Irak: report des élections provinciales, étape clé du processus de réconciliation nationale
BAGDAD (AFP) - Les autorités irakiennes ont annoncé jeudi le report des élections provinciales prévues le 1er octobre et l'ONU a même émis de sérieux doutes sur la tenue cette année du scrutin considéré comme une étape cruciale dans le processus de réconciliation nationale.
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| Le président irakien Jalal Talabani à Athènes le 2 juillet 2008. (© AFP/Archives - Louisa Gouliamaki) |
"Il n'y aura pas d'élections en octobre car nous avons besoin de trois mois après le vote de la loi pour organiser les élections", a précisé pour sa part à l'AFP Hamdiya el-Husseini, membre du CEII, après une réunion avec des représentants de l'ONU, chargée de superviser le scrutin.
Adopté par le gouvernement en avril, le projet de loi électorale avait été approuvé, après de longues discussions, le 22 juillet par le Parlement dans un contexte tendu: seuls 140 des 275 députés étaient présents et de nombreux parlementaires avaient dénoncé des irrégularités dans la procédure du vote, boycotté par les 54 députés kurdes et d'autres.
En réaction, le Conseil présidentiel, composé du chef de l'Etat Jalal Talabani et de ses deux adjoints, avait décidé d'y opposer son veto.
La principale pomme de discorde reste Kirkouk, riche ville pétrolière au nord de Bagdad que les Kurdes veulent contrôler au dam des Arabes et des Turcomans. Ils s'opposent à l'article 24 de ce projet de loi qui propose une répartition à part égale du pouvoir au Conseil provincial de Kirkouk entre les trois communautés arabe, kurde et turcomane.
"Nous sommes pour la répartition du pouvoir à Kirkouk mais pas à parts égales. La répartition doit dépendre des résultats électoraux", a souligné en début de semaine le président de la région autonome du Kurdistan irakien, Massoud Barzani.
Mercredi, le Parlement n'était pas parvenu à un accord sur une proposition de l'ONU suggérant le report d'un an du scrutin à Kirkouk afin de permettre la tenue des élections provinciales dans le reste de l'Irak.
"Nous regrettons qu'ils ne soient pas parvenus à terminer leur travail ur cette question", a affirmé à l'AFP Mirembe Nantongo, une porte-parole de l'ambassade américaine à Bagdad. "Nous ne pensons pas que la problème de Kirkouk doit prendre en otage la loi électorale", a-t-elle ajouté.
L'ONU s'est montrée très sceptique sur la tenue en 2008 de ces premières élections provinciales depuis la chute du régime de Saddam Hussein en 2003, souhaitées par l'administration américaine de George W. Bush.
"Nous savons depuis juillet qu'il sera impossible de les tenir comme prévu le 1er octobre. Si les députés n'arrivent pas à se mettre d'accord dans les prochains jours, ce sera de plus en plus difficile de les tenir d'ici la fin de l'année", a affirmé à l'AFP Saïd Arikat, porte-parole de la Mission d'Assistance de l'ONU à l'Irak (UNAMI).
Mais, a-t-il ajouté, "l'ONU ne ménagera aucun effort pour que le scrutin se tienne cette année".
Les députés irakiens sont partis mercredi en vacances jusqu'au 9 septembre, mais le président du Parlement, Mahmoud al-Machhadani, a affirmé que des députés continueraient à travailler durant ce mois sur le contenu du projet.
"Nous avons décidé de créer un nouveau comité qui négociera un accord sur les élections sous la supervision de l'ONU", a déclaré M. Machhadani.
Le porte-parole de l'ONU a également noté que si les élections étaient repoussées à l'année prochaine cela entraînerait des retards supplémentaires.
"En Irak, le droit de vote est fixé à 18 ans. C'est l'année de naissance qui prévaut et non la date de naissance. Ce qui veut dire qu'il faudra enregistrer les nouveaux électeurs et cela prendra bien sûr du temps", a-t-il souligné.
Le responsable onusien a également noté que si ce scrutin est reporté à l'année prochaine, l'Irak connaîtra en 2009 deux élections: les provinciales et les législatives.
