Les soldats américains construisent un nouveau mur dans Sadr City

BAGDAD (AFP) - Des soldats irakiens et américains ont entamé la construction d'un mur dans le bastion chiite de Bagdad, Sadr City, un ouvrage qui devrait, selon le commandement américain samedi, prévenir les tirs de roquettes contre le reste de la ville.

Un Irakien montre un obus de mortier éclaté tombé sur sa maison à Sadr City, bastion chiite de Bagdad, le 18 avril 2008 (© AFP - Ahmad al-Rubaye)
Ce mur de béton de plusieurs mètres de haut va diviser le vaste secteur, qui abrite plus de deux millions d'habitants, fief du chef radical anti-américain Moqtada Sadr.

Selon le commandement américain, il doit empêcher les infiltrations dans la zone au sud du mur des équipes de tireurs de roquettes ou de mortiers qui prennent pour cible régulièrement la "zone verte", enclave fortifiée qui abrite le gouvernement irakien et l'ambassade des Etats-Unis.

Le mur, dont la construction a commencé cette semaine, doit empêcher ces groupes de se positionner à distance de tir de cette "zone", installée dans un ancien domaine de Saddam Hussein, sur la rive ouest du Tigre, dans le centre de Bagdad.

Cette barrière "doit séparer le secteur et permettre de contrôler les allers et venues", a expliqué à l'AFP un porte-parole américain, le colonel Steven Stover. Il a assuré que la construction du mur était une initiative du gouvernement irakien: "Nous ne prenons pas de décision indépendante", a-t-il affirmé.

Sadr City est le théatre d'affrontements violents entre forces irakiennes et américaines et miliciens chittes depuis la fin du mois de mars, qui ont fait quelque 400 tués.

Les Américains assurent que leur objectif est de neutraliser des éléments incontrolés qui désobéissent aux ordres de cessez-le-feu du jeune chef radical Moqtada Sadr.

Mais les sadristes, dernière milice irakienne farouchement opposée à la présence américaine, soutiennent qu'ils sont la cible d'une campagne systématique pour les affaiblir, voire les éliminer.

"Le mur doit permettre d'empêcher les tirs de roquettes à partir de Sadr City", a encore affirmé le colonel Stover, en assurant que la vie des habitants du quartier ne serait pas affectée.

"Les gens normaux, les citoyens qui respectent la loi, et les véhicules des services d'urgence gouvernementaux pourront entrer et sortir sans problème", a encore indiqué le porte-parole.

"Les terroristes ont créé ce genre d'environnement qui nécessite que des précautions soient prises pour protéger le public", a ajouté le colonel Stover.

Des centaines de murs de béton ont été érigés à Bagdad depuis le début de l'occupation américaine en avril 2003 pour tenter de prévenir les violences, qui ont visé le contingent américain, les troupes irakiennes, mais surtout les populations civiles.

Ils ont été mis en place pour protéger des positions militaires, des bâtiments officiels, des immeubles commerciaux, ou des marchés ouverts.

Ils ont également été érigés pour séparer des quartiers les uns des autres, suivant des lignes de division ethnique entre communautés sunnites et chiites.

Ces constructions ont souvent provoqué la colère des habitants des quartiers concernés qui voient dans ces ouvrages une volonté de morceler la capitale irakienne, pour la diviser en secteurs homogènes, et mieux la contrôler.