Echec d'une expérience visant à piéger le CO2 dans l'océan

BERLIN (AFP) - Une expérience scientifique visant à piéger le carbone de l'atmosphère au fond des océans pour combattre le réchauffement climatique a fait chou blanc en raison de l'appétit de petits crustacés, selon les premiers résultats publiés cette semaine à Berlin.

Un coucher de soleil sur l'Océan (© AFP/Archives - Miguel Riopa)
L'expérience, menée par un mission scientifique germano-indienne à partir d'un navire dans les 40ème rugissants de l'Atlantique sud, visait à répandre six tonnes de fer sur une superficie d'environ 300 km² pour y faire fleurir des microalgues marines et évaluer leur potentiel comme réservoir de carbone.

"Comme prévu, ces ajouts de fer ont stimulé la croissance de phytoplancton dont la biomasse a doublé en deux semaines grâce à l'absortion de CO2 dans l'eau", selon le docteur Wajih Naqvi, de l'Institut national océanographique indien.

"Toutefois l'explosion de phytoplanction a été limitée par une pression accrue de petits crustacés du zooplancton (copépodes) qui se nourrissent de ces microalgues", selon M. Naqvi, cité par le site internet de l'Institut de recherche polaire allemand Alfred Wegener (AWI) qui participait à l'expérience.

Ces microalgues marines jouent un rôle clé dans le niveau mondial de carbone car elles absorbent le dioxyde de carbone situé dans l'eau et l'atmosphère autour d'elles, selon l'Institut.

Après une courte vie, les restes de ces organismes viennent se déposer sur le plancher océanique sous forme de sédiment.

Lors de cette expérience "seule une petite quantité de carbone a été fixée dans les profondeurs", selon M. Naqvi.

D'autres expériences du même type menées par le passé avaient été plus convaincantes, car le plancton qui avait fleuri était essentiellement composé de diatomées, des microalgues unicellulaires protégées par un squelette externe silicieux que les copépodes ne peuvent absorber.

L'étude, baptisée Lohafex, avait provoquée un vif débat en Allemagne, où les ministères de l'Environnement et de la Recherche s'étaient affrontés sur le bien-fondé de ces expériences.

Le ministère de l'Environnement avait estimé que l'expérience était en contradiction avec un moratoire sur la fertilisation artificielle des océans décidé lors de la Conférence de l'Onu sur la biodiversité en mai à Bonn.

Le ministère de la Recherche et l'Institut AWI, invoquant une clause de la convention, avaient affirmé pour leur part que le moratoire ne concernait pas "des recherches scientifiques à petite échelle".