L'agence Moody's abaisse d'un cran la note souveraine de la Tunisie

PARIS (AFP) - L'agence de notation Moody's Investors Service a annoncé mercredi qu'elle avait abaissé d'un cran la note de la Tunisie en raison des incertitudes économiques et politiques qui pèsent sur le pays, en proie à de graves troubles depuis le "changement inattendu de régime".

Heurts entre manifestants et forces de l'ordre, le 18 janvier 2011 à Tunis (© - Fethi Belaid)
Moody's a dégradé de "Baa2" à "Baa3" la note de la dette souveraine de la Tunisie et pourrait ne pas s'arrêter là, dans la mesure où la perspective d'évolution de cette note est désormais "négative".

L'agence a également abaissé la note de la banque centrale à "Baa3" avec une perspective négative, selon son communiqué.

La note "Baa3" est octroyée par Moody's à des "émetteurs de qualité moyenne mais capables de faire face au paiement" de leur dette. C'est la plus faible note possible pour les émetteurs considérés comme fiables.

L'agence justifie sa décision par "l'instabilité du pays, due au récent changement inattendu du régime (ndlr: du président Zine El Abidine Ben Ali), résultant d'une crise politique qui a débuté par des émeutes sociales".

Elle relève aussi "les importantes incertitudes économiques et politiques" et la poursuite des troubles et la situation politique "qui met en danger la stabilité du pays".

Avant Moody's, les deux autres agences de notation Standards and Poor's et Fitch avaient indiqué de leur côté envisager d'abaisser la note de la Tunisie.

"Moody's met en garde contre le prolongement d'une crise qui serait potentiellement dommageable pour l'économie du pays, étant donné sa dépendance envers le secteur du tourisme et les investissements étrangers", explique dans le communiqué Aurélien Mali, analyste de l'agence.

Les évènements récents "vont affecter les recettes fiscales et la croissance en 2011", ajoute-t-il.

Moody's "suivra de près le risque politique en Tunisie dans les prochains mois, un nouvel accès de violence pouvant mettre une pression négative sur l'économie", poursuit l'analyste.

Toutefois, l'agence estime que le risque est "limité" sur le paiement de la dette de la Tunisie, seules deux opérations de refinancement d'un montant total de 775 millions de dollars étant prévues cette année, en avril et en septembre.

Elle souligne que le pays dispose de 6 milliards de dollars à la banque centrale, en raison de la privatisation partielle de l'opérateur Tunisie Telecom et qu'elle devrait "bénéficier d'une aide extérieure en cas de besoin".

La dette de la Tunisie ne devrait pas dépasser 39% de son produit intérieur brut fin 2010, contre 55,6% en 2003 et le pays devrait afficher une croissance de 3,8% en 2010 après avoir atteint 3,1% en 2009, relève également l'agence.

Le Premier ministre tunisien a annoncé mardi sa démission du parti du président déchu Ben Ali, alors que le gouvernement d'union nationale dominé par les membres de l'ancien régime a été contesté par des milliers de manifestants et affaibli par le départ de trois ministres.