Bruxelles veut faire revenir les poulets chlorés américains en Europe
BRUXELLES (AFP) - Bruxelles compte proposer fin mai le retour en Europe des poulets américains désinfectés dans une solution chlorée, bannis depuis dix ans, mais ce geste diplomatique a toutes les chances d'essuyer un tir de barrage des gouvernements européens soucieux de leur opinion publique.
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| Un poulet dans une ferme à Milford, dans le Delaware aux Etats-Unis, le 7 février 2004 (© AFP/Getty Images/Arch. - Jeff Fusco) |
Ces volailles, baptisées "poulets à la javel" par leurs détracteurs, seraient clairement identifiées par un étiquetage pour informer les consommateurs européens, selon une version encore provisoire du projet, devant être dévoilé le 28 mai.
Leur entrée dans l'Union européenne (UE) serait décidée à titre provisoire pour deux ans, période pendant laquelle de nouveaux avis scientifiques seraient demandés sur les effets potentiels des quatre substances chimiques utilisées dans les bains de désinfection américain (dont le dioxyde de chlore).
Il s'agira de voir si elles peuvent entraîner par exemple une tolérance accrue de l'organisme à certaines bactéries ou si elles peuvent présenter des risques environnementaux.
La méthode radicale privilégiée par les Américains vise à tuer ou réduire le nombre de bactéries pouvant apparaître dans la volaille, essentiellement les salmonelles et les campylobacters, juste avant leur consommation.
Les vétérinaires de l'UE privilégient pour leur part des contrôles d'hygiène tout au long de la chaîne alimentaire.
Il y a un mois, une majorité des ministres européens à l'Agriculture avaient émis de fortes réserves contre ce projet au cours d'une réunion au Luxembourg, ce qui laisse penser qu'il ne recueillerait pas la majorité qualifiée nécessaire.
"La France s'oppose à la reprise des importations de poulets américains chlorés car les consommateurs européens ne souhaitent pas une mise sur le marché de volailles ayant subi un traitement de cette nature", a annoncé mardi le ministère de l'Agriculture à Paris.
La veille, le ministre allemand de l'Agriculture Horst Seehofer était allé dans le même sens.
Un haut responsable de la Commission a montré du doigt la France ces derniers jours assurant qu'elle appliquerait elle aussi une solution chlorée aux poulets exportés vers l'Arabie Saoudite. Une information toutefois démentie mardi devant la presse par une porte-parole de la Commission, qui a affirmé qu'aucun Etat de l'UE n'utilisait de telles méthodes de désinfection.
En attendant, le projet de la Commission sera opportunément rendu public avant un sommet européen UE-USA programmé au mois de juin, de quoi mettre du baume sur un vieux sujet de contentieux transatlantique.
Il devrait aussi dans l'immédiat permettre d'ancrer plus solidement le Conseil économique transatlantique, un forum mis en place il y a un an pour gommer les aspérités commerciales récurrentes entre les deux continents.
Une importante délégation américaine dirigée par Daniel Price, conseiller du président George W. Bush aux affaires économiques internationales, assistait mardi à Bruxelles à la deuxième réunion de cette instance présidée côté européen par le commissaire à l'Industrie Günter Verheugen.
En novembre, lors de la première réunion du Conseil économique transatlantique à Washington, M. Verheugen s'était engagé, après avis scientifique, à trancher la question du poulet. Il mène depuis une semaine une intense campagne de communication pour signifier qu'il tiendra sa promesse en mettant fin à l'interdiction.
