L'administration Bush seule bénéficiaire de la mort de Zarqaoui

WASHINGTON (AFP) - L'administration du président George W. Bush devrait tirer davantage de bénéfices de la mort de Zarqaoui et de la finalisation du gouvernement irakien que les Irakiens eux-mêmes, selon des experts américains.

Le président George W. Bush annonce la mort de Zarqaoui en Irak, le 8 juin 2006 à la Maison Blanche (© AFP - Brendan Smialowski)
Ces deux événements presque concomitants "vont probablement créer une nouvelle dynamique, mais ce sera celle de stopper la chute de l'administration Bush dans les sondages", estime Marina Ottaway, du centre de recherche Carnegie, à Washington.

"Je ne pense vraiment pas que cela va changer la dynamique politique dans le pays", ajoute-t-elle.

Quelques heures à peine après l'annonce de la mort du chef du réseau terroriste Al-Qaïda en Irak et de la confirmation par le parlement irakien de la nomination des nouveaux ministres de l'Intérieur et de la Défense, M. Bush a dévoilé la tenue, mardi, d'une conférence conjointe aux administrations américaine et irakienne sur les conséquences des récents changements en Irak.

"Nous discuterons de la meilleure manière de déployer les ressources américaines en Irak et d'atteindre notre objectif commun, celui d'un Irak capable de se gouverner lui-même et de pourvoir lui-même à ses besoins", a-t-il précisé.

Bien que son porte-parole ait assuré qu'il ne s'agirait pas d'un "conseil de guerre" décidant des effectifs mais d'une concertation sur les moyens de soutenir le gouvernement irakien, cette annonce a relancé l'hypothèse d'une réduction significative des troupes américaines en Irak d'ici la fin de l'année.

"Les remarques du président signalant un mouvement en Irak étaient calculées politiquement pour envoyer un message au peuple américain", souligne Steven Cook, expert au Council on Foreign Relations (CFR), rappelant que des élections parlementaires, qui s'annoncent difficiles pour les Républicains, sont prévues le 7 novembre.

"Le nombre de soldats (américains) sur le terrain dépend davantage des élections de mi-mandat que de Zarqaoui", ajoute ce spécialiste de l'Irak, qui doute de l'impact sur le terrain de l'achèvement de la formation du gouvernement irakien.

"Quiconque suggèrerait que la formation d'un nouveau gouvernement (...) aura un effet marqué sur l'insurrection, aurait une mauvaise compréhension de la situation en Irak", ajoute-t-il.

"La guerre sainte menée par les étrangers, dont Abou Moussab Zarqaoui était un leader, l'insurrection irakienne, les Fedayins de Saddam, les criminels de droit commun, les tribus de la province d'Anbar, tout ceci va continuer", poursuit Steven Cook.

Un avis partagé par Marina Ottaway, selon laquelle les nouveaux ministres irakiens de l'Intérieur Jawad Polani et de la Défense Abdel Kader Oubeidi n'auront pas les moyens de désarmer les milices confessionnelles irakiennes, accusées d'attiser les divisions en Irak.

La nomination des ministres "est une avancée positive, mais je ne crois pas que le gouvernement en ressortira renforcé", estime la spécialiste du centre Carnegie.

"C'est un gouvernement faible et très divisé et (...) le ministre de l'Intérieur, quel qu'il soit (...), n'a pas les moyens de reprendre réellement le contrôle de la police", ajoute Mme Ottaway, notant que les forces de l'ordre irakiennes sont "une mosaïque de milices".

Le ministre de la Défense ne pourra pas lui non plus désarmer les milices car utiliser les militaires à cette fin "apporterait les divisions dans les rangs de l'armée elle-même", selon Mme Ottaway.

"Pour toutes ces raisons, j'ai du mal à croire que nommer deux ministres va faire une différence dans la situation sécuritaire du pays", conclut-elle.