Le Liban sort de l'impasse, le centre de Beyrouth renaît

BEYROUTH (AFP) - La vie reprenait jeudi dans le centre de Beyrouth, sinistré par la crise politique, au lendemain de l'accord conclu à Doha qui remet en marche les institutions du Liban et va permettre dès dimanche l'élection d'un nouveau chef de l'Etat.

Une commerçante sourit à côté d'un portrait du chef de l'armée, le général Michel Sleimane, le 21 mai 2008 à Amcheet, au Liban (© AFP - Patrick Baz)
L'accord a soulevé une vague d'optimisme chez les Libanais, qui se sont précipités dans le centre de la capitale, paralysé depuis 18 mois par le campement de l'opposition, dressé en signe de fronde contre le gouvernement de Fouad Siniora, issu de la majorité parlementaire antisyrienne.

"Le Liban sort de l'impasse, Beyrouth revient à la vie", titrait le quotidien As-Safir, proche de l'opposition. "L'accord de Doha ouvre la porte à une nouvelle phase", soulignait Al-Mustaqbal, pro-gouvernemental.

Mercredi, les chefs de la majorité et de l'opposition, réunis sous l'égide du Qatar, avaient conclu un accord permettant au Liban de sortir d'une grave crise qui a dégénéré début mai en violences inter-communautaires sanglantes, les pires depuis la fin de la guerre civile (1975-1990).

Aussitôt, l'opposition, menée par le Hezbollah chiite, un allié de la Syrie et de l'Iran, a levé son camp de tentes, dressé le 1er décembre 2006 au centre-ville. Très vite, la vie a repris dans ce quartier qui était réduit à l'état de ville-fantôme.

Magasins et restaurants rouvraient dans les rues piétonnières, pendant qu'à deux pas de là, le déblaiement du campement se poursuivait.

L'armée a commencé à enlever les barbelés qui entouraient la grande place des Martyrs et ceux qui séparaient le campement du Grand Sérail, le palais du gouvernement. L'ensemble du quartier doit être rouvert à la circulation vendredi.

L'accord de Doha va permettre au Parlement de se réunir finalement dimanche pour élire le nouveau chef de l'Etat, alors que le pays est sans président -poste attribué à un chrétien maronite- depuis le départ du prosyrien Emile Lahoud, à la fin de son mandat fin novembre 2007.

Depuis plusieurs mois, les deux camps étaient tombés d'accord sur le nom du commandant en chef de l'armée, le général Michel Sleimane, et homme de consensus qui en dix ans à la tête de l'armée est resté à l'écart des luttes politiques et confessionnelles.

Un nouveau gouvernement doit ensuite être formé, qui donnera à l'opposition une minorité de blocage, avec 11 ministres sur 30. Le Parlement doit enfin adopter une loi sur un découpage électoral, préalable à des élections générales en 2009.

Ces deux volets divisaient la majorité, soutenue par les Occidentaux et l'Arabie saoudite, et l'opposition.

Depuis le début de la fronde antigouvernementale lancée en novembre 2006 avec la démission des cinq ministres chiites, l'opposition réclamait une influence accrue au gouvernement, par le biais d'une minorité de blocage.

Plusieurs journaux estimaient qu'aucun des deux camps ne sortait réellement vainqueur du bras de fer, même si l'opposition, représentée par les deux grands mouvements chiites, Hezbollah et Amal, et par une partie des chrétiens, est arrivée à ses fins sur la formule de gouvernement.

"L'opposition a obtenu ce qu'elle voulait le plus, une minorité de blocage", écrivait le journal pro-gouvernemental An-Nahar. "Mais la majorité a également obtenu satisfaction sur sa principale demande qui était l'engagement des deux côtés à ne pas recourir aux armes à des fins politiques".

Plusieurs analystes relevaient que cet accord devrait permettre au moins dans les mois à venir d'apaiser les tensions, sans se risquer à des prédictions à terme, dans un pays où le principal parti d'opposition reste une puissante milice armée et où la logique confessionnelle a semblé ces derniers mois se radicaliser.

"Nous voulons tous croire que le Liban assoiffé de normalité ne vient pas seulement de s'assurer un bel été, des plages et des hôtels bondés, un centre-ville de Beyrouth regorgeant à nouveau de promeneurs", écrivait le quotidien l'Orient-Le Jour.