Le vent, source d'énergie attractive pour la Norvège pétrolière

UTSIRA (Norvège) (AFP) - La Norvège, qui se prépare à un avenir sans pétrole, voit dans la force du vent qui fouette son vaste littoral une alternative à fort potentiel.

Des éoliennes sur l'île norvégienne d'Utsira, située en pleine mer du Nord (© AFP - Nina Larson)
"La cartographie du vent montre que (...) la Norvège est l'un des pays les mieux situés pour (exploiter) l'énergie éolienne, à la fois sur ses côtes et en mer", explique la ministre adjointe norvégienne du pétrole et de l'énergie Liv Monica Stubholdt.

Pour l'heure, le pays scandinave, cinquième exportateur mondial de pétrole et troisième de gaz, est à la traîne.

La Norvège compte 15 parcs éoliens, qui produisent moins d'1 % de l'électricité du pays, soit 10 fois moins de capacité que le Danemark.

Environnementalistes et acteurs de cette industrie se plaignent qu'Oslo fassde peu pour encourager cette énergie écologique.

"Le gouvernement devrait dépenser plus pour promouvoir l'éolien (...)", estime Ane Brunvoll, experte de cette énergie auprès du groupe environnemental Bellona.

Toutefois, il y a des signes de changement à mesure que les inquiétudes sur la baisse des réserves de pétrole et le réchauffement climatique se sont accrues. 150 nouvelles installations ont ainsi été autorisées ou sont en attente d'un feu vert.

Selon Mme Brunvoll, la Norvège, avec ses 2.500 kilomètres de côtes a théoriquement la capacité de générer 14.000 terawatt heure (TWH) d'énergie par an. En comparaison, la Norvège produit seulement 2.300 TWH par an à partir de son industrie pétrolière.

"Bien sûr, nous ne souhaitons pas voir nos côtes envahies d'éoliennes mais juste une fraction de ceci serait bien", estime Mme Brunvoll.

L'une des raisons majeures qui explique le retard de la Norvège est que le pays a accès à une énergie hydroélectrique virtuellement illimitée qui couvre aujourd'hui 99% de sa consommation énergétique domestique, explique M. Stubholdt.

L'ambition du gouvernement est toutefois de faire de la Norvège un pays exportateur d'énergie renouvelable. "Cela ne pourra pas se faire si nous ne développons pas fortement l'éolien", relève Mme Stubholdt, qui ajoute que le gouvernement explore la possibilité de donner des licences à des "blocs" à l'instar de ce qui ce fait avec le pétrole en mer du Nord.

Les entreprises sont déjà lancées dans la course au développement de nouvelles technologies rendant possible la mise en place de turbines en mer profonde où les vents sont les plus forts et où personne ne peut déplorer les nuisances.

Sur la petite île d'Utsira, sur la côte sud-ouest de Norvège, le maire Jarle Nilsen est particulièrement conscient du potentiel de cette énergie.

L'île de 6 km2 et 210 habitants est devenue un laboratoire virtuel pour l'innovation des technologies d'électricité produite à partir du vent.

"Nous avons des conditions de vents exceptionnelles ici, avec une brise constante et régulière qui permet une production très élevée", dit-il.

Les deux turbines, érigées sur une colline, produisent plus d'énergie que ce dont la petite communauté a besoin.

Les éoliennes sont en outre intégrées à un système permettant de convertir le vent en hydrogène, une première mondiale.

"Le système nous permet de produire de l'énergie de qualité, fiable et la seule émission est de l'oxygène", souligne Halgeir Oeya, qui dirige la division technologie hydrogène pour la compagnie pétrolière StatoilHydro, à la tête de ce projet test.

M. Oeya reconnaît cependant que la production de cette énergie est coûteuse, qu'il faudra un "certain nombre d'années" avant qu'elle ne soit commercialisée et donc rentable.

Les deux projets de construction de turbines flottantes en mer profonde près d'Utsira, qui devraient être prêts dans deux ans, semblent financièrement plus prometteurs.

A terme, une éolienne en mer profonde produira deux fois plus d'électricité que sur terre.