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Forums Atlasvista Maroc
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anouar
Inscrit le: 18 Juin 2003
Messages: 514
Localisation: Maroc
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| Posté le: 28 Aoû 2004, 14:49 Sujet du message: |
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Personne n’ignore que la ville et le fort de Tanger faisaient autrefois partie des possessions étrangères de la Grande-Bretagne. La ville était bien fortifiée, lorsqu’elle appartenait aux Anglais ; mais quand ils l’abandonnèrent sous le règne de Charles II, ils en détruisirent les fortifications. On voit encore des vestiges de cette démolition.
Il ne subsiste plus qu’un petit fort en assez bon état, situé à l’extrémité nord de la ville, et une batterie de canons en face de la baie. Cette place étant mal défendue, il est évident qu’elle ne pourrait faire qu’une faible résistance contre l’ennemi qui l’attaquerait.
La ville occupe un très petit espace, et n’a rien de remarquable ; elle est bâtie près de la mer, est entourée d’une vieille muraille qui tombe en ruine ; ses environs sont couverts de vignobles ; on y voit quelques vergers ensemencés en blé. En s’éloignant de la ville, on ne trouve que du sable et des montagnes arides. La situation de Tanger n’est rien moins qu’agréable ; les maisons y sont en général mal bâties, et annoncent la misère. Leurs toits sont plats. Les murs sont communément blanchis à l’extérieur. Le sol des appartements est simplement de terre battue. Les maisons n’ont point de second étage.
Les Juifs et les Maures vivent mêlés ensemble à Tanger, ce qui se voit rarement en Barbarie. Cette cordialité entretient plus de confiance entre eux qu’il n’en existe dans les autres parties de l’Empire : ainsi les Juifs, au lieu de marcher nu-pieds, comme à Maroc, à Taroudannt et dans plusieurs autres villes, ne sont assujettis à ce pénible usage que quand ils passent dans une rue où se trouve une mosquée, ou un de ces édifices appelés sanctuaires, qui sont particulièrement révérés des Maures.
Tous les consuls étrangers (excepté celui de France qui est établi à Salé) font leur résidence à Tanger, quoique les habitants n’y soient pas plus civilisés que dans les autres villes de Maroc. Avant le règne de Sidi Mohamet, il leur était permis de s’établir à Tétouan, bien préférable à Tanger, par l’agrément des campagnes qu’on trouve dans les environs. Une aventure de fort peu d’importance fit chasser les chrétiens de cette agréable cité. Un Européen qui s’amusait à tirer des oiseaux dans le voisinage de la ville eut le malheur de blesser une femme maure qui se trouvait par hasard dans la direction de son fusil, et cet accident ayant été rapporté à l’Empereur, il jura par sa barbe qu’aucun chrétien n’entrerait à l’avenir dans Tétouan ; et, comme ce serment (par la barbe) n’est jamais fait par les Maures que dans des occasions importantes, et que l’Empereur ne le violait jamais, les chrétiens qui faisaient leur demeure à Tétouan en ont tous été renvoyés.
Le peu d’agrément dont jouissent les consuls dans ces contrées barbares ne doit pas faire envier leur sort. On a même de la peine à concevoir qu’il se trouve des hommes assez avides de faire fortune pour abandonner leur patrie, et venir ici mener la vie la plus ennuyeuse. Les habitants ne font aucune société avec les consuls, et les traités qu’ils ont signés au nom de leurs souverains, sont souvent insuffisants pour les garantir des insultes auxquelles ils se voient sans cesse exposés. En butte aux caprices d’un despote qui n’a d’autre loi que sa volonté, celui-ci leur ordonne de venir à la cour, et après leur avoir fait faire un voyage cher et pénible, il les renvoie sans qu’ils aient tiré aucun avantage, quelquefois même ils ignorent pourquoi ils ont été ainsi mandés.
Les consuls anglais, suédois et danois, ont fait bâtir des maisons de campagnes dans les environs de Tanger, où ils vont se consoler de leurs tracas ; ils s’y occupent de leurs jardins, de la pêche, et surtout de la chasse, qui est fort agréable dans ce pays, à cause de l’abondance du gibier. Enfin, les consuls remplacent, autant qu’ils peuvent, par toutes sortes de plaisirs champêtres, les jouissances de la société. Sur la côte nord de Tanger, on voit un château à moitié ruiné qu’habite le gouverneur.
L’hôtel du trésor royal sert de magasin pour le radoub des vaisseaux. On construit dans le port des galères pour l’Empereur. C’est sans conteste le meilleur qu’il ait dans ses Etats pour employer avec avantage ces sortes de bâtiments. La baie est assez vaste, mais elle n’est pas sûre, lorsque le vent d’est souffle avec violence. Le meilleur ancrage est à l’est de la baie, à environ un ou deux milles du rivages, entre la tour ronde et la maison du consul d’Espagne, qui se voit facilement de la baie.
Dans la partie sud de la baie, est l’embouchure de la rivière où l’Empereur faisait hiverner ses vaisseaux avant qu’elle fût engorgée par des bancs de sable : il est obligé à présent de les envoyer à Larache.
Beaucoup de rivières des Etats de Maroc, qui étaient autrefois navigables et commodes pour mettre les vaisseaux à l’abri du mauvais temps, ont aujourd’hui leur embouchure si encombrée de sable, que dans peu d’années les bateaux pêcheurs pourront seuls y entrer. Il semblerait qu’un peu plus d’étude de l’état de la marine de cette puissance, surtout de l’incommodité de ses havres, serait de quelque importance pour les différents Etats de l’Europe qui payent un tribut ignominieux à cette ombre de dignité impériale. On voit sur la rivière de Tanger les ruines d’un vieux pont qu’on suppose avoir été construit par les Romains.
Seul le milieu est détruit, et il ne paraît point que ce soit par l’usure du temps. Il est plus probable que les Maures l’ont coupé ainsi pour faire entrer leurs vaisseaux dans la rivière. Les côtés qui sont encore debout sont bien conservés. L’épaisseur et la solidité de ce qui en reste prouvent la qualité des ouvrages des anciens, qui savaient ajouter la force à la beauté de leurs édifices.
Comme je me propose de donner une juste idée de l’architecture des Maures en parlant de leurs maisons, je terminerai mon récit concernant Tanger, en observant qu’en temps de paix, cette ville fait un petit commerce avec Gibraltar et la côte d’Espagne dont elle est très voisine, fournissant à ces différents endroits des provisions pour lesquelles elle reçoit en échange des marchandises européennes.
Quinze jours après mon arrivée à Tanger, le consul anglais reçut une lettre du prince maure, qui l’informait de son retour à Taroudannt en lui marquant le grand désir qu’il avait de me voir.
Quelque impatience que j’eusse de me rendre auprès de lui, il fallut pourtant, avant mon départ, me procurer tout ce qui m’était nécessaire pour faire le voyage. Le prince avait ordonné que j’eusse deux cavaliers pour m’escorter.
Le gouverneur de Tanger devait aussi me fournir une tente, des mulets et un interprète : mais ce ne fut pas sans peine qu’on parvint à trouver un homme qui parlât l’anglais et l’arabe assez bien pour remplir l’office d’interprète.
Après avoir cherché inutilement par toute la ville, le gouverneur ordonna que pendant la prière des Juifs, on s’informât dans leurs synagogues si quelques gens de cette secte ne parleraient point l’anglais.
à suivre!! |
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fatinouche
Inscrit le: 04 Juin 2004
Messages: 3535
Localisation: Maroc
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| Posté le: 28 Aoû 2004, 16:16 Sujet du message: |
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y'a rien à dire ma chère anouar, tjrs suprenante avec ce que tu choisie pour nous: en plus, une bonne lecture pour moi ce samedi où je me repose chez moi ;) ;)
t'es un ange sur ce forum: que dieu te protège petite génie :up: :up: :up:
bon week end ma puce et profitez bien toi et ma tristounette de votre sortie :kiss2: |
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fatinouche
Inscrit le: 04 Juin 2004
Messages: 3535
Localisation: Maroc
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| Posté le: 28 Aoû 2004, 16:43 Sujet du message: |
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j'espère que tu nous donneras la suite ma chère avant que tu ne finisses ta journée :D :D, n plus, je vais vérifier certains passages avec un livre sur l'histoire de tétouan à l'époque des maures..
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anouar
Inscrit le: 18 Juin 2003
Messages: 514
Localisation: Maroc
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| Posté le: 29 Aoû 2004, 10:01 Sujet du message: |
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salut fatinouche!!
merci pour ton encouragement et ton positivisme ! :)
voila la suite:
Un malheureux Juif qui vendait des fruits dans les rues de Gibraltar, et qui était venu à Tanger avec sa femme et ses enfants pour assister à une fête religieuse, n’imaginant point pourquoi on lui faisait une pareille demande, répondit ingénument qu’il parlait la langue anglaise aussi bien que l’arabe. On le saisit aussitôt, et on le força à m’accompagner. Un Anglais se fait difficilement à l’idée d’un gouvernement dont le pouvoir est assez despotique pour faire marcher à son gré qui lui plaît.
Trois ou quatre Maures empoignèrent la malheureuse victime avec autant d’énergie que s’ils avaient un Hercule à combattre. Ils secouèrent le patient de telle sorte qu’il était à moitié mort lorsqu’ils le livrèrent à leur supérieur. Sa femme, effrayée de la scène qui venait de se passer sous ses yeux, courut à la maison du consul, et par ses pleurs, par ses cris, tâcha de le toucher pour qu’il fît relâcher son mari. Les mauvais traitements que les Maures font aux Juifs, lorsqu’ils ne sont point protégés par l’humanité des gouverneurs, étaient bien capables d’alarmer cette femme ; mais elle se tranquillisa quand on eut promis au consul qu’on prendrait soin d’elle pendant l’absence de son mari, et qu’elle fut bien assurée qu’il reviendrait sain et sauf après m’avoir conduit à Essaouira, où je devais prendre un autre interprète.
Cette affaire une fois arrangée, le consul me fournit une quantité suffisante de vin de liqueurs ; il me donna pour deux jours de nourriture, un bois de lit fait de trois pliants, qui sont des espèces de tabourets faciles à porter ; il ajouta à mon équipage quelques ustensiles de cuisine, et un grand sac de cuir pour y renfermer ma couche. La totalité de ma petite caravane consistait en deux soldats nègres, mon interprète juif, deux mulets, et deux mules que conduisait à pied un muletier arabe. Etant parti de Tanger le 30 septembre à trois heures après-midi, je ne pus faire ce jour-là que huit milles.
J’arrivai à six heures du soir dans un petit village nommé Kindalla ; j’y passai la nuit. Le pays que j’avais traversé en sortant de Tanger était accidenté et stérile : je ne rencontrai que quelques mauvaises chaumières éloignées les unes des autres. Tout le chemin, jusqu’à Larache, ressemble à celui dont je viens de parler. A peine y aperçoit-on quelques misérables hameaux. Les villages de l’Empire de Maroc ne sont composés que de cabanes grossièrement fabriquées, soit en terre, soit en pierre ; souvent même de roseaux ; elles sont couvertes de chaume, et entourées d’une haie vive impénétrable. Le gouverneur de Tanger avait mis si peu de soin à exécuter les ordres qu’il avait reçus pour qu’il ne manquât rien au médecin qui venait guérir le fils chéri de son maître, qu’en visitant ma tente, je la trouvai si pleine de trous, que je fus obligé, pour me mettre à couvert, de placer mon lit sous une haie : ma tente ne put servir qu’à me garantir du vent. Après avoir passé la nuit dans cette fâcheuse situation, je me remis en route à sept heures du matin. A trois milles de là, je traversai l’oued de Marha qui était presque à sec. On m’a assuré qu’après les pluies abondantes de l’automne, il devient très profond et même dangereux.
Dans ces contrées, le voyageur est souvent arrêté pour plusieurs jours lorsque les rivières viennent à déborder, les ponts étant fort rares. Les courants de la mer qu’on rencontre ont moins d’inconvénients, parce qu’on peut les passer en bateau ou sur des radeaux. A huit heures du matin, je me trouvai à l’entrée d’une vaste forêt: en y avançant, la route me conduisit sur des rochers escarpés d’où je pouvais découvrir l’océan. L’aspect de cette forêt me parut très sauvage et romantique. Mon imagination, préoccupée de ses sites majestueux, m’empêchait de penser à l’horrible chemin par lequel on me faisait passer. J’étais obligé d’aller très lentement et avec beaucoup de précaution.
Enfin, à onze heures nous arrivâmes sur le bord d’une autre rivière appelée Machiralachef, qui traverse la forêt ; celle-ci est profonde, même dans les jours les plus secs de l’année. Après l’avoir passée, on trouve une belle campagne : j’y fis mon déjeuner sur le bord d’un joli ruisseau ombragé d’arbres.
à suivre! |
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anouar
Inscrit le: 18 Juin 2003
Messages: 514
Localisation: Maroc
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| Posté le: 29 Aoû 2004, 10:03 Sujet du message: |
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Suivant l’usage des Maures, je m’assis les jambes croisées pour manger.
Comme les préparatifs d’un repas chaud auraient beaucoup retardé ma marche, j’avais toujours soin de faire cuire quelque chose la veille, que je mangeais à la hâte. Ces repas que je faisais de bon appétit me paraissaient excellents, surtout lorsque je pouvais avoir de l’eau claire et potable ; mais, par malheur, elle était fort rare : j’en trouvais dans beaucoup d’endroits de si bourbeuse et d’un goût si désagréable, que, quoique j’eusse une soif excessive, je ne pouvais en boire qu’avec du vin, et en petite quantité. Pendant le voyage que j’avais à faire, je ne pouvais renouveler mes provisions que dans les grandes villes. Mon dîner habituel était une tasse de café avec quelques rôties, et je trouvais que cela me rafraîchissait beaucoup mieux que toute autre espèce de nourriture. Le café faisait aussi mon déjeuner. Il me donnait des forces pour supporter la fatigue de la journée. En me remettant en chemin à deux heures après-midi, je ne tardai pas à rencontrer la rivière de l’Orifa, où je fus arrêté longtemps par la hauteur de la marée. Cette rivière est difficile à passer à cause de l’inégalité de son fond et de la quantité de grosses pierres roulantes qui sont dans son lit. Nous ne tardâmes point, mon interprète et moi, à nous apercevoir qu’elle était dangereuse; car, malgré les muletiers, nos bêtes tombaient dans des trous profonds, ce qui nous jetait sur leurs cous en nous causant les plus vives inquiétudes : cependant nos guides faisaient de leur mieux pour nous rassurer. Hardiesse et dextérité sont peut-être les seuls, ou du moins les premiers avantages des peuples sauvages. Les Maures qui sont à peine civilisés sont d’une adresse surprenante. Ce fut pour moi un spectacle assez amusant de voir des Maures qui voyageaient à pied passer lestement une rivière qui m’avait donné tant d’inquiétude. Ils ôtèrent leurs habits, et après les avoir attachés sur leur tête, ils traversèrent le courant à la nage. Nous atteignîmes le soir Asilah. Aussitôt que les soldats de mon escorte eurent appris à l’alcade ou gouverneur de la ville qui j’étais, il s’empressa de me procurer un logement. Asile est à trente milles, c’est-à-dire à dix heures de chemin de Tanger : les Maures comptent les distances par heures, et comme il en faut toujours une à leurs mulets pour faire trois milles, la longueur d’un voyage est généralement calculée avec assez d’exactitude par ce moyen. L’appartement que j’occupai à Asilah était une mauvaise chambre dans le château ; elle n’avait point de fenêtres, et ne recevait de jour que par trois petites ouvertures d’environ six pouces carrés ; elle était encore éclairée par la porte qu’on avait oublié d’y mettre. Le château d’Asilah est très considérable, et quoiqu’il soit en ruine, on peut voir qu’il était anciennement une des barrières qui défendaient l’Empire. Lorsque Asilah appartenait aux Portugais, la ville avec son petit port sur l’océan Atlantique était mise au rang des places fortes : mais, par la négligence des princes maures, les fortifications sont entièrement détruites ; les maisons ont un air misérable, et le petit nombre de Maures et de Juifs qui l’habitent paraissent fort pauvres. Le lecteur pourra se faire une juste idée de la richesse de cette cité, en me voyant réduit à prendre une tasse de café avec mon interprète dans un coin de ma mauvaise chambre, tandis qu’à l’autre bout, mes deux soldats et mon muletier dévoraient du meilleur appétit une grande jatte de cuscasoo (semoule de couscous).
Ce mets est très commun chez les Maures : il se fait avec un peut de froment et de riz écrasés et passés dans une passoire de terre ; on y ajoute du beurre et des épices, après quoi on le cuit sur la vapeur des viandes bouillies. Le cuscasoo est regardé comme une excellente nourriture.
Une heure après mon arrivée à Asilah, le gouverneur, accompagné des notables de la ville, me fit une visite, et m’apporta, sans doute par considération pour l’auguste malade que j’allais traiter, une offrande de fruits, d’œufs et de volailles. Après une conversation d’une demi-heure qui se passa en compliments de part et d’autre, le gouverneur prit congé de moi, et me laissa me reposer.
Le bruit s’étant répandu qu’un médecin européen était arrivé dans la ville, je fus réveillé de bonne heure par une foule de malades qui étaient dans un état déplorable. Plusieurs étaient aveugles, d’autres étaient perclus de rhumatismes ; quelques uns avaient des maladies chroniques.
Ce fut en vain que je tâchai de persuader ce peuple infortuné et ignorant que la médecine ne pouvait guérir des maux incurables ; rien ne put les faire revenir de la haute idée qu’ils s’étaient faite de mon savoir. Tous ces malheureux imaginaient que les médecins européens guérissaient toute espèce de maladie ; ils me donnaient leur pouls à tâter, en me suppliant de leur rendre la santé.
L’importunité continuelle de tant de malades qui me parlaient tous à la fois m’embarrassait beaucoup : je fus obligé, pour écarter la foule, d’ordonner à mes deux gardes de faire la police dans ma chambre. C’était un spectacle vraiment douloureux pour moi, de me voir entouré de tant d’être souffrants qui avaient besoin de secours, et à qui je ne pouvais en procurer. Quoique je ne connusse point de remède capable de guérir la plupart de leurs maladies, j’aurais tâché de les soulager, si j’en avais eu le temps.
Pendant que je répondais à toutes ces consultations, le gouverneur qui s’était aperçu du mauvais état de ma tente donna des ordres pour la réparer ; mais ce qu’on y fit la diminua de telle sorte, qu’à peine la trouvâmes-nous assez grande pour y coucher, mon interprète et moi.
Je partis le 2 octobre pour Larache, qui n’est qu’à trente-deux milles d’Asilah ; j’y arrivai le même jour à quatre heures de l’après-midi : le chemin que je fis sans presque quitter la mer ne m’offrit rien de remarquable. Avant d’entrer à Larache, j’eus à passer la rivière de Lucos, qui, dans cet endroit, peut avoir un demi-mille de large: le cours de cette rivière est fort tortueux ; son embouchure dans l’océan est à Larache.
A mon arrivée à Larache, on me conduisit chez le gouverneur, qui était un fort beau nègre ; il me traita avec beaucoup d’égards, et me fit donner un appartement dans le château, qui me parut en bien meilleur état que celui d’Asilah. Larache était anciennement sous la domination espagnole. La ville est d’une moyenne grandeur, et passablement bien bâtie ; elle est située à l’embouchure de la rivière de Lucos sur une pente douce. Les circuits agréables de la rivière, les masses de dattiers et de toutes sortes d’arbres plantés irrégulièrement forment le coup d’œil leplus pittoresque. La nature qui n’est là ni contrariée ni défigurée, ne peut manquer de paraître dans toute sa beauté. Quoique la ville ne soit point régulièrement fortifiée, elle est assez bien défendue par un fort et deux batteries de canons. Ses rues sont pavées ;la place, entourée de portiques de pierres, est assez belle. De toutes les villes que j’ai vues en Barbarie, c’est celle qui m’a paru la plus propre et la mieux ordonnée; j’en excepterai pourtant Essaouira. Les vaisseaux ont l’avantage de pouvoir être redoublés à Larache et d’y avoir leurs magasins, mais le port manque de bassins pour la construction des bâtiments. La profondeur de la rivière y fait mettre les vaisseaux de l’Empereur à l’abri pendant l’hiver : c’est le seul port de l’Empire où ils puissent être en sûreté en cas de mauvais temps. Il est probable qu’il aura le même sort que celui de Tanger. Le sable a déjà formé à son entrée un banc qui augmente sensiblement tous les ans.
Un de mes mulets s’étant blessé assez grièvement, je fus obligé de passer un jour à Larache pour m’en procurer un autre. Le bruit de mon arrivée s’étant répandu, en peu d’instants, ma chambre se trouva si remplie de malades, qu’on aurait pu la prendre pour une chambre d’hôpital. Les maladies que j’ai remarqué être les plus communes à Maroc, sont l’hydropisie et les inflammations aux yeux, qui causent souvent la perte de la vue ; la gale, mêlée d’affections lépreuses, l’hydrocèle et des tumeurs invétérées. J’ai aussi observé quelques fièvres intermittentes et bilieuses, des maux d’estomac occasionnés par de fréquentes indigestions. L’hydrocèle, si ordinaire dans ce pays, semble produite en grande partie par l’ampleur des vêtements et le relâchement des fibres provenant de l’extrême chaleur du climat. L’ophtalmie en est aussi une suite ; et ce qui doit la rendre plus commune, c’est la fatigue continuelle que les yeux éprouvent par la réverbération du soleil sur des maisons blanches. On peut ajouter à cette cause leurs vêtements qui ne sont pas propres à les garantir d’un soleil brûlant. Ils n’ont point la ressource des parasols, dont l’usage est réservé à l’Empereur seul. L’affection lépreuse semble être héréditaire : plusieurs générations de suite en sont souvent attaquées, ce qui peut faire soupçonner qu’elle a beaucoup de ressemblance avec la lèpre des anciens. Les pustules dont le corps est couvert forment, en quelques endroits, des ulcères qui paraissent se guérir, mais elles ne tardent pas à reparaître. Pendant mon séjour à Maroc, je voulus essayer d’attaquer cette maladie avec quelques remèdes qui ne firent qu’en tempérer les douleurs. Le mal reparaissait aussitôt que les malades cessaient le traitement que j’avais prescrit.
Les tumeurs et l’hydropisie viennent probablement de leur mauvaise nourriture : le peuple n’a pour vivre que du pain grossier, des fruits et des végétaux. Malgré tout le respect qu’on peut avoir pour les talents des médecins de ce pays, il est impossible d’avoir une haute idée de leur savoir. Les Maures et les Juifs les croient fort instruits ; cependant toute leur science se borne à choisir dans de vieux manuscrits quelques remèdes très simples qu’ils appliquent sans aucun discernement. Leur méthode ordinaire de traiter toutes les maladies est de commencer par la saignée ; viennent ensuite les ventouses, les scarifications et les fomentations. Ils font prendre aussi des décoctions de différentes plantes.
à suivre..................
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anouar
Inscrit le: 18 Juin 2003
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Localisation: Maroc
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| Posté le: 30 Aoû 2004, 09:47 Sujet du message: |
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la suite
Ils ont des chirurgiens assez hardis pour percer l’hydrocèle à la lancette ; ils osent même enlever la cataracte. Je n’ai pas eu occasion de leur voir faire cette opération pendant mon séjour en Barbarie; mais j’ai rencontré un de leurs chirurgiens qui m’a dit l’avait exécutée avec succès.
L’instrument dont il s’était servi n’était autre chose qu’un bout de fil de laiton de cuivre, dont on avait rendu la pointe fort aiguë.
Les médicaments les plus en usage chez les Maures sont les topiques ; ils les préfèrent aux remèdes intérieurs, quoiqu’ils ne puissent avoir aucun effet sur les humeurs qui causent la plupart de leurs maladies. Il serait malaisé de leur faire comprendre comment une médecine, qui va d’abord dans l’estomac, peut guérir la tête ou tout autre partie du corps. Je dois dire qu’ils montraient beaucoup de docilité à prendre les remèdes que je leur conseillais, lorsque je pouvais les persuader qu’ils en obtiendraient quelque adoucissement à leurs maux. Quoique les mahométans aient une grande confiance en la médecine, ils n’en ont pas moins recours aux enchantements et aux amulettes ; mais ce qui est contradictoire, c’est leur croyance à la prédestination, et l’empressement qu’ils mettent à recourir à la médecine pour la moindre incommodité.
Parmi le grand nombre de malades qui me consultèrent à Larache, il n’y en eut qu’un qui me donna quelque témoignage de reconnaissance : tous les autres, bien loin de me remercier de mes soins, croyaient me faire un honneur, en s’adressant à moi.
Le seul Maure qui ne m’a point payé d’ingratitude était un vieillard au-dessus du commun : il fut si touché de mes attentions pour un être qu’il chérissait beaucoup, que, pour m’en récompenser, il m’envoya des volailles et des fruits. Il vint me voir avant mon départ, et m’assura qu’il n’oublierait jamais le service que j’avais rendu à son ami. Il insista pour que je lui promette qu’à mon retour je ne prendrais point d’autre maison que la sienne. Cet exemple de générosité est si rare chez les Maures, que je n’ai pas cru devoir le passer sous silence.
Le 4 octobre, à six heures du matin, je quittai Larache ; à dis heures je passai la rivière. J’aperçus dans l’après-midi les ruines d’un château qui avait été bâti anciennement par un Maure de grande distinction, qui fut condamné par l’Empereur à perdre la tête et à avoir son château rasé.
Beaucoup d’autres châteaux et de simples habitations, que j’ai vus démolis dans cet Empire, m’ont appris que la demeure des sujets d’un despote avait moins à craindre des ravages du temps courroux d’un maître absolu.
J’ai déjà parlé des vues agréables de Larache: celles qu’on trouve en allant de cette ville à Mehdia sont aussi plaisantes. Les arbres, dont les espèces sont très variées, et qui bordent le chemin, sont plantés avec tant de symétrie, qu’ils ont plutôt l’air de faire l’ornement d’un parc, que de croître dans un pays presque inculte.
Je traversai plusieurs plaines que la main de l’homme n’avait jamais travaillées, mais qui offraient l’aspect des meilleurs pâturages. Je voyais, à très peu de distance du chemin, des lacs qui avaient plusieurs milles de long ; leurs bords étaient occupés par des camps arabes, et leur surface était couverte d’une multitude d’oiseaux aquatiques. La beauté du jour ajoutait un nouveau charme à ces scènes variées de la nature. A quatre heures après-midi, j’arrivai sur les bords d’un de ces grands lacs ; j’y fis placer ma tente au milieu d’un camp arabe.
Les camps dont il est ici question sont généralement fort éloignés des villes, et à portée des villages. Les tentes en sont très vastes ; on les construit avec des feuilles de palmier et du poil de chameau : elles sont soutenues par de forts bâtons de canne, et fixées sur les côtés avec des chevilles de bois. La forme d’une tente arabe ressemble à un tombeau, ou à la quille d’un vaisseau renversé. Elles sont très basses, et communément teintes en noir. La tente d’un «saïk», ou commandant, est beaucoup plus grande que les autres. Elle est toujours placée dans l’endroit le plus élevé du camp. Le nom que les Arabes donnent à ces camps est douars. Le nombre des tentes varie suivant la quantité d’individus qui composent une même famille ou une tribu. Il y a des douars qui n’en ont que quatre ou cinq, tandis qu’on en compte plus de cent dans un autre. Les camps forment un cercle ou un rectangle; mais la forme ronde est plus communément adoptée.
Les Arabes laissent paître en liberté leurs bestiaux pendant le jour, et prennent les plus grandes précautions pour les mettre en sûreté pendant la nuit. Leurs tentes n’ont point d’ouverture au nord ; afin de n’avoir point à souffrir des vents froids ils placent donc l’entrée au sud.
Les Arabes qui demeurent dans ces camps semblent être d’une race différence de celle des Maures qui sont domiciliés dans les villes. Ceux-ci sont plus nombreux et mieux civilisés, à cause de l ‘éducation qu’ils reçoivent , et des avantages qu’ils retirent de leur commerce avec les Européens.
Les Arabes qui sont toujours campés sur le bord des lacs paraissent fort éloignés d’aucune civilisation ; ils ne sont attachés qu’à leur famille et à leur anciens usages. Ce singulier peuple étant toujours réuni en tribu ne s’allie point avec les tribus étrangères. Un Arabe qui se marie n’épouse jamais de femme qe dans la tribu dont il est.
Cette coutume est suivie si religieusement, qu’à moins d’être parent à un degré quelconque, on ne peut habiter le même camp. Le mari, la femme et les enfants logent dans la même tente ; ils couchent ordinairement sur des peaux de mouton qui leur servent de lit. Les enfants restent avec le père et la mère jusqu’à ce qu’ils se marient.
Alors la famille des nouveaux époux est obligée de leur donner une tente, un moulin à bras pour moudre leur blé, un grand panier, une tasse de bois et deux plats de terre. Ils ont après cela, pour vivre , un certain nombre de chameaux, de vaches, de moutons, de boucs et de chèvres, avec une provision d’orge et de froment proportionnée aux richesses des parents. Le mariage fait, le jeune ménage acquiert le droit de faire pâturer ses bestiaux dans le voisinage de sa tente, et de labourer les terres qui l’entourent ; ce qui le met bientôt dans une honnête aisance.
Il est assez rare de voir plus d’une femme à un Arabe.
à suivre!!!
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