La famille de Leila Ben Ali, "prédatrice" des richesses du pays

PARIS (AFP) - Longtemps crainte, désormais conspuée, la famille de Leïla Trabelsi, seconde épouse du président tunisien en fuite Zine El Abidine Ben Ali, s'est arrogée avec boulimie les richesses de la Tunisie en usant alliances, corruption, menaces et prébendes, selon des experts.

Leila Ben Ali, épouse du président tunisien, le 28 octobre 2010 à Tunis (© - Fethi Belaid)
"Apparemment, la moitié du monde des affaires en Tunisie peut se prévaloir d'une connexion avec Ben Ali par le mariage et bon nombre de ces relations auraient grandement profité de cette parenté. L'épouse de Ben Ali, Leïla Ben Ali, et sa famille élargie, les Trabelsi, sont ceux qui suscitent le plus la colère des Tunisiens", écrivait en juin 2008 l'ambassade des Etats-Unis à Tunis dans un câble révélé par WikiLeaks.

Grandes surfaces, import/export, immobilier, banques, téléphonie, médias, serveurs du net, droit de douanes... "Les membres de la famille étaient dans une situation de prédation: utiliser leur position de pouvoir pour accumuler" le plus de richesses possibles, explique à l'AFP Béatrice Hibou, auteur de "La force de l'obéissance, économie politique de la répression en Tunisie".

La Famille, comme on l'appelle en Tunisie, c'est d'abord celle de Leïla Trabelsi, mariée en 1992 à Ben Ali. Dix frères et soeurs, des dizaines de neveux. Et dans une moindre mesure, le "clan historique" parfois écarté par les Trabelsi, celui de l'ex-président, ses sept frères et soeurs, et surtout ses gendres Slim Chiboub, Marouane Mabrouk ou Saker Matri.

La montée en puissance des Trabelsi commence au milieu des années 90, raconte Nicolas Beau, co-auteur de "La régente de Carthage", quand la Première dame cherche à placer à des postes clés sa famille issue de "milieu modeste et limitée intellectuellement".

Différents types de prédation sont alors mis en pratique, explique Béatrice Hibou du Centre national de la recherche scientifique (CNRS).

"Au moment des privatisations, ils achetaient à un prix symbolique et revendaient ensuite à des industriels et hommes d'affaires. Si une entreprise fonctionnait bien, ils s'imposaient dans le capital. Sur les investissements étrangers ils demandaient des commissions ou des parts, ils servaient d'intermédiaires pour les attributions de marchés publics. Le réseau Trabelsi contrôlait les douanes et la contrebande", énumère-t-elle.

Pour ce faire, ils multiplient les mariages d'affaire avec des filles du chef du patronat Hedi Jilani. Leïla Trabelsi va aussi "s'adresser à certains éléments de l'appareil policier pour menacer, harceler ou décourager ceux qui apparaissent comme des concurrents à sa famille", dit M. Beau.

Le câble diplomatique américain raconte, en citant un représentant du Crédit agricole, comment Marouane Mabrouk a "acheté une participation de 17% de l'ancienne Banque du Sud immédiatement avant la privatisation (...) part décisive pour le contrôle majoritaire de de la banque".

Il relate que le frère de la première dame, Belhassen Trabelsi, "est réputé pour avoir été impliqué dans la corruption à grande ampleur, du remaniement de la Banque de Tunisie à l'expropriation de biens et l'extorsion de pots de vins". Et fait la liste des possessions du membre le plus célèbre de la famille : compagnie aérienne, hôtels, station de radio, usine d'assemblage automobile, société de développement immobilier...

Ce document, où les paragraphes s'intitulent "ce qui est à toi est à moi" ou "le règne des voyous", raconte comment deux neveux de Ben Ali, Imed et Moaz Trabelsi, ont été jugés pour le vol en 2006 du yacht d'un homme d'affaires français.

Imed, neveu préféré de Ben Ali "qui avait un comportement de voyou, n'hésitant pas à menacer les gens en appelant la police", selon Nicolas Beau, directeur de la rédaction du site d'informations Backchich.

"C'était la boulimie, l'incompétence et la menace, ce qui a exaspéré la population tunisienne, bourgeoisie, industriels et classe moyenne", résume-t-il.

D'autant que le népotisme jouait aussi un rôle dans l'octroi de bourses et d'emploi dans ce pays où le taux de chômage des jeunes a atteindrait environ 30%, selon les experts.