Les Russes s'apprêtent à élire Medvedev à la présidence

MOSCOU (AFP) - Les Russes s'apprêtent selon toute vraisemblance à ratifier le choix du Kremlin en élisant dimanche à la présidence Dmitri Medvedev, qui formera avec Vladimir Poutine un tandem à l'avenir incertain.

Dmitry Medvedev et Vladimir Poutine le 28 février 2008 à Moscou (© AFP - Mikhail Kimentyev)
La Russie s'étendant sur onze fuseaux horaires, le scrutin commence samedi à 20H00 GMT au Kamtchatka et dans la Tchoukotka, en Extrême-Orient russe, et se termine dimanche à 18H00 GMT dans l'enclave de Kaliningrad, en Europe.

En l'absence de véritable suspense électoral, à en croire les sondages, les analystes se focalisent depuis un certain temps déjà sur l'après-élection et sa principale inconnue, celle de la viabilité du "tandem" Medvedev-Poutine. Le maître du Kremlin "sortant", qui a en personne désigné "son" candidat à la présidentielle, s'est en effet engagé à occuper les fonctions guère prestigieuses en Russie de Premier ministre. Même s'il assure qu'il sera à ce poste "l'exécutif suprême", de quoi brouiller un peu plus les pistes et laisser sceptiques bien des analystes.

Un tel duo "n'a pas d'avenir", "il faut qu'il y ait un seul chef" dans le système institutionnel actuel, explique ainsiAlexandre Konovalov, président de l'Institut russe d'évaluations stratégiques. La question serait donc désormais de savoir lequel des deux hommes prendrait le dessus sur l'autre, la Constitution donnant l'essentiel du pouvoir au président, mais Vladimir Poutine disposant, du moins jusqu'à présent, du soutien des "siloviki", les responsables des services chargés de la sécurité du pays.

Devant tant d'incertitudes, les Russes en sont souvent réduits à consulter sur internet les prédictions de l'astrologue Pavel Globa, une célébrité nationale, pour qui Dmitri Medvedev ne "sera pas une personnalité faible et sous le contrôle" de quiconque. Sous-entendu Vladimir Poutine.

Dans un pareil cas de figure, la continuité politique et économique tant mise en exergue serait-elle préservée, certains dans les médias et les milieux d'affaires s'évertuant à déceler les prémices d'une politique plus libérale au détour de déclarations et de prises de position passées de M. Medvedev ?

Autre inconnue liée à l'actualité immédiate, le lendemain de la présidentielle ne sera-t-il pas marqué par une énième crise avec l'Ukraine, sommée une nouvelle fois de régler sa dette gazière avant lundi ? Faute de quoi le géant russe Gazprom menace de réduire d'un quart ses livraisons de gaz.

Une chose est en tout cas sûre : ces dernières semaines, Dmitri Medvedev a été omniprésent en Russie.

Conséquence, les trois autres hommes en lice, le communiste Guennadi Ziouganov, l'ultranationaliste proche du Kremlin Vladimir Jirinovski et le pro-européen Andreï Bogdanov, condamnés à jouer les figurants, n'obtiendraient respectivement dimanche, au vu des derniers sondages, que 9%-16%, 7%-14% et 1%. Tandis que le premier vice-Premier ministre Medvedev est crédité de 61 à 80% des intentions de vote...

Quant à l'opposition libérale, qui n'a pas pu enregistrer de candidat à la présidentielle, elle devait remettre samedi à la Commission électorale plus de 5.000 signatures de personnalités et de simples citoyens refusant "de participer à cette farce" électorale.

En attendant, peut-être parce que les autorités craignent un taux de participation pas suffisamment élevé afin de pleinement légitimer le choix du troisième président de la Russie post-soviétique, tous les moyens sont bons pour mobiliser la population.

De l'appel télévisé solennel vendredi de Vladimir Poutine à ses compatriotes aux multiples banderoles dans les rues sur fond de drapeau russe, sans oublier les SMS des opérateurs mobiles incitant à se rendre aux urnes...