Le sigle de l'ancien parti au pouvoir arraché de son siège national

TUNIS (AFP) - Des fonctionnaires tunisiens déboulonnaient jeudi l'inscription "Rassemblement constitutionnel démocratique", qui décorait en grandes lettres dorées la façade du siège de l'ancien parti au pouvoir, à Tunis, devant lequel étaient réunis plus d'un millier de manifestants.

Manifestants à Tunis le 20 janvier 2011 (© - Martin Bureau)
Devant le bâtiment, des Tunisiens contemplaient la scène en la comparant à la statue de l'ancien dictateur irakien Saddam Hussein, déboulonnée à Bagdad après la chute de son régime en 2003.

A l'aide d'un gros câble passé entre le mur et l'inscription, un fonctionnaire en civil faisait sauter l'une après l'autre les lettres écrites en arabe, a constaté un photographe de l'AFP.

La foule était maintenue à distance de l'entrée du bâtiment par un cordon de militaires, qui procédaient ponctuellement des tirs de sommation pour dissuader des manifestants d'escalader le mur d'enceinte.

"Le peuple veut la démission du gouvernement", ont scandé les manifestants, qui brandissaient des pancartes proclamant "On n'a plus peur de vous, traîtres" et "RCD out!", en référence au parti du président déchu Zine El Abidine Ben Ali.

La police, en première ligne lors de la répression de la révolte populaire qui a fait au moins 100 morts en un mois selon les Nations unies, se tenait jeudi à l'écart.

"Je suis avec vous. On ne va pas tirer sur vous, l'essentiel c'est que le rassemblement soit pacifique", a déclaré à la foule devant le siège du RCD un colonel de l'armée qui tentait de calmer les manifestants.

Ceux-ci l'ont applaudi et certains ont cueilli des fleurs dans les massifs alentours pour les déposer dans les canons des chars postés là, devant des militaires qui souriaient.

La rue tunisienne conteste fortement la présence aux postes clés du gouvernement d'union nationale de membres de l'équipe sortante qui a régné sans partage sur le pays pendant 23 ans.

Le nouvel exécutif, qui tenait jeudi après-midi son premier Conseil des ministres, a été formé trois jours après la chute du régime de Ben Ali, contraint vendredi à l'exil en Arabie Saoudite par la Révolution du jasmin.