Tunisie: l'ex-garde prétorienne de Ben Ali affiche sa loyauté au nouveau régime

CARTHAGE (AFP) - Accusés par la rumeur d'être associés aux récentes exactions en Tunisie, des membres du corps de la sécurité présidentielle, redouté de la population, assurent lundi qu'ils coopèrent avec les forces de sécurité du régime de transition.

Le chef de la sécurité présidentielle Kais Bellakhal devant le palais du gouvernement à Tunis le 17 janvier 2011 (© - Fethi Belaid)
"Certains d'entre nous ont servi sous (l'ancien chef d'Etat Habib) Bourguiba, nous avons travaillé pour (Zine El Abidine) Ben Ali, nous protégerons aussi le prochain président. Nous sommes là pour protéger le président, quel qu'il soit", promet lundi un officier de la sécurité présidentielle, posté devant le palais situé à Carthage, au nord de Tunis.

"Nous sommes attachés à la fonction, pas à la personne même. Si on défendait vraiment Ben Ali, on se serait enfui avec lui", insiste-t-il, conscient que le corps de la sécurité présidentielle, qui compte plusieurs milliers de membres issus de l'armée, de la police et de la garde nationale (gendarmerie) et qui avait la haute main sur les autres forces de sécurité, était particulièrement choyé par le président déchu.

Depuis plusieurs jours, des témoignages attribuent à des membres de l'appareil sécuritaire de l'ancien régime la responsabilité des pillages et exactions. Ces derniers sèment la terreur de nuit dans la capitale, sa banlieue, et plusieurs villes du pays, afin de créer le chaos pour favoriser le retour de Ben Ali, qui a fui vendredi vers l'Arabie Saoudite après 23 ans de règne sans partage.

Ces accusations ont été confortées par l'annonce dimanche de l'arrestation du général Ali Sériati, ancien chef de la sécurité présidentielle, accusé d'orchestrer cette campagne de terreur.

"L'arrestation de Sériati, c'est une bonne chose. J'ai travaillé dix ans avec lui. Si on m'en avait donné l'autorisation, je l'aurai tué moi-même pour ce qu'il a fait", jure un membre de la sécurité présidentielle, sans donner davantage de détails.

Autour de lui, des gardes postés à intervalles réguliers rectifient leur position en voyant arriver un groupe de journalistes. Ils portent un treillis de type militaire.

"Notre tenue habituelle, c'est le costume, mais nous avons mis l'uniforme pour bien montrer à la population que nous coopérons avec les forces de sécurité", explique un autre membre de la sécurité présidentielle, aux rangers impeccablement cirées.

"Les gens pensent que la garde présidentielle patrouille dans les rues et tire sur la population, alors qu'on est là, à protéger le palais. Ce qu'on veut c'est la vérité, faire baisser les tensions dans le pays, que des rumeurs n'alimentent plus la peur", poursuit-il.

Dimanche soir, les médias tunisiens et internationaux faisaient ainsi état d'affrontements opposant soldats et membres de la sécurité présidentielle, aux abords immédiats du palais, pendant le couvre-feu.

Mais lundi matin, l'accès au bâtiment était protégé par un barrage associant les deux unités. "Comme vous pouvez le voir, nous travaillons en étroite coopération avec l'armée", proclame un officier de la sécurité présidentielle.

Le calme règne aussi un peu plus loin, devant la grande grille de fer forgé qui garde l'entrée principale du palais, encadrée de palmiers et d'un gazon impeccablement tondu.

"Des hommes ont ouvert le feu à partir d'une maison située à proximité. Nous avons riposté et donné l'assaut ensemble, membres de la sécurité présidentielle et militaires. Deux civils munis d'armes automatiques ont été arrêtés et remis à la police. Il n'y a pas eu de blessés", témoigne un garde, dont le récit recoupe celui des militaires présents sur place.

Pour "rassurer la population et renforcer la sécurité", comme l'explique un militaire et peut-être éviter au palais le sort des luxueuses résidences appartenant au clan Ben Ali pillés ces derniers jours, deux chars d'assaut munis d'un canon de 105 mm ont pris place en fin de matinée devant les grilles du palais.