Le travail en tant que tel est fortement valorisé chez les Marocains

CASABLANCA (MAP) - Le travail en tant que tel est fortement valorisé chez les Marocains, selon une enquête nationale sur les valeurs, qui révèle que 76 pc des sondés pensent que même devenu riche, il faut continuer à travailler.

Et du coup, l'esprit rentier qui implique l'inactivité n'est pas approuvé.

La même attitude est exprimée quant aux moyens d'accès à la richesse. Ainsi, 77 pc associent la richesse au travail, 6 pc à l'usage de moyens illégaux et 3 pc à l'héritage, indique cette enquête réalisée par l'université Hassan II-Mohammedia dans le but d'esquisser une configuration générale des valeurs majoritaires de la société marocaine en jetant des éclairages sur quatre domaines : La famille, la tradition et la religion, la politique et le travail et les loisirs.

Concernant le meilleur moyen pour accéder à l'emploi, 65 pc estiment que c'est le diplôme et 12 pc la compétence. Les recours aux relations (10 pc) et à la corruption (8 pc) sont moins appréciés. A la question du choix entre la fonction publique et le travail pour son propre compte, 46 pc optent pour le premier choix et 54 pc pour le second. Dans ce cas, l'initiative personnelle et la prise du risque sont appréciées. 42 pc sont prêts à quitter un emploi permanent et prendre le risque de créer leurs propres entreprises. Ici, soutient l'enquête, la prise du risque est plutôt préférée à la sécurité de l'emploi. Elle serait plus appréciée lorsqu'elle est prise individuellement et en dehors de toute structure collective de travail. Pour la majorité des gens, apprend-on de même source, et en dépit du contexte défavorable qui devrait être décourageant, l'émigration reste la panacée à portée de main. 56 pc souhaitent émigrer, 29 pc acceptent de le faire quelles que soient les conditions du travail à l'étranger et 27 pc si les conditions sont favorables. Sur le registre des loisirs, l'enquête est parvenue à cette conclusion : La diversification des loisirs est très faible parmi la population marocaine. En dehors de regarder la télévision, peu d'activités que peu de gens pratiquent sont citées. Plus de la moitié des enquêtés ne prend pas régulièrement de vacances. Et ceux qui le font recourent majoritairement au mode de logement familial.

Sur tout un autre registre, la politique et particulièrement au sujet de la participation de la femme dans le domaine, l'enquête révèle que pour la fonction de ministre, 40 pc optent pour les hommes, 12 pc pour les femmes et 48 pc pour les deux.

Concernant la fonction de député, 37 pc optent pour les hommes, 13 pc pour les femmes et 51 pc pour les deux. Et cette étonnante conclusion révélatrice d'une certaine misogynie qui a toujours la peau dure : Plus d'un tiers des répondants n'a pas confiance dans la femme pour exercer les hautes fonctions politiques.

Il n'en demeure pas moins que l'attitude à l'égard de la participation de la femme à la politique est positive. Cependant, elle varie selon les domaines.

Plus le domaine est récemment conquis par la femme, plus les attitudes négatives sont fortes. Globalement, l'enquête dégage cette conclusion : L'intérêt à l'action politique et à la politique en général est faible. Le taux d'adhésion à des organisations politiques, syndicales ou associatives, est encore trop faible. Cependant, l'activité associative tend à être plus valorisée que l'activité dans les cadres traditionnels de l'action politique (partis politiques et syndicats). L'engagement civique tend à être plus important et plus apprécié que l'engagement politique, selon la même source.

La conséquence principale de ce contexte où l'intérêt à la politique est faible, consiste dans l'incapacité d'une bonne partie de la population à évaluer leur environnement politique et institutionnel. Pour juger, apprécier ou critiquer, les gens ont besoin d'un minimum de sens commun politique qui ne peut se nourrir que de l'élargissement de l'espace de l'opinion publique. Outre l'éclairage sur les valeurs majoritaires et minoritaires dans les quatre domaines concernés par l'enquête, les chercheurs ont aussi fait état des valeurs émergentes, entre autres, l'activisme associatif, la parité entre l'homme et la femme, la diversité culturelle et linguistique ainsi que l'émigration. Pour répondre à ces questions, l'enquête à été menée auprès de 1000 sondés couvrant la quasi-totalité du territoire national. Selon la méthode des quotas adaptée, l'échantillon des personnes interrogées a une structure comparable à celle de la population marocaine. Les critères retenus par l'étude sont le milieu de résidence (urbain/rural), le sexe, l'âge, l'état matrimonial, le niveau scolaire et la profession.

Le rapport de l'enquête a été rédigé par Hassan Rachik, soutenu par un comité scientifique et de suivi composé de Mohamed Tozy, Abdellatif Benchrifa et Rahma Bourkia, présidente de l'université Hassan II-Mohammedia. Quant à la supervision de l'enquête sur le terrain, elle a été assurée par M'hamed Abderebbi.