L'héroïsme des poilus à Verdun, symbole de la guerre industrielle

PARIS (AFP) - Considérée comme l'une des plus grandes batailles de l'Histoire, Verdun, où périrent en 1916 quelque 300.000 Français et Allemands et où furent blessés 800.000 autres, fut l'une des grandes tueries de la guerre industrielle.

Photo non datée de soldats français sortant des tranchées pour se lancer à l'attaque des lignes ennemies à Verdun (© AFP/archives)
Si d'autres batailles, comme celles de la Somme ou de Champagne, furent tout aussi meurtrières, Verdun symbolise dans la mémoire des Français l'héroïsme des poilus.

Fin 1915, le général en chef des armées allemandes, Erich von Falkenhayn, veut "saigner" l'armée française avant de se retourner contre les Britanniques.

Il choisit le saillant de Verdun, sorte de hernie dans l'immense front qui s'étire de la Mer du Nord à la Suisse. Un point mal défendu, en dépit de ses 22 forts, qui deviendront d'ailleurs des "pièges à obus", cible de l'artillerie lourde allemande. Le fort de Douaumont n'est tenu que par une poignée d'hommes.

L'état-major français n'imagine d'ailleurs pas une attaque dans cette zone. Pourtant, 170 divisions allemandes sont massées sur un front de 15 km.

Le 21 février 1916 à 07H15, un déluge d'obus craché par 1.400 pièces allemandes s'abat sur les positions françaises, bien incapables de répliquer avec leurs 270 canons. Deux millions d'obus seront tirés en deux jours.

L'enfer de Verdun commence. Arbres, casemates, tranchés, tout a été pulvérisé. Les Allemands, qui s'attendent à ne rencontrer aucune résistance, tombent sur des groupes de soldats isolés qui résistent avec l'énergie du désespoir, comme les chasseurs du colonel Driant au Bois des Caures.

Un mot d'ordre traverse les positions françaises : "Ils ne passeront pas". Pendant les cinq premiers jours, les pertes se chiffrent en dizaines de milliers d'hommes. Le 25 février, le fort de Douaumont est pris. Le général Philippe Pétain, 59 ans, nommé à la tête de la IIème armée, prend la direction de la bataille.

Pour rétablir la liaison avec l'arrière, il fait élargir la route de Bar-le-Duc, baptisée la "Voie sacrée", cordon ombilical où des norias de camions se succèdent jour et nuit. Chaque semaine, 90.000 hommes montent au front ou redescendent vers l'arrière pour se reposer et 50.000 tonnes de munitions sont acheminées, pour approvisionner les canons de 75.

Le 10 avril, Pétain lance la formule : "On les aura". L'avance allemande est contenue.

Jusqu'au 12 juillet, les Allemands multiplient les attaques. Mais l'offensive britannique sur la Somme a été déclenchée, obligeant les Allemands à prélever sur leurs effectifs de Verdun. Le général Georges Nivelle, qui remplace Pétain, lance la contre-offensive. Douaumont est repris le 21 octobre, le fort de Vaux le 2 novembre.

La ténacité et le courage des poilus dans les tranchées de Verdun, magnifiés par la propagande, vont créer la légende de Verdun. Cette bataille, qui fut davantage une défaite allemande qu'une victoire française, est restée dans l'imaginaire des Français comme le symbole de l'héroïsme des poilus.

"Nous vivons sur un immense charnier", écrivait un soldat français à sa femme. "Ne me demande pas comment, ne me demande pas pourquoi".