Le resserrement monétaire bien accueilli par un Japon optimiste

TOKYO (AFP) - La Bourse de Tokyo et le marché des changes ont accueilli sereinement vendredi le resserrement monétaire historique décidé la veille, le gouverneur de la Banque du Japon (BoJ) réaffirmant publiquement sa confiance dans la bonne santé de la deuxième économie mondiale.

Deux courtiers japonais à Tokyo le 9 mars 2006 (© AFP - Yoshikazu Tsuno)
Nerveuse en début de semaine, la Bourse de Tokyo, qui craignait un tour de vis monétaire bien plus draconien, a poursuivi ses gains vendredi. L'indice Nikkei a terminé en hausse de 0,49% après avoir un fort rebond de 2,62% jeudi.

Sur le marché des changes, le yen reculait légèrement par rapport au dollar, les intervenants se déclarant rassurés par la promesse de la banque centrale de ne pas relever son taux directeur dans l'immédiat.

"On a vendu du yen car le marché s'attend à ce que les taux d'intérêt à court terme au Japon restent au niveau zéro", a expliqué Nobuo Kihara, analyste du marché des changes chez BNP Paribas.

Le comité de politique monétaire de la BoJ a décidé jeudi de mettre officiellement fin à la politique anti-déflationniste qu'elle menait depuis mars 2001, et qui consistait à injecter sur le marché d'énormes quantités de liquidités tout en maintenant le loyer de l'argent à zéro.

Vendredi, le gouverneur de la BoJ, Toshihiko Fukui, a de nouveau expliqué sa décision par la bonne santé de l'économie nippone qui ne justifie plus les mesures d'urgence prises en 2001, quand le Japon était en pleine déflation et que ses banques ployaient sous les mauvaises créances.

L'annonce d'une progression de 2,9% des prix de gros au Japon en janvier sur un an, après des hausses comparables en novembre et décembre, a conforté l'analyse de la BoJ selon laquelle les huit ans de déflation qui ont rongé l'économie nippone ne sont plus qu'un mauvais souvenir.

"L'économie du Japon va beaucoup mieux", a assuré M. Fukui devant une commission parlementaire.

"Cependant, la situation actuelle succède à de longues années de déflation dont des séquelles pourraient persister", a prudemment reconnu le gouverneur qui a confirmé que les taux d'intérêt seraient maintenus "à zéro ou à un niveau extrêmement bas" pendant "quelques temps" encore.

La décision de la BoJ a été reçue sans panique par les analystes, qui y voient un signe de retour à la normale pour l'économie japonaise après une interminable décennie de crise.

Ils ont salué la circonspection avec laquelle la banque centrale souhaite réinstaurer l'orthodoxie monétaire.

Sa décision "appropriée" constitue "le premier pas vers une normalisation de la politique monétaire", s'est félicité le quotidien Nikkei, la bible de milieux économiques.

L'adoption par la BoJ d'un objectif d'inflation particulièrement bas (de 0 à 2%) a toutefois soulevé quelques critiques. Plusieurs analystes estiment en effet que fixer le bas de la fourchette à 0% comporte des risques.

"La BoJ a adopté un objectif d'inflation beaucoup trop bas, ce qui fait craindre une hausse prématurée des taux d'intérêt et un éventuel retour à la déflation", a déploré Richard Jerram, économiste chez Macquarie.

Kenro Kawano, stratège chez Crédit Suisse First Boston, a jugé "plutôt flou" l'objectif de la BoJ: "Il faut se méfier de la possibilité d'un retour à la déflation", a-t-il averti.

Point positif, les médias japonais se réjouissent qu'en resserrant sa politique malgré les réticences du gouvernement, la BoJ ait consolidé son indépendance formellement acquise en 1998, au risque de porter seule la responsabilité d'un échec.

"L'indépendance a comme corollaire une responsabilité assumée. Nous voulons que la BoJ conduise sa politique monétaire sans se préoccuper de perdre ou non la face", a plaidé le quotidien de gauche Asahi.