Istanbul bientôt inscrite sur la liste du patrimoine mondial en péril ?
ISTANBUL (AFP) - L'héritage historique d'Istanbul est-il en danger? Pour le déterminer, une équipe de l'Unesco a achevé mardi une enquête de six jours dans les rues bondées de la métropole turque, avec pour enjeu une éventuelle inscription sur la liste du patrimoine mondial en péril.
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| Le musée-basilique Sainte Sophie à Istanbul, le 3 juillet 2007 (© AFP/Archives - Bulent Kilic) |
Elle avait alors donné deux ans à la Turquie pour empêcher les déprédations et éviter une inscription sur la liste du patrimoine mondial en péril, où se côtoient d'ordinaire les sites altérés par les conflits et les catastrophes, comme la cité médiévale iranienne de Bam, frappée par un séisme en 2003, ou la vallée afghane de Bamyan, aux Bouddhas plastiqués en 2003 par les Talibans.
Deux ans plus tard, l'ultimatum semble avoir en partie porté ses fruits.
"En résumé, je peux dire que j'ai vu des évolutions très positives comparées à il y a deux ans, a déclaré lundi à la presse Francesco Banderin, le président du Comité du patrimoine mondial, qui dirigeait la délégation de l'Unesco.
"Tous les problèmes ne sont pas résolus et certains doivent peut-être encore être traités dans les mois à venir", avant la prochaine réunion du Comité, du 2 au 10 juillet à Québec, au cours de laquelle les experts statueront sur le sort d'Istanbul, a-t-il poursuivi.
Au rang des satisfactions figure l'arrêt des restaurations approximatives de l'imposante muraille de l'empereur byzantin Théodose Ier (346-395) enserrant la vieille ville, décrites par la précédente mission comme un "processus hautement destructif" qui "compromet gravement l'authenticité du site".
"J'espère qu'un plan d'ensemble unitaire et homogène va voir le jour pour la sauvegarde de ce que je considère comme l'une des plus importantes murailles monument dans le monde", a indiqué M. Bandarin, qui s'est également félicité de la suspension de projets immobiliers susceptibles de défigurer la ville.
Il a en revanche décrit comme "une offense aux valeurs historiques d'Istanbul" la construction de gratte-ciels à proximité de la zone classée par l'Unesco, la presqu'île contenant entre autres la célèbre mosquée Bleue, le musée-basilique de Sainte-Sophie et le palais ottoman de Topkapi.
Autre pierre d'achoppement, la destruction massive, sous prétexte de réhabilitation, des anciennes maisons de bois qui faisaient l'identité d'Istanbul, une pratique qui n'a pas été totalement endiguée depuis 2006.
"Je pense que des progrès ont été réalisés, mais nous somme aussi inquiets de certaines démolitions dont nous avons été informés", a déclaré à l'AFP Mechtild Rossler, membre de la délégation.
L'archéologue Aksel Tibet, fondateur de la Plateforme d'Istanbul, qui milite pour la préservation de l'héritage historique de la ville, dénonce une vision commerciale du patrimoine qui conduit les autorités à reconstruire les quartiers populaires de la ville selon les canons d'une architecture "néo-ottomane" factice, destinée à séduire touristes et promoteurs immobiliers.
"Tout ceci risque de donner un décor d'opérette car lorsque c'est trop programmé, trop axé sur le tourisme - cela n'a pas de vérité", a estimé le chercheur, interrogé par l'AFP.
"Il faudrait qu'on parvienne à préserver le patrimoine historique pour ce qu'il est, pas pour ce qu'il peut rapporter financièrement", a-t-il conclut.
