Pesticide aux Antilles: une situation "très grave", selon Barnier
PARIS (AFP) - Le ministre de l'Agriculture, Michel Barnier, a jugé lundi "très grave" la situation aux Antilles, où l'utilisation massive de pesticides dans l'agriculture a conduit, selon un rapport qui doit être rendu public mardi, à un "désastre sanitaire".
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| Le ministre de l'Agriculture et de la Pêche Michel Barnier, le 02 août 2007 à La Turballe (© AFP/Archives - Jean-Sebastien Evrard) |
"Nous traiterons la question du chlordécone avec la plus grande transparence", a encore assuré M. Barnier. Il a fait valoir qu'après le désastre du cyclone Dean, qui a ravagé en août de multiples plantations de bananes, l'occasion se présentait de replanter "avec peu ou pas de pesticide, d'aller vers la banane zéro pesticide".
Le chlordécone, qui détruit les charançons, a été interdit en France en 1990 avec une mise en application en 1992. Les producteurs antillais ont obtenu un délai juqu'en 1993, a déclaré à l'AFP Christian Choupin, directeur général des producteurs de de bananes de Martinique et de Guadeloupe.
Depuis, le chlordécone, dont l'action dans le sol peut perdurer "une centaine d'années" reconnaît M. Chupin, a été remplacé par des "pièges à phéromones", des boites en plastique qui attirent les charançons femelles.
De plus, les planteurs antillais ont introduits des plants de bananes plus sains et ont pratiqué la jachère, pour mettre la terre au repos.
Selon le cancérologue Dominique Belpomme, dont le rapport doit être rendu public mardi à l'Assemblée nationale, la Martinique et la Guadeloupe ont été "empoisonnées" par des pesticides menant à un "désastre sanitaire".
Le cancérologue, qui a conduit récemment une mission dans ces deux départements d'Outre-mer pour mesurer les conséquences de l'usage de pesticides par l'agriculture antillaise, estime que "l'empoisonnement concerne le sol et l'eau".
Il a constaté que le taux des cancers de la prostate est "majeur" aux Antilles mais que les scientifiques n'ont "pas encore la preuve épidémiologique" qu'ils sont "liés au chlordécone".
Les producteurs antillais, qui réclament une "véritable" étude scientifique de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFFSA), "s'insurgent contre ce rapport qui n'a pas de contenu scientifique", affirme M. Chupin.
"On a l'impression que les gens meurent comme des mouches aux Antilles, ce qui est loin d'être la réalité", s'indigne M. Chupin.
Une autre produit, l'herbicide Paraquat, utilisé pour les bananiers, est interdit depuis cet été, rappelle M. Choupin.
La production antillaise de bananes est en moyenne de 260.000 tonnes par an (210.000 en Martinique et 50.000 en Guadeloupe). Le chiffre d'affaires de la filière, qui emploie 15.000 personnes, s'élève à 220 millions d'euros auquel s'ajoutent des aides européennes d'environ 130 millions pour un total proche de 350 millions.
Le passage de l'ouragan Dean, le 17 août dernier, a détruit la totalité de la production en Martinique et de 50 à 60% en Guadeloupe, selon M. Chupin.
