La justice ivoirienne avance la piste "française" dans l'affaire Kieffer
ABIDJAN (AFP) - Trois jours après l'annonce d'une convocation de l'épouse du chef de l'Etat ivoirien par le juge français qui enquête sur la disparition du journaliste Guy-André Kieffer, la justice ivoirienne a avancé vendredi la thèse de la "piste française" dans ce dossier.
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| Photo d'archives de Guy-André Kieffer, transmise en février 2004 (© AFP/L'Intelligent/Archives) |
Deux de ces Français, qui dirigeaient une société d'expertise appelée Commodities Corporate Consulting (CCC) et chargée en 2001 de restructurer la filière cacao, auraient même proféré "des menaces de mort" sur Guy-André Kieffer, selon le procureur.
Motifs de leur supposée colère: le journaliste aurait exercé des "chantages" à partir d'informations compromettantes sur ces responsables et s'apprêtait même "à révéler un réseau de blanchiment d'argent" impliquant la CCC.
Sur ces bases, le procureur a estimé que l'inculpation de ces quatre hommes - Eric Latham, Stéphane de Vaucelles, Aron Brunetière et Robert Dulas - "comme auteurs ou complices de l'enlèvement, de la séquestration ou de l'assassinat de Kieffer, s'impose nécessairement dans le cadre de la manifestation de la vérité".
"C'est ce message que nous avons laissé au juge d'instruction Patrick Ramaël", en charge de l'enquête sur cette affaire en France, a ajouté M. Tchimou, précisant que la demande a été faite lors d'une mission judiciaire qu'il a effectuée du 14 au 27 juin à Paris avec les deux juges d'instruction ivoiriens chargés du dossier.
Le juge Ramaël a demandé aux magistrats ivoiriens "de lui accorder un délai de 10 jours, conformément à la loi française pour accomplir ces actes d'inculpation", a poursuivi M. Tchimou qui a dit attendre une prochaine mission à Paris pour connaître la suite de sa requête.
Le procureur d'Abidjan a en revanche démenti avoir été contacté par le juge Ramaël pour une demande d'audition de Simone Gbagbo, épouse du président ivoirien Laurent Gbagbo, et du ministre d'Etat au Plan, Paul Antoine Bohoun Bouabré.
Cette information avait été rapportée mardi par des médias français suscitant la colère des proches de Mme Gbagbo, député et membre influente du parti de son mari, ainsi que ceux de M. Bouabré, un proche du chef de l'Etat ivoirien.
Pour entreprendre leur audition, a ajouté le magistrat ivoirien, M. Ramaël aurait dû de toute façon en faire la demande "par voie diplomatique après accord favorable de l'Etat" ivoirien.
"Connaissant la rigueur du juge Patrick Ramaël, (...), je ne pense pas qu'il s'adonnerait à un tel jeu", a ajouté M. Tchimou.
Le procureur a insisté sur les risques "d'incidents diplomatiques" que pourraient créer une demande d'audition non conforme à la procédure de "hautes personnalités d'un Etat indépendant".
M. Tchimou a également vilipendé le "témoin fétiche" du juge Ramaël, Berté Seydou, qui avait accusé des membres de l'entourage du couple présidentiel ivoirien d'avoir commandité l'enlèvement de Guy-André Kieffer.
Le journaliste indépendant, qui enquêtait sur des malversations dans la filière du cacao en Côte d'Ivoire, premier producteur mondial, aurait ensuite été tué, selon ce témoin.
Pour le procureur d'Abidjan, "l'implication des hautes autorités de l'exécutif ivoirien a été écartée lors de la mission (à Paris) par manque de preuve et face aux errements du témoin".
M. Tchimou a d'ailleurs annoncé son intention "de requérir l'inculpation de Seydou Berté pour faux témoignages".
