Séance avec bébé, Utopia invite les jeunes parents cinéphiles

TOULOUSE (AFP) - Les parents pénètrent, avec leur bébé dans les bras ou en poussette, dans une salle du cinéma Utopia à Toulouse, qui programme des séances spéciales où les nourrissons peuvent brailler, téter ou roter sans agacer les autres spectateurs, prévenus à l'avance.

Des spectateurs devant un cinéma (© AFP/Archives - Patrick Bernard)
"Pour moi, c'est le seul moyen d'aller au ciné, c'est la première fois que je viens et je vais revenir à coup sûr", dit un ingénieur de 37 ans, ravi de l'initiative, qui a profité d'une journée de RTT pour venir voir le dernier film de Clint Eastwood, "Gran Torino", à l'Utopia de Tournefeuille, dans la banlieue de Toulouse.

Utopia, une chaîne d'art et essai, a lancé depuis un an les séances-bébé dans ses cinémas de Toulouse, Montpellier et Saint-Ouen, sur des créneaux horaires de début d'après-midi, généralement peu fréquentés.

"Ce sont des spectateurs qui nous ont demandé. On a vraiment été surpris par la demande et par les réactions enthousiastes sur notre blog. On choisit des films adaptés, pas trop violents, pas trop tristes", raconte d'un air amusé Rodolfe Village, 35 ans, projectionniste et webmaster.

"C'était possible avant, on n'a jamais interdit les salles aux bébés, mais les gens n'osaient pas. Quand on pointe des séances en particulier, ça les décomplexe", explique-t-il devant la porte du cinéma, en tirant les dernières bouffées de sa cigarette entre deux lancements de bobines.

"Ca ne nous apporte pas grand-chose de plus (d'un point de vue économique) mais on trouve ça sympa", ajoute le projectionniste.

Sur le programme, la mention "bébé" apparaît en lettres rouges afin de prévenir les spectateurs que la projection peut être perturbée.

Alors que Clint Eastwood, dans "Gran Torino", traite un Hmong de "face de nem", un bébé se met à pleurer sans pour autant déclencher le moindre "chuuut" parmi la vingtaine de personnes venues sans enfant.

"Ce n'est pas du tout gênant, je trouve que c'est une très bonne idée", dit un spectateur d'une cinquantaine d'années en sortant à la fin du film.

"C'est super, mon bébé a deux mois, ça permet de sortir un peu, et puis ça déculpabilise. Aujourd'hui, j'ai eu de la chance, il a dormi tout le temps", se réjouit Emilie Hatchondo, qui rassemble ses affaires avant de sortir avec son fils dans les bras.

"Je lui ai donné le sein pendant la séance et il s'est endormi", dit-elle, tout sourire. Puis elle ajoute: "Je vais passer l'information".

Une habituée des séances bébé, Angela La Rosa, apprécie la "convivialité" qui s'installe naturellement avec les autres parents. "C'est la première fois qu'il pleure, d'habitude il dort, confie la jeune femme. L'obscurité, ça les calme".

Dans la cabine de projection, Rodolfe Village vérifie, à travers une petite fenêtre, que les poussettes soient garées et les bébés installés pour lancer le film. "A cette heure-là, on avait surtout des personnes âgées. Là, ça donne un côté intergénérationnel, c'est sympa", plaisante-t-il.