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aisha
Inscrit le: 12 Sep 2003
Messages: 19
Localisation: Canada
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| Posté le: 06 Oct 2003, 22:15 Sujet du message: |
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Salam,
Je connais pas cet écrivain marocain, parcontre j'ai fais la connaissance de Majid Billal. Il a écrit un roman "une femme pour pays". J'ai lu le livre l'été dernier, il illustre bien les difficultés que peut rencontrer un immigrants qui retourne au bled des années plus tard pour essayer d'y trouver "une femme" qui le rapprochera de ses racines !
Je l'ai trouver excellent.
Ton écrivain il a écrit quel genre de livre ?
Merci
Aisha |
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the_best
Inscrit le: 29 Sep 2003
Messages: 108
Localisation: Suede
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| Posté le: 07 Oct 2003, 12:20 Sujet du message: |
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merci aisha pour avoir pris le soin de repondre a mon topic...
taher be jelloun est un ecrivain marocain en langue francaise, il fut egalement professeur de philo a l universite de tetouan, il a vit entre paris et tanger...
il traite, generalement, dans ses romans les problems entre les hommes et les femmes au maroc, personnellement je trouves ces analyses tres interresantes.. il traite egalement les problemes de l immigration surtout dans son roman // les yeux baissés, l auberge des pauvres // et j en passe... mais ce qui ressort le plus de ses ecrits est la violance a l egard des femmes ainsi que la sexualité dans les pays arabes en general.
c est un ecrivain et penseur de renomée internationale, en effet il a recu le prix goncourt vers la fin des annees 70 si je ne me trompe pas...
je te conseille vivement de lire un ou deux romans, mes preferes, pour l instant car je n ai pas encore fais le tour de tous ses ecrits, sont l auberge des pauvres, l homme romput et enfin pour ne citer que ces trois la les yeux baisses...
je te conseille vivement de les lire surtout que le prix est vraiment abordable entre 4 et 6 euros... |
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A. Riadi
Inscrit le: 04 Déc 2002
Messages: 468
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| Posté le: 07 Oct 2003, 12:29 Sujet du message: |
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Le site officiel de Tahar BENJELOUN : http://www.taharbenjelloun.org/
Vous y trouverez sa biographie, bibliographie, interviews, ...
Bonne lecture ! |
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the_best
Inscrit le: 29 Sep 2003
Messages: 108
Localisation: Suede
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| Posté le: 07 Oct 2003, 21:22 Sujet du message: |
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| Vraiment un grand merci Riadi pour ce lien... :up: |
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JepensE
Inscrit le: 29 Sep 2003
Messages: 29
Localisation: Maroc
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| Posté le: 08 Oct 2003, 10:25 Sujet du message: |
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J'ai lu eux romans seulement de Tahar BENJELLOUN. La nuit sacré et L'homme rompu.
Ce que je peux vous dire, c'est que son roman La nuit sacrée a eu le prix goncours en 198- ;) c un très bon book à lire.
Mais ce qu'il faut lire ABSOLUMENT, c'est l'Homme Rompu ... un Texte excellent que vous adorerez sans discussion.
Sinon !! Est ce qu'il y a quelqu'un parmi nous qui a lu d'autre livre de cet ecrivain ? Si oui, bein à vos clavier. :up: |
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the_best
Inscrit le: 29 Sep 2003
Messages: 108
Localisation: Suede
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| Posté le: 08 Oct 2003, 22:29 Sujet du message: |
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| j avoue que l homme rompu et un exellent roman, mais tu n as pas encore lu l auberge des pauvres c est un chef d oeuvre la nuit de l erreur est aussi pas mal. sincerement je vous conseilles vivement de lire l un de ses romans ou a faute, faire un tour sur le site web de taher, le lien est dans l un des messages precedents... :up: |
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saissi
Inscrit le: 01 Nov 2003
Messages: 8
Localisation: France
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| Posté le: 01 Nov 2003, 11:49 Sujet du message: |
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| Benjelloun est un ecrivain sans interet. A part un ou deux romans, le reste c'est kif kif. De plus dans son site il se targue d'avoir ete un opposant dans les années 60 , ce qui est compltement faux. C'est un opportuniste, allez voir le livre qu'il a ecrit avec Binbine (un ancien de Tazmamart)...De plus il a eu des prblemes en France car il a fait travailler une fille marocaine sans papier au noir : esclavagisme. Je conseille ceux qui veulenet lire un bon ecrivain marocain ; Mohammed Khaireddine |
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JepensE
Inscrit le: 29 Sep 2003
Messages: 29
Localisation: Maroc
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| Posté le: 01 Nov 2003, 13:16 Sujet du message: |
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Je ne connais pas Mohammed KHAIREDDINE, mais son nom me dis kkchose, peux tu nous citer quelques uns de ses oeuvres.
En tt cas, si j'ai à vous conseiller un écrivain marocain... Je ne trouverais pas mieux que FOUAD LAROUI, malheureusement plus ou moins méconnu au Maroc, mais qui est un excellent écrivain.
A lire absolument de cette écrivain : "Méfiez-vous des parachutistes".
J'aimerais bien lire des book de marocains de ce genre avec une bonne couche d'humour. Prière de partager avec nous vos lectures.
BONNE LECTURE!
[Ce message a été modifié le 1/11/2003 par JepensE] |
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saissi
Inscrit le: 01 Nov 2003
Messages: 8
Localisation: France
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| Posté le: 01 Nov 2003, 14:20 Sujet du message: |
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Mohamed Khaireddine, un écrivain peu commun qui a laissé derrière lui une production romanesque et poétique qui dépasse de loin les frontières et le place parmi les grands écrivains de la fin du siècle passé, reste méconnu dans son pays, le Maroc.
Mort en novembre 1995, l’auteur d’Agadir, son premier livre paru au début des années soixante, a longtemps vécu en France.. Son retour au Maroc n’a pas pour autant permis à ses livres d’être distribués et vendus normalement dans les librairies marocaines.
L’anarchiste qu’il était, le bon vivant qu’il essayait d’incarner et l’écrivain rebelle contre tout ordre établi y compris les règles de la langue française, qu’il maîtrisait par dessus bord, n’a pas eu l’aval des détenteurs du ‘“pouvoir d’écrire en rond.”
Malheureusement, ou heureusement c’est selon, ce sont les Français qui en ont découvert les les grandes qualités de l’écrivain, origianire de la régioin de Tafraout, donc imprégné jusqu’aux bouts des ongles de la culture amazighe. Jean Paul Sartre, la référence de la littérature française, des décennies durant, a toujours apprécié les écrits de feu Khaireddine, qu’il considérait comme l’un des meilleurs écrivains de langue française au monde.
Et ce n’est pas Olivier Monjin, philosophe et responsable de la célèbre revue Esprit qui dira le contraire. Loin de là. Invité à un hommage organisé vendredi 26 janvier 2001 à l’institut français de Rabat, il a peint le portrait de son ami et auteur préféré qu’était l’auteur d’Agounchiche. Il appellera au passage les amis de Khaireddine, Marocains et Français, à rassembler et rééditer les livres de Khaireddine.
Son imprimeur et compagnon pendant trente ans, Jean-Paul Michel, lui a parlé de la vie que menait l’écrivain. Dépensier certes, buveur et grand bosseur à la fois, ses livres, dira M. Michel, sont étonnants en ce sens qu’à chaque relecture de l’un de ses textes, on découvre du nouveau, une idée passée inaperçue à la lecture précédente...
L’hommage qui s’est prolongé jusque tard dans la nuit de vendredi à samedi aura au moins permis de relever que la création originale restera vivante pour toujours. Il y avait Driss Bellamine, Mustapha Nissabouri qui nous a rappelé l’épisode de Souffles, la revue des années soixante autour de laquelle s’est cristallisé le premier noyau de l’extrême gauche marocaine et où M. Khaireddine faisait des contributions presque régulières, Fouad Bellamine l’artiste, Bziz, l’humouriste, Moumen Shimi, Touria Jabrane, et j’en passe...
La rensontre nous a permis de mesurer le fossé qui nous sépare de notre héritage commun. Mais aussi d’avoir la promesse des éditions Tarek de rééditer l’ensemble des livres de feu Mohamed Khaireddine... Enfin l’hommage a permis de rassembler - ce n’est pas une mince affaire par ces temps qui courent - des dizaines d’écrivains, artistes et intellectuels marocains et quelques français qui avaient en commun ce soir là, l’amitié et le respect pour Khaireddine...
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saissi
Inscrit le: 01 Nov 2003
Messages: 8
Localisation: France
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| Posté le: 01 Nov 2003, 14:24 Sujet du message: |
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Dans le paysage littéraire maghrébin de langue française, résonne une voix aussi rude et rocailleuse que ces "lieux où la géologie et la métaphysique se mêlent en de multiples images" [1] dont elle se fait l'écho, à la fois agressive, généreuse, inquiétante et si humaine, celle de Mohamed Khaïr-Eddine. "Parole sauvage" [2], elle introduit la discordance dans la littérature maghrébine, faisant voler en éclats aussi bien les dogmes littéraires que les valeurs sclérosantes. Enfant terrible de la littérature maghrébine, Khaïr-Eddine y occupe une place marquante et participe à sa vitalité et à son renouvellement. Tôt venu à la littérature, il déclenche avec d'autres ce grand mouvement régénérateur de la production maghrébine, qu'est le mouvement Souffles, en 1966. Avec eux, il apporte un sang neuf à cette littérature jusque là trop astreinte à certaines règles et valeurs artistiques et culturelles.
Ainsi, l'itinéraire de ce fils de commerçants soussi s'inscrit d'emblée dans la marginalité et la contestation. Né à Tafraout, dans le Sud marocain en 1941, Khaïr-Eddine passe une enfance commune à nombre d'enfants berbères, originaires du Sud, terre d'émigration, entre femmes et vieillards et dans l'absence du père, parti chercher fortune dans le Nord. La scolarisation coïncide avec le départ pour Casablanca et l'abandon de la mère et du Sud. C'est aussi la découverte de la littérature. Interrogé sur cette époque de sa vie et sur sa venue à l'écriture, Khaïr-Eddine raconte:
Disons que j'ai commencé à écrire en classe de 5ème secondaire (...). Je publiais dans la Vigie marocaine, il y avait même des professeurs qui m'encourageaient mais la famille était contre (...). J'étais plutôt fort en sciences et en français, nul en arabe, sauf en poésie. J'ai même écrit des tragédies que mon père a vendues à des marchands de cacahuètes qui en ont fait des cornets... [3]
Ceux qui ont connu Khaïr-Eddine à cette époque se souviennent d'un jeune garçon déclamant des poèmes entiers quand il n'en inventait pas déjà lui-même. Entré en littérature malgré l'opposition de son père, Khaïr-Eddine trouve là une nouvelle famille. Ses découvertes et ses rencontres orientent alors sa vie et ouvrent un parcours jalonné par des mots-repères, thèmes majeurs aussi, tels que séisme, exil, retour, errance perpétuelle. Aussi, quatre grandes périodes marquent cet itinéraire de poète errant, ce trajet en pointillé.
En effet, la période 1961-1965 est dominée par le séisme. Tout d'abord celui qui frappe, le 29 février 1960, la ville d'Agadir où Khaïr-Eddine s'installe (1961-1963), abandonnant les études pour l'écriture. Chargé d'enquêter auprès de la population pour le compte de la Sécurité Sociale où il travaille, Khaïr-Eddine met en gestation L'Enquête et Agadir qui paraîtront ultérieurement. Enfin, le jeune poète est à son tour "travaillé" par le séisme dont il fait à travers son oeuvre le symbole majeur de toutes les remises en question et de tous les ébranlements individuels et collectifs. Avec un groupe d'amis dont Nissaboury, il préconise cette révolution dans le domaine de la poésie et la nomme "guérilla linguistique" dans un manifeste intitulé "Poésie toute". Suit une revue, Eaux vives, éphémère mais point de départ d'une carrière poétique puis romanesque qui s'inscrit dès lors dans le grand mouvement littéraire et intellectuel marqué par la naissance de Souffles en 1966. De 1963 à 1965, installé à Casablanca, Khaïr-Eddine produit de façon intense: "L'Enterrement", nouvelle parue dans Preuves en juin 1966, "Nausée noire" (Siècles à Mains, Londres, 1964). Il se lie d'amitié avec ceux qui fondent Souffles, notamment B. Jakobiak et A. Laâbi, compagnons de poésie et de combat. Cette première étape de l'itinéraire de l'écrivain débouche, comme chez nombre d'écrivains de cette époque, sur le départ pour la France (1965), à la rercherche "dans la distance, du seul lien possible"[4] avec la famille et le pays, fuis l'un comme l'autre.
S'ouvre alors une longue période d'exil volontaire de 1965 à 1980, pendant laquelle Khaïr-Eddine mène la vie des "boucs" comme mineur, ouvrier (1965-1966). En témoigne se correspondance avec Laâbi: "J'ai un mauvais travail, je n'ai pas de logement, j'écris au prix de mille souffrances dans les cafés, c'est là que je me terrorise". Khaïr-Eddine publie "Faune détériorée" dans la revue Encres Vives en 1966; le texte est récompensé par le prix "Encres Vives". Il participe aussi à diverses revues dont Dialogues, Les Lettres Nouvelles, Présence Africaine et collabore à Paris à la fondation de Souffles en 1966. En 1967, ses poèmes sont remarqués dans Les Temps Modernes, Le journal des Poètes. Agadir paraît au Seuil et reçoit le prix des "Enfants terribles", fondé par Cocteau. L'Enterrement obtient le prix de la Nouvelle maghrébine. C'est une période féconde: Corps négatif, suivi de Histoire d'un Bon Dieu (1968), Soleil Arachnide (1969), troisième récompense du prix de l'Amitié Franco-Arabe. Moi l'aigre (1970), Le Déterreur (1973), Le Maroc (1975), Une Odeur de mantèque (1976), Une Vie, un rêve, un peuple toujours errants (1978) témoignent de cette fécondité qui donne une oeuvre rivée, malgré l'exil, à la terre marocaine et "sudique".
Parallèlement, Khaïr-Eddine anime pour France-Culture des émissions radiophoniques nocturnes, vit dans le mouvement des idées de Mai 68 et continue à faire des rencontres importantes pour lui: Malraux, Sartre, Beckett, Senghor, Césaire, Damas...
Sa vie sentimentale, pour le moins mouvementée, est marquée par un mariage avec "Annigator", ainsi nommée dans Soleil Arachnide et la naissance d'un fils, Alexandre. Cet équilibre se rompt lorsque Khaïr-Eddine quitte le Midi de la France où il s'était installé et se sépare de sa famille pour la vie tumultueuse de Paris. Là, Khaïr-Eddine reprend son errance, tenaillé par le mal du pays, le manque de ce Sud, qu'en fait il n'a jamais quitté. En 1979, Khaïr-Eddine veut rentrer au Maroc. Ce retour, "opéré sur un coup de tête"[5], sans doute facilité par son ami Senghor, s'effectue en 1980 et donne lieu à l'écriture d'un recueil de poèmes: Résurrection des fleurs sauvages (1981). Ressourcement après des "tribulations de toutes sortes"[6], recherche d'équilibre, ce retour que Khaïr-Eddine explique dans un texte intitulé "Le retour au Maroc" ouvre, selon le poète, un cycle historique avec un récit, Légende et vie d'Agoun'chich (1984) qui scelle ses retrouvailles avec le Sud tant aimé et tant fui.
De 1980 à 1989, à l'exception de ce grand texte, Khaïr-Eddine ne produit rien de marquant. Heureux et enthousiasmé de retrouver sa terre et sa culture, à son arrivée, au fil des ans, le poète mène de nouveau une existence dissolue dans une société où il ne se sent décidément pas à sa place, traînant avec lui son mal de vivre, étranger partout, toujours propulsé vers un ailleurs inaccessible. Khaïr-Eddine sillone le Maroc, ne mettant pas de séparation visible entre voyage réel et voyage intérieur. Ils sont chez lui les deux modalités d'une même recherche, les deux expressions d'un même désir. Pour subsister, il écrit des articles dans divers journaux marocains: Le Message, Le Libéral, L'Opinion, participe à des manifestations culturelles et se prête volontiers à des exhibitions médiatiques, se laisse enfin fêter comme l'un des rares écrivains maghrébins vivant dans son pays. Croisé dans une rue de Casablanca, Rabat ou Tiznit, Khaïr-Eddine n'a alors que le mot partir à la bouche. En 1989, il quitte de nouveau le Maroc pour la France. Il vivrait actuellement à Paris et préparerait une pièce intitulée Les Cerbères, renouant ainsi avec le théâtre, vers lequel l'auteur a toujours été attiré.
Homme d'exil, Khaïr-Eddine est encore une fois reparti vers cet "ailleurs inaccessible", à l'instar de cet ancêtre fondateur de Légende et vie d'Agoun'chich, pris à son tour par cet "amour de l'exil et de l'errance". Ainsi, l'errance perpétuelle domine le parcours inachevé de cet écrivain à l'image du poète-chantre de la tradition maghrébine.
THÈMES FONDAMENTAUX
Travaillée par les thèmes de l'exil et de l'errance, l'oeuvre montre qu'ils ne sont pas de simples éléments littéraires, caractéristiques de cette littérature, mais qu'ils renvoient à une pratique culturelle maghrébine pour laquelle l'exil et l'errance sont le fait du banni, du héros et du poète. Chez nombre de personnages, associant ces trois figures, l'exil et l'errance deviennent ainsi un principe de vie. De ce point de vue, la biographie de Khaïr-Eddine lui-même constitue un témoignage significatif.
Associés à ces deux thèmes dominants, l'exclusion et la quête participent aussi à la thématique fondamentale de l'oeuvre qui se fait l'expression de la marginalité sociale, politique, culturelle et identitaire, génératrice alors de cette errance et de cette quête que figure chaque livre de l'auteur. L'exclusion est ici, avant tout, initiative individuelle, auto-exclusion, rébellion et rejet, contestation socio-politique et désir de libération individuelle.
Les recueils de poèmes, de Nausée Noire (1964) à Résurrection des fleurs sauvages (1981), en passant par Soleil Arachnide (1969) et Ce Maroc (1975), formulent cette révolte à la fois individuelle et sociale, cette revendication du même ordre, tout en criant sa difficulté d'être, ainsi que le désir de changement et la recherche d'un mieux être. La production poétique livre une poésie essentiellement vindicative, imprécative et conjuratoire, une poésie violente qui s'exile parfois dans le délire et l'onirisme, refuges contre le mal. Elle manifeste par ailleurs une préoccupation constante pour le collectif, le poète se rêvant voix du peuple. A l'instar des écrivains marqués par l'esprit de Souffles, Khaïr-Eddine ne conçoit pas une littérature en dehors de l'engagement. Cette prise en charge du mal collectif reste très forte dans la production romanesque de l'écrivain.
Cette dernière se construit autour du même principe de la remise en question: des origines de l'identité patriarcale et du pouvoir sous toutes ses formes. Agadir (1967) annonce une oeuvre dominée par le symbolisme du séisme touchant non seulement l'espace mais les individus et surtout les systèmes identitaires, sociaux et politiques.
Corps négatif suivi de Histoire d'un Bon Dieu (1968) s'en prend à cette trilogie du pouvoir, à ce que Khaïr-Eddine associe violemment en un même corps négatif: Dieu, le roi, le père. La subversion du pouvoir et la dénonciation politique se rattachent à la thématique fondamentale de l'oeuvre ainsi qu'à la pratique scripturale de l'auteur. Comme la plupart des écrivains de sa génération, Khaïr-Eddine pratique une littérature iconoclaste, sacrilège, qui tourne en dérision le sacré et le divin. Dieu lui-même n'est pas épargné par la démystification qui dénonce, notamment à travers la figure du fqih, une pratique détournée de la religion. L'oeuvre s'attaque à tous les agents du povoir patriarcal.
Thème dominant dans la littérature maghrébine, la verbalisation du conflit avec le père prend place comme élément fondamental dans la thématique Khaïr-Eddinienne. Figure centrale sur laquelle se focalisent la contestation du pouvir et la parole transgressive, le père est l'objet d'un discours corrosif, impitoyable et accusateur. Animalité monstrueuse, avide d'argent, cruel, libidineux, traître, lâche, le père est honni chez Khaïr-Eddine - notamment parce-qu'il a répudié la mère et abandonné le fils - jusqu'au fantasme, obsessionnel dans l'oeuvre, du meurtre toujours manqué du père, qui se dresse comme un spectre persécuteur et avec lequel les liens sont sans cesse rompus. Cette rupture avec la lignée, dont l'expression est importante dans l'oeuvre, justifie l'exil et le rejet du pays et de la société et correspond au refus d'assurer la continuité du pouvoir patriarcal, celui du commerce et de l'argent, héritage paternel et berbère auquel s'oppose l'écriture conçue comme espace et arme de la remise en cause de ce pouvoir. L'oeuvre laisse apparaître un rapport problématique avec le père et les ancêtres car il est d'ordre identitaire et culturel, à la fois rejeté et revendiqué comme "ombilic réel qui relie aux Berbères".[7]
La question de l'identité, très forte dans toute la littérature maghrébine, se pose avec acuité chez Khaïr-Eddine, et à un double niveau, individuel et collectif. L'identité s'inscrit dans un rapport avec un espace, nommé "sudique", qui occupe une place focale dans l'oeuvre, espace géographique du Sud marocain chleuh et surtout sphère sociale, historique et culturelle. Il est d'ailleurs significatif que l'oeuvre de Khaïr-Eddine, conçue dans l'exil pour l'essentiel, soit envahie par cet espace "sudique" avec lequel l'écriture entretient des rapports ambivalents de refus et de revendications. Le dernier livre de Khaïr-Eddine, Légende et vie d'Agoun'chich (1984), exalte la dimension glorieuse et passée de l'histoire et de la culture berbères et s'inquiète de leur écroulement actuel. De ce point de vue, l'oeuvre reste toutefois dominée par le thème du lieu inaccessible, Sud mythique, Sud maternel, Sud de l'enfance: "Le Sud! Le Sud! Ma mère, la Vraie!" [8], Sud imaginaire et revendiqué par l'écriture qui permet, seule, le retour à cet espace avec lequel elle fusionne.
Enfin l'oeuvre demeure fondamentalement le lieu du dire sur soi, exprimant ainsi un autre aspect de la problématique de l'identité chez Khaïr-Eddine. Omniprésent, le je, un et multiple, sans cesse en dépossession de lui-même est, notamment dans Moi, l'aigre (1970), Le Déterreur (1973) et Une Odeur de mantèque (1976), atteint à son tour par le dynamitage, principe moteur chez Khaïr-Eddine. La métamorphose, le dédoublement ou l'éclatement-démultiplication du "je", l'expression d'une sexualité exacerbée, l'animalisation à travers un bestiaire foisonnant, voire la réification et enfin la mort à travers la complaisance dans le putride et la cadavérisation,sont autant de manifestations de ce qui apparaît ici comme un rejet et une valorisation de soi et dessine, en tout cas, l'espace scriptural en lieu d'interrogation sur soi et sur les origines.
PROCÉDÉS LITTÉRAIRES
Considéré comme un auteur difficile, hermétique et même incohérent, Khaïr-Eddine pratique, il est vrai, une écriture qui cherche d'abord à dérouter, par le principe de la "guérilla linguistique" proclamée par l'écrivain dès sa venue à l'écriture. Celle-ci s'exerce sur les formes et genres littéraires traditionnels. S'inscrivant dans la mouvance de Souffles, cette écriture abolit les distinctions classiques entre le poétique, le narratif et le discursif et tend vers la recherche de l'unicité du langage.
Ce dernier sera investi d'un pouvoir multiple et soumis à un travail intense et privilégié. L'écriture "terroriste" dynamite la notion même d'intrigue, réduite à des bribes de récit. Seule la parole prédomine dans ces textes où les personnages sont absents et remplacés par des pronoms qui se livrent une véritable lutte pour la parole. En cela, la plupart des textes de Khaïr-Eddine se caractérisent par leur polyphonie, par la multiplication des voix, des discours et des récits ainsi que par la mise en avant d'une parole multipe.
De ce point de vue, la pratique du théâtre - petites saynettes fréquentes dans tous ces textes - illustre bien cette recherche fondamentale de la voix dans l'écriture de Khaïr-Eddine. Celle-ci cherche à se faire entendre avec force et violence jusqu'au cri de révolte qui pulvérise la phrase, elle-même complètement disloquée, parfois jusqu'à l'incohérence.
La description, l'achronie, la disjonction, l'incongruité fondent cette écriture insolite qui cultive aussi l'extraordinaire et l'étrange. Tantôt ironique et satirique, le langage chez Khaïr-Eddine se fait aussi plus mordant, voire scatologique car il se veut essentiellement provocateur et déroutant. Aussi est-on en présence d'une écriture paradoxale qui se pose comme une non-écriture et s'oganise autour d'une dialectique de la construction-déconstruction d'elle-même.
Discontinuité du récit, lui-même à la limite du réel et du fictif, écriture de l'hallucination et de la fantasmagorie, éclatement de toute logique et de l'intrigue, pronominalisation des personnages qui aboutit à leur négation, abolition du temps et de l'espace, contradiction des discours par le procédé de l'affirmation-infirmation caractérisent ces nouvelles formes narratives s'inspirant de Joyce, Faulkner, Kafka, Céline, Beckett et des nouveaux romanciers. Elles inscrivent ainsi l'écriture de Khaïr-Eddine dans une modernité scripturale qui met l'accent sur la difficile mise en oeuvre du récit et sur la reflexion d'une écriture sur elle-même.
Cependant, cette interrogation vise essentiellement le pouvoir de nomination que donne l'écriture. Aussi peut-on dire que chez Khaïr-Eddine, le langage, dont le fonctionnement univoque, stéréotypé est sans cesse remis en question, ne se perçoit que dans cette "perpétuelle dépossession"[9], caractéristique du corps et de l'identité chez l'auteur. Ici, et de façon plus marquante, l'écriture traduit dans ses mécanismes et son fonctionnement erratique, un désir de liberté par rapport aux contraintes, un refus de l'absolu du langage et de l'univocité du dire, une recherche enfin de la polysémie, du sens ouvert et du pluriel.
Le principe de "l'écriture raturée d'avance" devient positif puisque générateur de récits, comme le séisme est un préalable au renouveau. Cette écriture toujours en perte d'elle-même vise à se subvertir elle-même, notamment par l'introduction, dans le champ de l'écrit, de procédés propres à constituer une poétique de l'oralité, la tradition orale étant ici revisitée par la modernité. Tout concourt, dans l'interférence de l'écriture et de l'oralité, à une tentative de subversion de l'une par l'autre. Voilà qui expliquerait le postulat Khaïr-Eddinien de la non-écriture. Cette poétique est perceptible, notamment, à travers le rapport ludique et premier instauré par l'écriture avec le langage, déconstruit, reconstruit, selon un principe où le le propre de la parole dite est de se dissoudre dans l'acte même qui la produit.
Dire et ne pas dire, l'auto-destruction reste une pratique courante de l'oralité. "Il était et il n'était pas" dit le conte traditionnel. Cette poétique de l'oralité est aussi à l'oeuvre dans le fonctionnement même de la narration, en ce qu'elle privilégie un langage du corps, une écriture organique centrée sur le corps, la sexualité, la métamorphose, le masque, où domine la voix préoccupée par l'acte d'énonciation qui semble primordial car il est fondateur du "je".
Le morcellement textuel, si caractéristique de l'écriture de Khaïr-Eddine, traduit l'éclatement du "je" dont l'agitation rejaillit sur la narration en proie à la même fièvre et à la même errance. Le "je" fait corps avec le texte et s'incarne dans une parole qui revient toujours à lui.
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JepensE
Inscrit le: 29 Sep 2003
Messages: 29
Localisation: Maroc
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| Posté le: 01 Nov 2003, 15:09 Sujet du message: |
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Il parait que c'était quelqu'un de bien ...
Pour rendre hommage à cet écrivain, je vais lire kk'uns de ces écrits. Je crois que je vais aller faire un tour chez le libraire du coin. Vous avez un écrit à me conseiller en particulier ?
Merci d'avance si saissi. |
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saissi
Inscrit le: 01 Nov 2003
Messages: 8
Localisation: France
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| Posté le: 01 Nov 2003, 20:15 Sujet du message: |
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| Je te conseille parmi les livres de Khaireddine : "Agadir", "L'Enterrement", "Soleil Arachnide", "Une Vie, un rêve, un peuple toujours errants". Et bonne lecture |
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JepensE
Inscrit le: 29 Sep 2003
Messages: 29
Localisation: Maroc
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| Posté le: 04 Nov 2003, 14:08 Sujet du message: |
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Merci si saissi, je vais peut etre me rendre dans une bonne librairie pour les mettre tous devant moi et en choisir un.
Sinon, je vois que les personnes qui s'interressent à la culture se font rare !! :(
Aller tt le monde, il faut se mettre à la lecture. Si vous n'aimez pas lire, je peux vous donner quelques références qui vous doneront l'envie de lire jour et nuit.
:up:
[Ce message a été modifié le 4/11/2003 par JepensE] |
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ayoub
Inscrit le: 03 Jan 2003
Messages: 1187
Localisation: La bas...
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| Posté le: 04 Nov 2003, 18:11 Sujet du message: |
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:cool:
A propose de Taher Ben Jelloun. Il a ecrit un livre pas mal : intitulé " Eloge de l'amité, Ombre de la Trahision" . A lire absolument :)
A props des ecrivains maghrebains , j'ai lu durant mes années de lycée , deux livres
le premier de Moulou Feraoun , Le fils du pauvre, et le second de Driss Charibi , La civilisation! .. Ma mère. Deux livres qui retracent, et parlent de certaines réalités dans la société maghrébine.
et , un dernier mot : Fouad Laroui est un ecrivain super, dommage qu'il soit meconnu , en plus de " mefiez vous des parachutistes" que je vous conseille vivement de lire , surtout les marocains residants a l'etranger , et non pas emligrants :) , et un autre " la dent du topographe" ...
voila
a la prochaine :cool: |
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hanan
Inscrit le: 13 Oct 2003
Messages: 5
Localisation: France
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| Posté le: 04 Nov 2003, 18:29 Sujet du message: |
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| tous vos messages m'ont vraiment donné envie de lire, en général je n'arrive pas à finir les bouquins peut être je les choisis mal. dès demain je cours à la librairie me plonger dans la littérature marocaine.................... :) |
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