Egypte: l'institution islamique Al-Azhar suspend son dialogue avec le Vatican

LE CAIRE (AFP) - La plus haute institution de l'islam sunnite, Al-Azhar, dont le siège est au Caire, a annoncé jeudi qu'elle suspendait ses réunions avec le Vatican après les "attaques" du pape Benoît XVI contre l'Islam.

Mosquée au Caire le 10 mars 2010 (© - Victoria Hazou)
"Le gel a été provoqué par les attaques répétées contre l'Islam du pape Benoît XVI (...). Le pape a répété que les musulmans opprimaient les non-musulmans vivant avec eux au Moyen-Orient", selon un communiqué d'Al-Azhar rapporté par l'agence officielle Mena.

Le Vatican a rapidement réagi en affirmant vouloir poursuivre le "dialogue" avec Al-Azhar. "Quoi qu'il arrive, la ligne d'ouverture et de désir de dialogue du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux reste inchangée", a déclaré à la presse le porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi.

Al-Azhar et le Vatican tiennent des réunions deux fois par an, pour discuter de coopération.

La décision de les suspendre a été prise à l'issue d'une réunion extraordinaire de l'Académie de recherche islamique d'Al-Azhar, dirigée par le grand imam de l'institution, Cheikh Ahmed al-Tayyeb, selon le communiqué d'Al-Azhar.

Le 11 janvier, Le Caire avait rappelé pour consultations son ambassadeur au Vatican, reprochant au pape d'avoir réclamé la protection des chrétiens d'Orient après l'attentat dans la nuit du Nouvel an contre une église copte d'Alexandrie (21 morts), des propos considérés comme une "ingérence inacceptable".

L'Egypte avait également récusé "toute démarche" étrangère qui s'appuierait sur cet attentat, qui a fait 21 morts, pour "promouvoir ce qu'on appelle la protection des chrétiens du Proche-Orient".

Pendant la messe du 1er janvier, quelques heures après l'attentat d'Alexandrie, le souverain pontife avait souligné l'"urgente nécessité" pour les gouvernements du Moyen-Orient d'adopter, "malgré les difficultés et les menaces, des mesures efficaces pour la protection des minorités religieuses".

Lors de ses voeux au corps diplomatique, le pape s'était aussi déclaré favorable aux démarches en vue d'une "réponse concertée de l'Union européenne afin que les chrétiens soient défendus au Moyen-Orient".

A plusieurs reprises depuis l'attentat, l'Egypte a affirmé que la sécurité de ses citoyens, quelle que soit leur confession, relevait de sa seule souveraineté.

Mercredi, à l'issue d'un sommet économique et social, les dirigeants des pays arabes ont rejeté toute "ingérence étrangère" au sujet des minorités du Moyen-Orient.

Principale communauté chrétienne de la région, les Coptes sont pour la plupart orthodoxes, avec une minorité de catholiques. Ils représentent 6 à 10% des quelque 80 millions d'Egyptiens, en grande majorité musulmans sunnites, et se plaignent régulièrement d'être marginalisés.