Le Monténégro inspire des communautés en Europe et ex-URSS

ZAGREB (AFP) - L'indépendance du Monténégro pourrait ouvrir une "boîte de Pandore" pour une myriade de mouvements indépendantistes en Europe et dans l'ex-Union soviétique, certains ayant aussitôt affirmé aspirer à être légitimés par ce même modèle.

Le chef d'ERC, le mouvement indépendantiste catalan, Josep Lluis Carod Rovira, à San Sebastian le 1er décembre 2005 (© AFP/Archives - Rafa Rivas)
Les indépendantistes du Pays basque (nord de l'Espagne) et de Catalogne (nord-est) ont été parmi les premiers à voir dans le référendum dimanche pour l'indépendance au Monténégro, qui s'est conclu par une victoire du "oui", un prometteur "précédent" pour leurs régions.

Cependant le chef de la diplomatie espagnole, Miguel Angel Moratinos, a rétorqué que la situation de l'Espagne et celle du Monténégro n'étaient comparables, "ni politiquement, ni diplomatiquement, ni juridiquement", et qu'établir une telle comparaison relevait d'une "grande irresponsabilité".

Cette réaction a été appuyée par le Haut représentant pour la politique extérieure de l'Union européenne, Javier Solana, qui a affirmé que toute comparaison de ce type relevait du "délire".

Mais l'UE doit bientôt être confrontée à la question du statut du Kosovo, province serbe administrée par l'Onu, majoritairement peuplée d'Albanais qui veut aboutir à l'indépendance dès cette année, ce que Belgrade rejette avec force.

"Le Monténégro était l'une des six républiques de l'ex-Yougoslavie, et personne n'a jamais contesté son droit à l'indépendance. Mais le Kosovo n'est pas une république et son indépendance aurait une connotation politique très différente", a commenté Tim Judah, spécialiste des Balkans au Centre for European Reform de Londres.

"Même si certains refusent d'établir ce lien, une éventuelle indépendance du Kosovo reconnue internationalement, légitimerait les ambitions d'autres indépendantistes qui n'ont jamais eu dans l'histoire leur propre Etat", estime sous couvert de l'anonymat un diplomate occidental en poste à Zagreb, expert des Balkans.

Les Serbes de Bosnie ont déjà affirmé que l'indépendance du Kosovo représenterait un modèle à suivre pour leur communauté, regroupée dans la Republika Srpska, entité qui forme avec la Fédération croato-musulmane, la Bosnie d'après-la guerre interethnique de 1992-1995.

Pour les indépendantistes de "l'Union pour le Sud-Tyrol" qui se bat en Italie en faveur de l'autodétermination de la province autonome du Trentin-Haut-Adige et de son rattachement à l'Autriche, le résultat du référendum au Monténégro suffit pour rêver publiquement d'en organiser un à leur tour.

A Moscou, un haut responsable du Parlement russe, Konstantin Kosatchev, estimait que le référendum monténégrin risquait d'affecter les Balkans et notamment le sort du Kosovo, tout en voyant dans certaines circonstances un "précédent lourd de conséquences pour d'autres régions, le Nord de Chypre et le Pays basque".

Mais, sur le territoire même de l'ex-Union soviétique, des "républiques" unilatéralement proclamées lors des guerres sanglantes ayant suivi le démantèlement de l'URSS, appuyées par Moscou, mais pas reconnues par la communauté internationale, se frottent les mains.

La république séparatiste non reconnue de Transdniestrie, en Moldavie, et celle d'Abkhazie, en Géorgie, ont dès lundi exprimé leur satisfaction après la décision du Monténégro de devenir indépendant de la Serbie.

"A présent que le processus d'autodétermination des peuples s'est poursuivi, l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud (autre région séparatiste en Géorgie, ndlr) doivent aussi obtenir l'indépendance", déclarait le "président" de la république séparatiste d'Abkhazie, Sergueï Bagapch.

"D'une certaine façon, aujourd'hui est pour nous un jour de fête : les Monténégrins ont voté pour l'indépendance", renchérissait à Moscou, le "ministre des Affaires étrangères" de Transdniestrie, Valéri Litskaï.