Tend@nce: banques et opérateurs parient sur le m-commerce
LONDRES - Les banques s'y intéressent parce qu'il permettrait de réduire la fraude. Les opérateurs télécoms y voient de nouvelles sources de revenus. Pour les commerçants, il représenterait une alternative plus sûre et potentiellement moins coûteuse que les cartes de crédit.
Petit à petit, l'idée du "m-commerce", ou possibilité de faire ses achats par l'intermédiaire d'un téléphone portable, commence à faire son chemin.Mi-mars, la filiale de Deutsche Telekom, T-Mobile, et l'opérateur britannique Vodafone ont annoncé qu'ils s'unissaient dans l'espoir d'offrir ces services de paiement mobile à des dizaines de millions d'abonnés dans les quelques années à venir.
En Espagne, c'est le projet Mobipay qui retient l'attention, les principales banques et la majorité des opérateurs télécoms du pays s'étant lancés dans l'aventure.
La maîtrise du risque bancaire explique en majeure partie l'intérêt porté au "m-commerce". Les contrefaçons de signature et les vols de numéros de cartes de crédit pèsent sur les commissions. Dans certains magasins, régler un achat par carte bancaire peut être facturé jusqu'à 5% du montant total, souvent payé par le commerçant.
Avec le commerce mobile, les risques sont réduits, assurent les analystes. Les frais de transaction varient entre 1,5 et 4% et continuent à baisser. De plus, la plupart des système de paiement mobile utilisent un simple téléphone et plus de lecteur de cartes de crédit, qui peuvent s'avérer très chers.
Cela rend ce moyen de paiement très attrayant pour des professions qui avaient jusqu'alors boudé les cartes de crédit comme les taxis et les petits magasins ou restaurants.
Une banque et un cinéma d'Helsinki ont lancé une expérience permettant aux spectateurs de régler leurs billets par portable et d'arriver à la dernière minute. En Finlande, on exige généralement que les tickets soient récupérés au moins une heure avant le début du film.
Eero Vasenius, l'un des dirigeants de la Nordea Bank Finland qui participe au projet, a donc réservé des billets pour son fils et lui sur le site WAP du cinéma et payé en envoyant un message texte de confirmation.
UNE IDEE SIMPLE
Le combiné de Vasenius est doté de deux cartes à puce: l'une, standard, de son opérateur de téléphonie mobile et l'autre contenant des détails sur ses coordonnées bancaires.
C'est cette seconde puce, qui ne peut être activée qu'avec un code PIN (Personal identification number), qui transforme le téléphone mobile en carte de crédit.
Ces transactions sont différentes de celles effectuées sur le net, qui ne nécessitent ni mot de passe ni signature en plus du numéro de carte de crédit.
Même si Mobipay en Espagne et Paybox, le projet dans lequel s'est impliqué la Deutsche Bank en Allemagne et en Grande-Bretagne, fonctionnent avec des technologies différentes, les deux projets reposent sur les mêmes bases: un numéro de téléphone portable unique et un code secret qui peuvent être utilisés directement dans les magasins ou sur internet.
La somme est ensuite débitée sur le compte en banque de l'utilisateur comme pour n'importe quel paiement par carte de crédit. A terme, on pourra même "m-rembourser" instantanèment ses amis après un dîner au restaurant qu'ils auraient réglé.
Le commerce mobile suscite de grands espoirs dans le secteur. Selon le cabinet de consultants britannique Frost & Sullivan, ce nouveau service pourrait générer 25 milliards de dollars en 2006, ce qui représenterait une part de 15% du commerce électronique.
Tout serait donc parfait s'il n'y avait pas le rapport entre la somme à payer et le coût d'utilisation du réseau mobile. Pour des petits achats, l'idée d'utiliser ce réseau n'est peut-être pas la meilleure.
TROP D'ACTEURS?
A Berlin, l'une des expériences de m-commerce consiste à régler la canette de Coca-Cola d'un distributeur automatique avec son portable. Problème: 33 centilitres de boisson à bulles dépassent allègrement les deux euros alors que le prix normal est d'un euro.
Une "surtaxe" s'explique par le coût des SMS envoyés pour la commande et facturés jusqu'à 80 centimes d'euro selon les opérateurs. En Finlande, l'opérateur Sonera a dû abandonner son service de vente de tickets de bus et de parking par SMS lancé il y a deux ans parce qu'il était considéré comme trop cher.
A Helsinki, la société de transports publics se plaignait notamment du fait que 50% du coût des billets étaient versés à l'opérateur. "Les micro-paiements sont compliqués et c'est un problème que personne n'a vraiment réglé", confirme Ben Donnelly, analyste de Frost & Sullivan.
Malgré ses avantages certains, on ignore pour l'instant comment exactement le m-commerce va décoller notamment parce qu'il existe beaucoup d'offres concurrentes, basées sur des technologies différentes et faisant intervenir de nombreux acteurs.
En Allemagne l'opérateur D2 Vodafone teste actuellement un système en collaboration avec Siemens et Brokat. De plus, la Deutsche Bank a son Paybox et Mobilcom procède également à des essais.
Au Danemark, Orange travaille main dans la main avec les commerçants et en Autriche, Mobilkom Austria a créé sa propre banque destinée aux paiements de m-commerce.
"Tout le monde suit son propre chemin, espérant que les autres suivront et adopteront son système", constate Rupert Plumridge, analyste d'OTR, qui vient juste de publier un rapport sur les paiements électroniques.
"Il y a tellement de projets en cours que c'est un peu la confusion". D'un côté, les banques craignent que les opérateurs tentent d'établir une chasse gardée sur le m-commerce. D'un autre, les opérateurs s'inquiètent de l'intérêt porté par les banques à cette idée de peur qu'elles ne leur ravissent des revenus significatifs.
Il n'y a guère qu'en Espagne, où les cartes de crédit ne sont utilisées que par un cinquième de la population, qu'opérateurs et banques travaillent ensemble au sein du projet Mobipay. Et encore, c'est parce que le gouvernement les y a contraints.
"Les banques et les opérateurs ont des approches très différentes (sur le m-commerce)", explique Katrina Bond, analyste en chef chez Analysys. Pour les analystes, les deux camps sont condamnés à s'entendre s'ils ne veulent pas prendre le risque de perdre des clients qu'ils n'ont pas encore conquis.