Mort de l'ancien général laotien Vang Pao, figure de proue des Hmongs exilés

LOS ANGELES (AFP) - L'ex-général laotien Vang Pao, qui avait commandé une "armée secrète" de guérilleros hmongs, soutenue par la CIA pendant la guerre du Vietnam, est mort jeudi en Californie à 81 ans, emportant avec lui des rêves de revanche contre le régime communiste de Vientiane.

L'ex-général laotien Vang Pao, le 11 mai 2000 à Washington (© - Luke Frazza)
"Il est mort aujourd'hui (jeudi)... Sa famille était présente", a indiqué à l'AFP la porte-parole du Clovis Community Medical Center, au sud-est de San Francisco.

Le général, qui avait d'abord soutenu la puissance coloniale française puis les Américains, avait été hospitalisé fin décembre pour une pneumonie avec complications cardiaques, selon l'un de ses amis, Charlie Waters.

"Il était comme un père pour son peuple, son peuple hmong (...). On se souviendra de lui comme un grand général, un grand combattant", a-t-il ajouté.

Mais la mort de ce combattant naturalisé américain n'a pas ému le gouvernement du Laos.

"C'est une personne ordinaire, nous n'avons pas de réaction", a déclaré à l'AFP son porte-parole, Khenthong Nuanthasing, rappelant sa condamnation à la peine de mort par défaut en 1975 pour "crimes contre le pays".

Vang Pao est né en 1929 dans la province de Xieng Khouang, dans le centre du Laos, au sein de la communauté des Hmongs, un peuple de montagnards originellement venu de Chine.

Adolescent, il prend les armes contre les troupes japonaises pendant la Seconde guerre mondiale, avant d'être formé par l'armée française. Après le départ des Français en 1954, il gravit les échelons de l'armée royale jusqu'à devenir le premier Hmong à obtenir le grade de général, dix ans plus tard.

Mais le pays voit s'étendre le conflit du Vietnam voisin sur son territoire. Prenant fait et cause pour les Américains, Vang Pao prend la tête, contre les forces communistes vietnamiennes et laotiennes, d'une armée secrète composée de Hmongs, d'autres combattants laotiens et de mercenaires thaïlandais.

Après la victoire des communistes du Pathet Lao en 1975, quelque 300.000 Laotiens fuient le pays, dont la moitié de Hmongs, y compris le général.

Quelques milliers de Hmongs se réfugient dans la jungle, entretenant jusqu'à récemment une rébellion sporadique. Ils sont encore aujourd'hui victimes de persécutions de la part de l'armée, selon des groupes de défense des droits de l'Homme.

"Vang Pao est un personnage controversé. Certains le verront comme un grand patriote et d'autres le verront comme quelqu'un qui, en s'alliant avec les Etats-Unis, a causé à son peuple des souffrances incalculables", a estimé vendredi Martin Stuart-Fox, de l'université australienne du Queensland.

Le général "ne représentait qu'une partie des Hmongs, la partie qui d'abord était pro-française, puis pro-américaine", a-t-il ajouté, soulignant que de nombreux Hmongs s'étaient parfaitement intégrés au sein du régime communiste, dont le nouveau président de l'Assemblée nationale.

La problématique hmong est ainsi bien moins univoque que Vang Pao voulait bien la voir, a-t-il précisé, décrivant un dossier "dénaturé par la propagande considérable" des Américains puis des Hmongs de la diaspora.

Après sa fuite, Vang Pao s'est installé aux Etats-Unis où il est resté la figure de proue des réfugiés hmongs, n'abandonnant jamais le rêve de ramener son peuple à la maison.

En juin 2007, il y avait été arrêté avec d'autres pour sa participation présumée à un complot contre le régime de Vientiane. Avant d'être blanchi deux ans plus tard par la justice californienne.