L'opposant Marzouki dénonce une mascarade après la formation du gouvernement

PARIS (AFP) - L'opposant historique tunisien Moncef Marzouki, qui a annoncé lundi sa candidature à la future présidentielle en Tunisie, a dénoncé une "mascarade" après la formation d'un nouveau gouvernement en Tunisie, fustigeant le maintien de ministres du président déchu Ben Ali.

Moncef Marzouki le 7 juillet 2001 à Tunis (© - Fethi Belaid)
"La Tunisie méritait beaucoup mieux: 90 morts, quatre semaines de révolution réelle, pour aboutir à quoi ? Un gouvernement qui n'a d'union nationale que le nom, parce qu'en réalité, il est composé (de membres du) parti de la dictature, le RCD (parti de l'ex-président Zine El Abidine Ben Ali)", a déclaré l'opposant à la télévision française I-Télé.

"Je pense que le peuple tunisien ne va pas se laisser faire par cette espèce de mascarade", a-t-il dit.

Il affirme que le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) "conserve toutes les places importantes, dont le ministère de l'Intérieur, qui est supposé organiser les futures élections". Il souligne en outre que ce gouvernement ne s'est ouvert qu'à trois partis d'opposition, "qui étaient déjà adoubés par la dictature de Ben Ali".

"Par contre, toutes les forces politiques réelles, qui représentent le pays profond, ont été totalement exclues (...). C'est une fausse ouverture", a déclaré l'opposant.

Lundi après-midi, Mohammed Ghannouchi, dernier Premier ministre du président déchu, a annoncé qu'il avait formé un gouvernement d'union nationale de 24 membres, dont trois chefs de l'opposition légale, six ministres de l'ancien gouvernement et des représentants de la société civile. Il a aussi annoncé que des élections générales se tiendraient dans six mois au plus tard.

Au pouvoir depuis 23 ans, Zine El Abidine Ben Ali a fui son pays vendredi après un mois de manifestations réprimées dans le sang.

Lundi matin, Moncef Marzouki a annoncé sa candidature à la prochaine présidentielle en Tunisie. Il est le premier candidat déclaré à ce scrutin. "Je serai effectivement candidat" à l'élection présidentielle, a déclaré à la radio France Info le dirigeant du Congrès pour la République (CPR), parti de la gauche laïque interdit sous le régime Ben Ali.

"Je me bats d'abord pour que les Tunisiens puissent avoir enfin le droit de s'exprimer, qu'on ouvre les élections à tout le monde, pas seulement à moi évidemment mais qu'il y ait des hommes et des femmes de qualité qui se présentent et que le peuple puisse dire sa parole, puisse choisir", a-t-il ensuite expliqué à l'AFP.

Lundi soir, il a dit que la formation du nouveau gouvernement, qui est selon lui en position de favoriser une victoire du RCD aux élections, "pourrait remettre en cause" sa candidature, sans plus de précisions.

Plus tôt, l'opposant en exil en France, qui s'apprête à regagner la Tunisie, avait appelé à faire disparaître tous les instruments du régime de Ben Ali, évoquant "la Constitution de la dictature" et les lois liberticides adoptées ces dernières années.

Evoquant le parti islamiste Ennahdha, dont le chef en exil a lui aussi annoncé son prochain retour en Tunisie, Moncef Marzouki avait estimé qu'il ne fallait "pas nier l'existence de cette obédience politique" mais qu'il fallait "l'encadrer, lui permettre de s'exprimer dans le cadre d'une démocratie réelle".

Ancien président de la Ligue tunisienne des droits de l'homme, jusqu'en 1994, et co-fondateur du Conseil des libertés en Tunisie (CNLT, non reconnu), M. Marzouki avait créé le Congrès pour la République en 2001. Il a été condamné à un an de prison en 2000.