Meurtre Hariri: un ex-général appelle le procureur du Tribunal spécial à la démission

BEYROUTH (AFP) - Un ex-général libanais qui avait été détenu dans l'enquête sur l'assassinat du dirigeant Rafic Hariri a appelé dimanche le procureur du tribunal international chargé de l'affaire à démissionner, alléguant que l'enquête était "politisée" et basée sur de faux témoins.

Le président libanais Michel Sleiman lors d'une réunion avec le procureur Daniel Bellemare (G), le 2 décembre 2009 à Beyrouth (© AFP/Archives)
L'ex-directeur général de la Sûreté générale, Jamil Sayyed, avait été emprisonné en août 2005 ainsi que trois autres généraux dans l'enquête sur l'assassinat de Rafic Hariri, tué avec 22 autres personnes dans un attentat à la camionnette piégée à Beyrouth le 14 février 2005.

Ils avaient été libérés en avril 2009 en exécution d'une décision du Tribunal spécial pour le Liban (TSL) à La Haye, en raison de l'absence d'"éléments de preuve suffisants".

"Celui qui a détruit l'enquête internationale de 2005 à 2009, c'est vous, Saad Hariri (actuel Premier ministre et fils de Rafic Hariri), votre équipe et vos faux témoins", a lancé M. Sayyed au cours d'une conférence de presse à Beyrouth.

Daniel "Bellemare (procureur du TSL) le sait, et parce qu'il est influencé par la politique (...), je lui demande, avant qu'il ne soit trop tard, de présenter sa démission, pour qu'il préserve sa réputation", a martelé l'ex-général.

M. Sayyed, mais également le Hezbollah chiite et ses alliés, accusent des proches de Saad Hariri d'avoir "fabriqué" des preuves à partir de faux témoignages. Le Hezbollah a réclamé à plusieurs reprises que ces personnes soient traduites en justice.

"Le tribunal international doit cesser toute activité en raison de l'affaire des faux témoins", a estimé M. Sayyed.

Les deux premiers rapports de la commission d'enquête internationale de l'ONU, créée après l'assassinat de Hariri, avaient conclu à des "preuves convergentes" mettant en cause les renseignements syriens et libanais. La Syrie a toujours nié toute implication.

Dans une interview publiée lundi, Saad Hariri a affirmé avoir commis une "erreur" en accusant la Syrie d'être derrière l'assassinat de son père, richissime homme d'affaires devenu opposant à l'hégémonie de Damas, ancienne puissance de tutelle au Liban.

"Tu as vendu le sang de ton père pendant quatre ans", a répliqué M. Sayyed en s'adressant à M. Hariri. "Tu savais d'avance, avec ton entourage, que vous étiez en train de fausser les pistes dès le départ", a-t-il ajouté.

"Tu dois dire +j'ai commis une erreur, mon père est mort, le tribunal est terminé+ il faut clore ce dossier", a poursuivi l'ex-général.

En juillet dernier, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avait annoncé s'attendre à ce que le TSL, auquel il ne fait pas confiance, accuse des membres de son parti d'implication dans ce meurtre.