Le clan Ben Ali accusé de semer le chaos

TUNIS (AFP) - La thèse de la responsabilité des fidèles de l'ex-président Zine El Abidine Ben Ali dans le climat d'exactions et d'insécurité qui règne en Tunisie depuis la fuite vendredi du dictateur s'est singulièrement renforcée dimanche, avec l'arrestation de deux de ses proches.

Des soldats déployés dans une rue de Tunis, le 16 janvier 2011 (© - Fred Dufour)
Un cap semble même avoir été franchi: de véritables combats opposaient dimanche après-midi des miliciens armés postés dans des immeubles du centre ville de Tunis et les forces loyales aux nouvelles autorités de transition, tout près du ministère de l'Intérieur et de ses dépendances.

Jusqu'à présent, des miliciens armés se contentaient de semer la terreur de nuit dans la capitale, sa banlieue, et plusieurs villes du pays, en se livrant à des pillages et des exactions contre les civils.

La justice tunisienne a mis en cause dimanche pour la première fois un proche du président tunisien déchu Zine El Abidine Ben Ali, accusé d'être responsable des récentes exactions commises par des hommes armés, auxquelles auraient participé un neveu de l'ancien dirigeant, arrêté.

Le général Ali Sériati, ancien chef de la garde prétorienne du régime, a été arrêté. Il est accusé d'être l'instigateur des violences commises ces derniers jours. Kaïs Ben Ali, neveu de l'ancien président, a aussi été arrêté pour son rôle dans ces violences.

Ben Ali a été victime d'un mois de révolte populaire sans précédent contre son régime, qui a embrasé le pays et fait des dizaines de victimes, tombées sous les balles des forces de l'ordre.

Mais depuis sa chute, menaces, pillages et fusillades, survenant le plus souvent la nuit, sont commis par des hommes armés, en civil, dans la capitale et dans d'autres villes du pays.

L'ancien directeur général de la sécurité présidentielle, le général Ali Sériati, a été arrêté par les forces de sécurité à Ben Guerdane, dans le sud de la Tunisie, alors qu'il tentait de s'enfuir en Libye, selon une source officielle.

"Le général Ali Sériati a été placé sous mandat de dépôt après la présentation des chefs d'inculpation qui pèsent sur lui", a précisé cette source, qui a détaillé ces accusations: "complot contre la sécurité intérieure de l'Etat, incitation à commettre des crimes et à s'armer et provocation au désordre".

Ces charges pèsent aussi sur plusieurs de ses collaborateurs.

Kaïs Ben Ali, a été interpellé dans la nuit de samedi à dimanche par l'armée à Msaken (centre), avec dix autres personnes qui "tiraient en tous sens" à bord de véhicules de police pour semer la panique, ont rapporté des témoins.

Kaïs Ben Ali a la réputation d'être un potentat local de Msaken, une localité de la région d'origine de l'ex-président Ben Ali.

Ces accusations confortent les nombreux témoignages recueillis ces derniers jours, qui attribuent à des membres de l'appareil sécuritaire de Ben Ali la responsabilité de pillages et exactions.

Selon ces informations, les forces restées fidèles à l'ancien président, qui a pris la fuite vendredi vers l'Arabie Saoudite, après 23 ans de règne sans partage, chercheraient à créer le chaos en semant la panique, pour favoriser son retour.

Face aux menaces et aux pillages, des comités de vigiles ont été mis en place, organisant des rondes pour protéger les habitants, d'abord de manière spontanée puis à l'appel de l'Union générale tunisienne du travail (UGTT, syndicat unique).

"Il ne faut pas négliger le pouvoir de nuisance de la sécurité présidentielle qui était dirigée par le général Ali Sériati, elle comptait des milliers de fidèles de Ben Ali", a indiqué, sous le couvert de l'anonymat, un connaisseur des arcanes de l'ancien pouvoir.

Le corps de la sécurité présidentielle avait la haute main sur les autres forces de sécurité et était particulièrement redouté par la population.