Sur la piste des clandestins au festival "Etonnants voyageurs" à Saint-Malo

SAINT-MALO (AFP) - Pour "restituer leur humanité" à ceux que l'Occident réduit au terme de "clandestins", des journalistes présents au festival littéraire "Etonnants voyageurs" à Saint-Malo (ouest), ont emprunté la piste hasardeuse qui mène aux portes de l'Europe ces candidats à une vie meilleure.

Le photographe Olivier Jobard (d) et Kingsley, un Camerounais de 22 ans, le 10 mai 2008 à Saint-Malo (© AFP - Fred Tanneau)
De Dakar à l'île italienne de Lampedusa, proche de la Sicile, Fabrizio Gatti, journaliste au grand hebdomadaire italien l'Espresso, a refait le voyage périlleux et coûteux qu'entreprennent chaque année des milliers d'hommes et de femmes.

"Effectuer ce voyage, c'était pour moi une manière de restituer humanité et dignité à ces clandestins qui, par pudeur, taisent les humiliations et les violences subies sur ce parcours" de plusieurs milliers de kilomètres, confie Fabrizio Gatti dont le livre, "Bilal, sur la route des clandestins", vient de paraître en France aux éditions Liana Levi.

Les dangers sont multiples: bandits de grand chemin, passeurs avides, traversée du Sahara sur des véhicules hors d'âge, islamistes, militaires et policiers véreux. Puis, enfin, la Méditerranée.

"Et quand, après tous ces obstacles, ils parviennent en Europe, nous les exploitons comme des esclaves et les accusons de tous les maux: un clandestin impliqué dans un fait divers, ça fait la +une+, mais cent clandestins noyés, c'est relégué en fin de journal", déplore ce journaliste qui a déjà mené plusieurs enquêtes en "infiltré".

"En Italie, une bonne partie de la population est lobotomisée par la télévision. Les immigrants sont vus comme une menace pour la sécurité ou la tradition chrétienne du pays. Les Italiens oublient qu'ils ont été eux-mêmes des émigrants pendant des décennies", s'insurge Gatti pour qui le journaliste doit rester un "éveilleur d'opinion publique".

Or, rappelle-t-il, ces travailleurs "sans droits constituent un moyen très important de réduire le coût du travail" dans un pays où "20 à 25% de l'économie est souterraine".

Olivier Jobard, lui, n'écrit pas. Il photographie. Pour l'agence Sipa, il a suivi le voyage de Kingsley, un jeune Camerounais de 22 ans, de la région de Limbe, dans le golfe de Guinée, jusqu'à sa récupération par les garde-côtes espagnols sur une barcasse "panier percé". Plusieurs fois primé, son reportage est présenté au festival Etonnants voyageurs.

Kingsley, présent à Saint-Malo, raconte son "soulagement" à l'arrivée des garde-côtes. "Ce que j'ai vécu, je ne recommanderais à personne de le tenter", avoue-t-il.

Lui aussi journaliste, Francesco de Filippo s'arrête dans un roman, "Le naufrageur" (éditions Métailié), sur l'histoire d'un Européen "clandestin": celle de Pjota, jeune Albanais qui se retrouve sous la coupe d'un chef mafieux de son pays natal et à qui, malgré tous ses efforts, l'Italie refusera l'intégration.

"La barbarie ne connaît pas le temps", note de Filippo, "quelle différence entre les esclaves de l'empire romain et les nouveaux esclaves provenant aujourd'hui de l'Est?"

Pour Fabrizio Gatti, "il est impossible de fermer les frontières. Mon rêve, dit-il, c'est une grève de tous ces clandestins pour montrer aux Européens l'importance de cette immigration".

Placée sous le thème des migrations, la 19e édition d'Etonnants voyageurs s'achèvera lundi soir.