Raymond Depardon poursuit son voyage en solitaire dans les mégalopoles

TOKYO (AFP) - Après Rio de Janeiro, Shanghai, Tokyo, Berlin, Moscou, Addis Abeba et Le Caire, le photographe et réalisateur français Raymond Depardon poursuit son voyage en solitaire dans les mégalopoles du monde.

Raymond Depardon, le 6 mai 2004 à la mairie de Paris (© AFP/Archives - Jean Ayissi)
Il était à nouveau de passage cette semaine dans la capitale nippone pour la projection de ses films muets consacrés à ces villes, à l'occasion de la première grande présentation à l'étranger d'oeuvres de la collection Cartier.

Ces films de trois à cinq minutes, tournés en 16 mm, avaient fait l'objet d'une exposition à la Fondation Cartier pour l'art contemporain à Paris à la fin 2004.

Depuis, infatigable voyageur de 63 ans, Depardon a filmé Buenos Aires, Dubaï, Johannesburg et New York en début d'année, sans oublier Paris --"comme un touriste"-- à l'aide d'une petite caméra très mobile.

L'ensemble de ces court-métrages devrait nourrir une grande exposition à Berlin l'hiver prochain, selon une responsable de sa maison de production "Palmeraie et désert".

"Les villes changent. New York était une ville très libérale mais elle est en train de devenir paranoïaque depuis les attentats du 11 septembre 2001", témoigne le photographe.

"Il y a vingt ans, j'avais l'habitude de prendre mes photos en taxi. Aujourd'hui, c'est devenu difficile, on a même pas le droit de photographier les ponts", regrette-t-il, lui qui en 1981 faisait parvenir chaque jour au quotidien français Libération une image légendée de New York.

Dans chacune des métropoles, Depardon filme une dizaine de plans d'endroits publics mais il n'en retient qu'un.

Il ne séjourne jamais plus de trois jours dans la même ville afin de "rester sur le premier regard".

Au sujet de Tokyo, Raymond Depardon, qui a commencé sa carrière de photo-reporter en 1958, évoque "un paradis pour les photographes", à l'inverse du Caire où la police veille strictement.

"Tokyo est la ville la plus photogénique du monde car il y a toujours des choses nouvelles", dit-il.

"Il y est facile de filmer car les gens ne nous regardent pas", explique le réalisateur qui a tourné une séquence de Tokyoïtes pressés à la sortie de la grande gare d'Iidabashi, un quartier central de la capitale.

Ses pérégrinations lui donnent aussi l'occasion d'observer les comportements.

"Les Japonaises me voient filmer, elles aimeraient savoir pourquoi mais elles semblent tiraillées par la coutume de ne pas parler à un inconnu dans la rue", remarque-t-il, amusé.

"A Tokyo, le temps compte. C'est une ville immensément riche, l'une des seules où les habitants pourraient se permettre de flâner et pourtant ce n'est pas le cas", confie-t-il.

En comparaison, le Français a trouvé Shanghai plus nonchalante. Son film montre une jeunesse souriante se photographiant le soir sur le légendaire Bund, au bord du fleuve.

"A Addis Abeba, ils ont traversé une dictature très dure, ils ne parlent pas", se souvient-il.

Quant à Paris, Depardon a choisi de filmer le quartier d'affaires de La Défense: "C'est un Paris pas romantique, où l'on marche un peu comme des automates", observe-t-il, en gardant néanmoins en mémoire une jeune femme dans un ascenseur captivée par sa lecture.

Le réalisateur, fils d'agriculteurs de Villefranche-sur-Saône (est de la France) compte poursuivre son périple à Los Angeles, Bangkok et Rome.

"Quinze en tout, ce serait bien, j'aime bien ce nombre", conclut-il.