Internet au service du non-alignement et de la coopération sud-sud

RABAT (MAP) - Le lancement, la semaine dernière à Kuala Lumpur, d'un nouveau réseau d'information sur Internet des pays non-alignés apporte une nouvelle bouffée d'air, on ne peut plus vivifiante, non seulement à la réhabilitation du concept du non-alignement, mais aussi à une coopération sud-sud qui en a grand besoin dans l'éreintante épreuve de la mondialisation.

A première vue, l'ouverture d'un site de plus dans l'océan du www, peut paraître des plus anodines. Mais l'initiative est d'une portée à la fois politique, culturelle et économique. Car outre la sempiternelle prédominance des médias des grandes puissances dans le monde, voilà que le web, pourtant censé démocratiser l'accès à l'information, devient à son tour un redoutable instrument d'une mondialisation où ces mêmes puissances s'arrogent encore la meilleure voix au chapitre.

Et si la guerre froide ancienne version fait aujourd'hui partie de l'Histoire, les observateurs en perçoivent une nouvelle version faire son chemin de jour en jour, dans un monde où les enjeux économiques déterminent de plus en plus les enjeux stratégiques, et où l'Union Européenne et la Chine ne cessent de convoiter les mêmes objectifs que la super-puissance américaine.

Ces prémices de nouveaux déséquilibres ont sans doute interpellé les 80 ministres de l'information des pays non-alignés, dont le Maroc, réunis à Kuala Lumpur en novembre 2005.

De cette rencontre, en effet, date la décision de reprendre l'idée du défunt Pool des agences de presse du Mouvement des Non-Alignés (MAN), à la faveur des grandes avancées réalisées par les pays non-alignés en matière de Technologies de l'Information et des Communications (TIC).

Ledit Pool avait eu un certain succès durant toute la période de la guerre froide entre l'Est et l'Ouest, jusqu'à la chute de l'empire soviétique. Le changement dans la donne des relations internationales qui a quelque peu remis en cause le concept même du non alignement, a ensuite été suivi de l'émergence des TIC qui ont vite révélé l'archaïsme technique et les coûts élevés de l'ancien réseau laborieusement entretenu par quelques agences des non alignés.

Prenant le projet en main, la Malaisie, qui préside actuellement le MAN et qui occupe une bonne place mondiale dans les nouvelles technologies, a mandaté son agence de presse BERNAMA à piloter la mise en place du nouveau réseau. Une charte rédactionnelle avait été adoptée et les premiers ajustements apportés au nouveau site en avril dernier, avec la contribution des agences de presse des pays membres du Bureau de coordination de la Conférence ministérielle, dont la MAP.

Le projet a ensuite été entériné par le même Bureau de coordination en mai dernier à Kuala Lumpur, et au 27 juin, en présence des ambassadeurs et d'invités des pays concernés, des représentants de la presse malaisienne et des correspondants étrangers, le ministre de l'Information malaisien, M. Zainuddine Maidine, lançait officiellement le réseau sous l'appellation "NNN" (Nam News Network), et son site Internet (www.namnewsnetwork.org), NAM étant le sigle anglais équivalent du MAN (Non-Aligned Movement).

Par ses propres moyens, BERNAMA a mis en place un secrétariat du réseau d'une huitaine de journalistes et d'informaticiens, qui bravent les décalages horaires pour suivre le rythme des agences participantes. Ils alimentent le nouveau site en dépêches et photos que leurs transmettent quelque 35 agences, sans compter l'élaboration de monographies des pays membres et autres informations qui peuvent présenter un intérêt pour les internautes, en particulier les journalistes.

M. Zainuddine Maidine, qui a déploré la faiblesse de la coopération sud-sud, n'a pas manqué de relever le déficit que connaissent les pays non-alignés en informations sur eux-mêmes, estimant que le NNN va certainement contribuer à combler une telle insuffisance.
En outre, a-t-il souligné, il est aujourd'hui "très urgent d'assurer que le grand public se fasse une bonne idée des grands desseins de la coopération sud-sud et des opportunités qu'elle offre au niveau de chaque secteur de l'économie des pays concernés".

Mais à cette motivation économique, les Malaisiens ajoutent aussi le rôle que le NNN pourrait jouer tant dans le rapprochement culturel entre les peuples que dans la mise en place d'un nouvel ordre de l'information et de la communication. Evoquant, à titre d'exemples, les massacres de My Lai au Vietnam en 1968 et celui de Haditha en Irak en 2005 qui avaient été couverts principalement par les médias occidentaux, le ministre malaisien a souligné combien l'Hisoire peut se répéter et a émis l'espoir de voir les agences de presse des non-alignés se donner enfin les moyens de couvrir ne serait-ce que les événements qui les concernent.

L'anglais est encore la seule langue utilisée par le site du NNN, mais les promoteurs malaisiens ont à ce sujet toute une vision à moyen terme. Ils projettent en effet, pour les cinq années à venir, d'étoffer davantage l'équipe du secrétariat avec des journalistes d'autres pays membres, d'ouvrir des fenêtres en arabe, en espagnol et en français, et enfin de compléter la transformation du réseau en une agence de presse sous forme de société de droit malaisien, avec les pays membres comme actionnaires. A leurs yeux, l'entreprise pourrait alors voler de ses propres ailes, grâce aux contributions des sociétaires, mais aussi aux recettes publicitaires et à la commercialisation des services.

Outre l'Agence malaisienne BERNAMA, les autres agences étroitement impliquées dans le projet NNN sont la MAP du Maroc, ANGOP de l'Angola, Antara de l'Indonésie, APP du Pakistan, APS de l'Algérie, APS du Sénégal, BBS du Bengladesh, BNA du Bahrein, BuaNews d'Afrique du Sud, ENA d'Ethiopie, GINA de Guyana, IRNA d'Iran, KBC du Kenya, KUNA du Koweit, MENA d'Egypte, ONA d'Oman, PETRA de Jordanie, PRENSA LATINA de Cuba, QNA du Qatar, SABA du Yémen, SANA de Syrie, SPA d'Arabie Saoudite, SUNA du Soudan, TNA de Thaïlande, VNA du Vietnam, WAM des Emirats arabes unis et ZANIS de Zambie.

Le Mouvement des Non-alignés compte aujourd'hui 116 pays. La Malaisie entend inciter la plupart d'entre eux, notamment lors du sommet prévu en septembre prochain à La Havane, à joindre cette nouvelle entreprise médiatique internationale.