Tacheles, le squat mythique de Berlin menacé par un projet immobilier
BERLIN (AFP) - Le squat d'artistes Tacheles qui contribua à faire de Berlin un mythe pour la Bohème après la chute du Mur, est menacé par un groupe immobilier qui prévoit d'en faire un complexe de luxe.
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| Vue de l'entrée du squat d'artistes Tacheles à Berlin (© AFP - John Macdougall) |
Le Tacheles, c'est l'histoire de la croisade héroïque de ces artistes qui avaient occupé ce bâtiment en ruine en 1990, s'étaient opposés avec succès à sa destruction et l'avaient finalement transformée en havre de culture alternative à la renommée internationale.
Le Tacheles est un survivant d'une époque révolue.
Le bâtiment de 6.000 m2, longtemps laissé à l'abandon, percé de partout et entièrement recouvert de graffitis, héberge des ateliers, des galeries, un cinéma, des salles de concerts et, derrière un grand no-man's-land où gisent ça et là des sculptures géantes, surgit un bar inattendu.
Le groupe immobilier allemand Fundus, qui a acquis les lieux il y a dix ans, a résilié à compter du 31 décembre 2008 le bail de ses 31 occupants qui payent un loyer symbolique de 50 cents par mois.
"Nous avons toujours su que ce jour allait arriver", reconnaît le président de l'association gérant le Tacheles, Martin Reiter, qui se targue d'avoir "300.000 visiteurs par an".
En 1998, l'appétit pécunier de Fundus s'était heurté à une résistance massive de la population et des pouvoirs publics, l'encourageant à négocier des contrats symboliques d'une durée de dix ans.
Aujourd'hui, Mitte n'échappe plus à la tendance européenne d'embourgeoisement des capitales. Les esprits y sont moins prompts à défendre un établissement dont la qualité a un peu pâti de l'envahissement touristique.
La Bohème aujourd'hui est dans d'autres quartiers comme Friedrichshain, où la population vient d'ailleurs de rejeter à 87% par pétition un immense projet immobilier sur les rives de la Spree.
Mitte en revanche a été cédé aux promoteurs immobiliers qui parient sur l'émergence d'une classe aisée dans une ville largement populaire où le luxe a du mal à percer.
Mais heureusement pour le squatt du Tacheles, son propriétaire est en difficulté.
Fundus, qui gére environ 2,5 milliards d'euros, est à l'origine de plusieurs projets prestigieux en Allemagne, comme l'hôtel Adlon à Berlin et le Grand hôtel à Heiligendamm (nord) où le G8 a élu résidence en 2007. Mais ses affaires marchent au ralenti et les quelque 60.000 investisseurs du groupe sont inquiets.
Son projet de construire sur le terrain du Tacheles un complexe de 80.000 m² d'appartements, bureaux et cafés de luxe et dans le bâtiment lui-même, classé au patrimoine historique, "un centre de culture et d'art", peine à attirer des capitaux. Au point que la filiale qui gère le projet est en cessation de paiement et placée sous administration judiciaire depuis plusieurs mois.
Son président Thomas Schingnitz continue à affirmer que "les contrats de location expirent à la fin de l'année" et que "la réalisation du projet commencera en 2009". Pour le moment, c'est à l'administrateur de décider du sort des contrats de bail et de l'avenir du projet.
Face aux difficultés de Fundus, les occupants estiment être en position de négocier. Ils proposent de payer davantage de loyer, de développer leur programmation de spectacles et d'améliorer la gestion économique du lieu.
En retour, Martin Reiter espère pouvoir "continuer à offrir de bonnes conditions de travail à bas prix aux artistes dans ce quartier" et ainsi préserver à Mitte un peu de son âme d'antan.
