Un cheveu pourrait faire vaciller le tombeau de Napoléon

Un historien amateur doute que la dépouille conservée aux Invalides soit celle de Napoléon et fait analyser l'ADN d'une mèche présumée de l'Empereur conservée à Besançon.

Un cheveu pourrait faire vaciller le tombeau de Napoléon
Masque blanc de chirurgien, gants de protection, seringues, pinces : la science et l'histoire se sont données rendez-vous, vendredi, dans les bureaux de la bibliothèque d'étude et de conservation de la ville.

Jean-Jacques Cassiman, professeur au laboratoire de génétique humaine de l'université de Louvain, en Belgique, assisté de Bruno Roy-Henry, historien amateur, spécialiste de Napoléon, y a prélevé quelque six cheveux d'une mèche conservée par la municipalité, qui passe pour provenir de la dépouille de Napoléon.

M. Roy-Henry compte sur cet examen pour attester ou démentir l'hypothèse qu'il défend depuis une vingtaine d'années : l'occupant réel du tombeau des Invalides ne serait pas l'Empereur des Français, en raison d'une substitution des corps intervenue entre son inhumation en 1821 et son exhumation en 1840, quand l'Angleterre accepta de restituer son corps à la France.

A l'appui de cette version, le courant "substitutionniste", dont l'historien est un des fervents représentants, note que les corps de 1821 et 1840 présentent, au vu des descriptions historiques, des dissemblances incohérentes : différences de décoration sur l'habit, présence ou non d'éperons, cheveux et barbe rasés dans un cas et pas dans l'autre...

Ces arguments sont combattus avec fougue par les "légalistes" du souvenir napoléonien aux yeux desquels Bruno Roy-Henry reconnaît passer pour "un infâme farfelu".

Ces recherches iconoclastes dérangent jusqu'à l'Etat, assure-t-il : en 2002, le ministère de la Défense avait rejeté sa demande d'analyse ADN d'un fragment d'épiderme de Napoléon exposé aux Invalides et prélevé sur le corps présumé de Napoléon en 1840.

M. Roy-Henry met désormais ses espoirs dans la mèche de cheveux de Besançon dont l'authenticité est pourtant loin d'être avérée : elle aurait été prélevée sur la dépouille de l'Empereur lors du retour de ses cendres de Sainte-Hélène, en 1840, par l'enseigne de vaisseaux Edmond de Bovis qui l'a confiée à un professeur de philosophie de Besançon qui en a lui-même fait don à la ville "aux alentours de 1900".

Là encore, l'analyse ADN pourrait en apprendre plus, après comparaison avec l'ADN d'un masque mortuaire de Napoléon dit "Noverraz" : "ce masque, sur lequel des poils de barbe ont été analysés a servi de modèle au masque mortuaire officiel qui trône aux Invalides. Il semblerait que la mèche de Besançon et les poils du masque "Noverraz" proviennent du même individu. Si l'analyse ADN le confirme, l'authenticité des cheveux prélevés par Bovis sera quasi avérée".

Restera encore à comparer l'ADN de cette mèche issue de la mystérieuse dépouille à l'ADN d'autres mèches de cheveux formellement identifiées comme appartenant à Napoléon, qui, selon l'historien, avait des cheveux "châtain clair, fins et souples, très différents des cheveux foncés raides et épais de la mèche de Bovis".

Enfin et surtout, il faudrait mettre en regard l'ADN de la mèche de Besançon, avec celui prélevé sur des descendantes d'une soeur de Napoléon.

"Si l'ADN est identique, ma théorie est nulle, s'il est différent, le doute sera plus fort que jamais".

Pour l'heure, les contacts de M. Roy-Henry pour accéder à l'ADN de la descendance napoléonienne n'ont pas abouti.
AFP