) - Les violences devraient se poursuivre à un niveau élevé en Irak malgré la mort d'Abou Moussab al-Zarqaoui, car ce dernier ne dirigeait qu'une composante d'une insurrection éclatée en plusieurs mouvements et devrait pouvoir être remplacé rapidement, estiment des experts.

Un Irakien observe les débris d'une voiture qui a explosé sur un marché de Bagdad, le 8 juin 2006 (© AFP - Ahmad al-Rubaye)
"Le risque de guerre civile qui existe de manière larvée est plus que jamais présent", affirme l'expert français Jean-Charles Brisard, auteur du livre "Zarqaoui, le nouveau visage d'Al-Qaida".

Si la violence peut baisser en intensité "immédiatement", le répit ne sera de courte durée.

"Depuis quelques mois, Zarqaoui avait unifié un certain nombre de mouvements insurrectionnels. Temporairement, ces groupes risquent de se retrouver encore divisés et cela va peut-être produire une diminution des violences. Mais elles rependront et il n y aura pas de stabilisation à plus long terme", prédit M. Brisard.

Rappelant que le groupe de Zarqaoui "est le mieux structuré avec les meilleurs réseaux de fourniture d'armes et de fonds", cet expert estime que son remplacement à la tête de la branche irakienne d'Al-Qaïda devrait intervenir rapidement.

"Des expériences précédentes ont montré que ce genre de groupes parvenaient à surmonter la mort de leurs chefs. La mort de Zarqaoui n'est pas une surprise et je pense qu'al-Qaïda l'avait envisagée depuis longtemps car ce n'est pas un chef politique ou religieux caché dans un bunker mais un militaire qui se devait d'être sur le terrain et de s'exposer", analyse ce chercheur.

Zarqaoui est "essentiellement remplaçable", confirme François Géré de l'Institut français d'analyse stratégique qui doute, a-t-il expliqué à une radio française, d'une diminution de la violence en Irak où il y a un "environnement éclaté avec des organisations qui poursuivent des buts très locaux".

La mort de Zarqaoui "ne va pas entraîner une chute brutale du niveau de violence car les sources de violences sont multiples", estime de son côté Rosemary Hollis, spécialiste du Moyen-Orient à la Chatham House, un centre de réflexion britannique.

Elle rappelle que la capture de l'ancien dictateur Saddam Hussein "n'avait pas mis un terme à l'insurrection".

"Est ce que l'insurrection a vraiment besoin d'un cerveau? Est-ce que le terrorisme a besoin de Zarqaoui pour continuer", se demande-t-elle. Et de répondre: "j'ai bien peur que non".

"Je ne crois pas que cela va beaucoup modifier le niveau de la violence et la nature de l'insurrection, dont il n'était qu'une petite composante. Mais il était aussi le catalyseur faisant atteindre à l'insurection des niveaux extrêmes de brutalité et celui qui embrasait les conflits entre chiites et sunnites", estime l'expert suédois Magnus Ranstrop.

Auteur notamment d'une étude sur les "conséquences de la guerre d'Irak", Jean-François Daguzan de la Fondation pour la recherche stratégique à Paris se garde pour sa part de parier sur les conséquences de la disparition de Zarqaoui.

"Il est difficile d'en évaluer les implications sur la violence", dit-il même s'il affirme avoir constaté "une inflexion des groupes internationalistes et jihadistes au profit des nationalistes qui veulent nettoyer la guérilla de sa part non-irakienne et négocier avec le pouvoir".

Quel est le poids de ces groupes "nationalistes" au sein de l'insurrection?

"Je ne crois pas que ce soient les plus influents", répond Jean-Charles Brisard.