Aimez vous la nouvelle littéraire ? moi j'adore et ma préférée c la nouvelle fantastique Edgar Alain Poe, Maupassant & Co
Je me demande s'il y a des amateurs de ce genre de lecture sur ce foum.
Je serai ravie de lire vos propre oeuvres sinon celles de qqun d'autre dont vous vous souvenez tjrs. ou meme qq unes trouvées sur le net.
moi j'aime bcp ce genre,je le trouve tres fascinant et demande une grande experience car c tres difficile d'assembler les idees et les evenments ds un texte relativement court.
je prefere maupassant ,et surtout le HORLA .
moi j'aime bcp ce genre,je le trouve tres fascinant et demande une grande experience car c tres difficile d'assembler les idees et les evenments ds un texte relativement court.
je prefere maupassant ,et surtout le HORLA .
voila une passionée
Non sissi ca ne demande pas bcp d'exprience. ca demande juste une idée brillante et tout s'enchaine comme par magie !
pour les amateurs , c la préférée car la nouvelle se lit d'un seul coup. Par sa brièveté, ou son intensité, elle n'offre pas le loisir de fermer le livre, et par conséquent de prendre du recul entre deux séances de lecture. Il y a une urgence ; une proximité doit s'établir avec le lecteur. Que le texte s'étire sur dix lignes ou sur soixante pages, il doit tenir le lecteur dans un souffle. Quand je lis, je m'investis beaucoup dans chaque phrase et j'attends d'être surprise le plus souvent possible, par la langue, l'inventivité, le ton, le rythme, les images...
À mon avis, le génie de ces écrivains réside dans le fait qu’ils sont capables d’éblouir le lecteur par le charme de leur écriture en attachant son attention jusqu’au dernier mot pour qu’à la suite le surprendre par un dénouement inattendu, malgré ses réflexions devinatoires tout au long de sa lecture. et enfin lui laisser un tas de questions en tête qui vont l’inciter à réfléchir.
en avez vous une à votre portée ? prière de la patager avec nous
celle-ci est un peu ancienne mais je l'aime car elle montre ce nous les femmes pouvons faire
l'inutile beauté
La Victoria fort élégante, attelée de deux superbes chevaux noirs, attendait devant le perron de l'hôtel. C'était à la fin de juin, vers cinq heures et demie, et, entre les toits qui enfermaient la cour d'honneur, le ciel apparaissait plein de clarté, de chaleur, de gaieté.
La comtesse de Mascaret se montra sur le perron juste au moment où son mari, qui rentrait, arriva sous la porte cochère. Il s'arrêta quelques secondes pour regarder sa femme, et il pâlit un peu. Elle était fort belle, svelte, distinguée avec sa longue figure ovale, son teint d'ivoire doré, ses grands yeux gris et ses cheveux noirs; et elle monta dans sa voiture sans le regarder, sans paraître même l'avoir aperçu, avec une allure si particulièrement racée, que l'infâme jalousie dont il était depuis si longtemps dévoré, le mordit au cœur de nouveau. Il s'approcha, et la saluant :
— Vous allez vous promener? dit-il.
Elle laissa passer quatre mots entre ses lèvres dédaigneuses.
— Vous le voyez bien !
— Au bois?
— C'est probable.
— Me serait-il permis de vous accompagner?
— La voiture est à vous.
Sans s'étonner du ton dont elle lui répondait, il monta et s'assit a côté de sa femme, puis il ordonna :
— Au bois.
Le valet de pied sauta sur le siège auprès du cocher; et les chevaux, selon leur habitude, piaffèrent en saluant de la tête jusqu'à ce qu'ils eussent tourné dans la rue.
Les deux époux demeuraient côte à côte sans se parler. Il cherchait comment entamer l'entretien, mais elle gardait un visage si obstinément dur qu'il n'osait pas.
A la fin, il glissa sournoisement sa main vers la main gantée de la comtesse et la toucha comme par hasard, mais le geste qu'elle fit en retirant son bras fut si vif et si plein de dégoût qu'il demeura anxieux, malgré ses habitudes d'autorité et de despotisme.
Alors il murmura :
— Gabrielle!
Elle demanda, sans tourner la tête :
— Que voulez-vous?
— Je vous trouve adorable.
Elle ne répondit rien, et demeurait étendue dans sa voiture avec un air de reine irritée.
Ils montaient maintenant les Champs-Elysées, vers l'Arc de Triomphe de l'Étoile. L'immense monument, au bout de la longue avenue, ouvrait dans un ciel rouge son arche colossale. Le soleil semblait descendre sur lui en semant par l'horizon une poussière de feu.
Et le fleuve des voitures, éclaboussées de reflets sur les cuivres, sur les argentures et les cristaux des harnais et des lanternes, laissait couler un double courant vers le bois et vers la ville.
Le comte de Mascaret reprit :
— Ma chère Gabrielle.
Alors, n'y tenant plus, elle répliqua d'une voix exaspérée :
— Oh! laissez-moi tranquille, je vous ! prie. Je n'ai même plus la liberté d'être seule dans ma voiture, à présent.
Il simula n'avoir point écouté, et continua :
— Vous n'avez jamais été aussi jolie qu'aujourd'hui.
Elle était certainement à bout de patience et elle répliqua avec une colère qui ne se contenait point :
— Vous avez tort de vous en apercevoir, car je vous jure bien que je ne serai plus jamais à vous.
Certes, il fut stupéfait et bouleversé, et, ses habitudes de violence reprenant le dessus, il jeta un — « Qu'est-ce à dire? » qui révélait plus le maître brutal que l'homme amoureux. Elle répéta, à voix basse, bien que leurs gens ne pussent rien entendre dans l'assourdissant ronflement des roues :
— Ah! qu'est-ce à dire? qu'est-ce à dire? Je vous retrouve donc! Vous voulez que je vous le dise ?
— Oui.
— Que je vous dise tout?
— Oui.
— Tout ce que j'ai sur le cœur depuis que je suis la victime de votre féroce égoïsme.
Il était devenu rouge d'étonnement et d'irritation. Il grogna, les dents serrées :
— Oui, dites?
C'était un homme de haute taille, à larges épaules, à grande barbe rousse, un bel homme, un gentilhomme, un homme du monde qui passait pour un mari parfait et pour un père excellent.
Pour la première fois depuis leur sortie de l'hôtel elle se retourna vers lui et le regarda bien en face :
— Ah! vous allez entendre des choses désagréables, mais sachez que je suis prête a tout, que je braverai tout, que je ne crains rien, et vous aujourd'hui moins que personne.
Il la regardait aussi dans les yeux, et une rage déjà le secouait. Il murmura :
— Vous êtes folle!
Non, mais je ne veux plus être la victime de l'odieux supplice de maternité que vous m'imposez depuis onze ans ! je veux vivre enfin en femme du monde, comme j'en ai le droit, comme toutes les femmes en ont le droit.
Redevenant pâle tout à coup, il balbutia :
— Je ne comprends pas.
— Si, vous comprenez. Il y a maintenant trois mois que j'ai accouché de mon dernier enfant, et comme je suis encore très belle, et, malgré vos efforts, presque indéformable, ainsi que vous venez de le reconnaître en m'apercevant sur votre perron, vous trouvez qu'il est temps que je redevienne enceinte.
— Mais vous déraisonnez !
— Non. J'ai trente ans et sept enfants, et nous sommes mariés depuis onze ans, et vous espérez que cela continuera encore dix ans, après quoi vous cesserez d'être jaloux.
Il lui saisit le bras et l'étreignant :
— Je ne vous permettrai pas de me parler plus longtemps ainsi.
— Et moi, je vous parlerai jusqu'au bout, jusqu'à ce que j'aie fini tout ce que j'ai à vous dire, et si vous essayez de m'en empêcher, j'élèverai la voix de façon à être entendue par les deux domestiques qui sont sur le siège. Je ne vous ai laissé monter ici que pour cela, car j'ai ces témoins qui vous forceront à m'écouter et à vous contenir. Écoutez-moi. Vous m'avez toujours été antipathique et je vous l'ai toujours laissé voir, car je n'ai jamais menti, monsieur. Vous m'avez épousée malgré moi, vous avez forcé mes parents qui étaient gênés à me donner a vous, parce que vous êtes très riche. Ils m'y ont contrainte, en me faisant pleurer. Vous m'avez donc achetée, et dès que j'ai été en votre pouvoir, dès que j'ai commencé à devenir pour vous une compagne prête à s'attacher, à oublier vos procédés d'intimidation et de coercition pour me souvenir seulement que je devais être une femme dévouée et vous aimer autant qu'il m'était possible de le faire, vous êtes devenu jaloux, vous, comme aucun homme ne l'a jamais été, d'une jalousie d'espion, basse, ignoble, dégradante pour vous, insultante pour moi. Je n'étais pas mariés depuis huit mois que vous m'avez soupçonnée de toutes les perfidies. Vous me l'avez même laissé entendre. Quelle honte! Et comme vous ne pouviez pas m'empêcher d'être belle et de plaire, d'être appelée dans les salons et aussi dans les journaux une des plus jolies femmes de Paris, vous avez cherché ce que vous pourriez imaginer pour écarter de moi les galanteries, et vous avez eu cette idée abominable de me faire passer ma vie dans une perpétuelle grossesse, jusqu'au moment où je dégoûterais tous les hommes. Oh! ne niez pas! Je n'ai point compris pendant longtemps, puis j'ai deviné. Vous vous en êtes vanté même à votre sœur, qui me l'a dit, car elle m'aime et elle a été révoltée de votre grossièreté de rustre.
Ah ! rappelez-vous nos luttes, les portes brisées, les serrures forcées! A quelle existence vous m'avez condamnée depuis onze ans, une existence de jument poulinière enfermée dans un haras. Puis, dès que j'étais grosse, vous vous dégoûtiez aussi de moi, vous, et je ne vous voyais plus durant des mois. On m'envoyait à la campagne, dans le château de la famille, au vert, au pré, faire mon petit. Et quand je reparaissais, fraîche et belle, indestructible, toujours séduisante et toujours entourée d'hommages, espérant enfin que j'allais vivre un peu comme une jeune femme riche qui appartient au monde, la jalousie vous reprenait, et vous recommenciez à me poursuivre de l'infâme et haineux désir dont vous souffrez en ce moment, à mon côté. Et ce n'est pas le désir de me posséder — je ne me serais jamais refusée à vous — c'est le désir de me déformer.
Il s'est de plus passé cette chose abominable et si mystérieuse que j'ai été longtemps à la pénétrer (mais je suis devenue fine à vous voir agir et penser) : vous vous êtes attaché à vos enfants de toute la sécurité qu'ils vous ont donnée pendant que je les portais dans ma taille. Vous avez fait de l'affection pour eux avec toute l'aversion que vous aviez pour moi, avec toutes vos craintes ignobles momentanément calmées et avec la joie de me voir grossir.
Ah! cette joie, combien de fois je l'ai sentie en vous, je l'ai rencontrée dans vos yeux, je l'ai devinée. Vos enfants, vous les aimez comme des victoires et non comme votre sang. Ce sont des victoires sur moi, sur ma jeunesse, sur ma beauté, sur mon charme, sur les compliments qu'on m'adressait, et sur ceux qu'on chuchotait autour de moi, sans me les dire. Et vous en êtes fier; vous paradez avec eux, vous les promenez en break au bois de Boulogne, sur des ânes à Montmorency. Vous les conduisez aux matinées théâtrales pour qu'on vous voit au milieu d'eux, qu'on dise « quel bon père » et qu'on le répète.....
Il lui avait pris le poignet avec une brutalité sauvage, et il le serrait si violemment qu'elle se tut, une plainte lui déchirant la gorge.
Et il lui dit tout bas :
— J'aime mes enfants, entendez-vous! Ce que vous venez de m'avouer est honteux de la part d'une mère. Mais vous êtes à moi. Je suis le maître... votre maître... je puis exiger de vous ce que je voudrai, quand je voudrai... et j'ai la loi... pour moi :
Il cherchait à lui écraser les doigts dans la pression de tenaille de son gros poignet musculeux. Elle, livide de douleur, s'efforçait en vain d'ôter sa main de cet étau qui la broyait; et la souffrance la faisant haleter, des larmes lui vinrent aux yeux.
— Vous voyez bien que je suis le maître dit-il, et le plus fort.
Il avait un peu desserré son étreinte. Elle reprit :
— Me croyez-vous pieuse ?
Il balbutia, surpris.
— Mais oui.
— Pensez-vous que je croie à Dieu?
— Mais oui.
— Que je pourrais mentir en vous faisant un serment devant un autel où est enfermé le corps du Christ.
— Non.
— Voulez-vous m'accompagner dans une église.
— Pourquoi faire?
— Vous le verrez bien. Voulez-vous?
— Si vous y tenez, oui.
Elle éleva la voix, en appelant :
— Philippe.
Le cocher, inclinant un peu le cou, sans quitter ses chevaux des yeux, sembla tourner son oreille seule vers sa maîtresse, qui reprit :
— Allez à l'église Saint-Philippe-du-Roule.
Et la Victoria qui arrivait à la porte du Bois de Boulogne, retourna vers Paris.
La femme et le mari n'échangèrent plus une parole pendant ce nouveau trajet. Puis, lorsque la voiture fut arrêtée devant l'entrée du temple, Mme de Mascaret, sautant à terre, y pénétra, suivie à quelques pas, par le comte.
Elle alla, sans s'arrêter, jusqu'à la grille du chœur, et tombant à genoux contre une chaise, cacha sa figure dans ses mains et pria. Elle pria longtemps, et lui, debout derrière elle, s'aperçut enfin qu'elle pleurait. Elle pleurait sans bruit, comme pleurent les femmes dans les grands chagrins poignants. C'était, dans tout son corps, une sorte d'ondulation qui finissait par un petit sanglot, caché, étouffé sous ses doigts.
Mais le comte de Mascaret jugea que la situation se prolongeait trop, et il la toucha sur l'épaule.
Ce contact la réveilla comme une brûlure. Se dressant, elle le regarda les yeux dans les yeux.
— Ce que j'ai à vous dire, le voici. Je n'ai peur de rien, vous ferez ce que vous voudrez. Vous me tuerez si cela vous plaît. Un de vos enfants n'est pas à vous, un seul. Je vous le jure devant le Dieu qui m'entend ici. C'était l'unique vengeance que j'eusse contre vous, contre votre abominable tyrannie de mâle, contre ces travaux forcés de l'engendrement auxquels vous m'avez condamnée. Qui fut mon amant? Vous ne le saurez jamais! Vous soupçonnerez tout le monde. Vous ne le découvrirez point. Je me suis donnée à lui sans amour et sans plaisir, uniquement pour vous tromper. Et il m'a rendue mère aussi, lui. Qui est son enfant ? Vous ne le saurez jamais. J'en ai sept, cherchez! Cela, je comptais vous le dire plus tard, bien plus tard, car on ne s'est vengé d'un homme, en le trompant, que lorsqu'il le sait. Vous m'avez forcée à vous le confesser aujourd'hui, j'ai fini.
Et elle s'enfuit à travers l'église, vers la porte ouverte sur la rue, s'attendant à entendre derrière elle le pas rapide de l'époux bravé, et à s'affaisser sur le pavé sous le coup d'assommoir de son poing.
Mais elle n'entendit rien, et gagna sa voiture. Elle y monta d'un saut, crispée d'angoisse, haletante de peur, et cria au cocher : « à l'hôtel ».
Les chevaux partirent au grand trot.
II
La comtesse de Mascaret, enfermée en sa chambre, attendait l'heure du dîner comme un condamné à mort attend l'heure du supplice. Qu'allait-il faire? Était-il rentré? Despote, emporté, prêt à toutes les violences, qu'avait-il médité, qu'avait-il préparé, qu'avait-il résolu ? Aucun bruit dans l'hôtel, et elle regardait à tout instant les aiguilles de sa pendule. La femme de chambre était venue pour la toilette crépusculaire; puis elle était partie.
Huit heures sonnèrent, et, presque tout de suite deux coups furent frappés à la porte.
— Entrez.
Le maître d'hôtel parut, et dit :
— Madame la comtesse est servie.
— Le comte est rentré ?
— Oui, madame la comtesse. M. le comte est dans la salle à manger.
Elle eut, pendant quelques secondes, la pensée de s'armer d'un petit revolver qu'elle avait acheté quelque temps auparavant, en prévision du drame qui se préparait dans son cœur. Mais elle songea que tous les enfants seraient là; et elle ne prit rien, qu'un flacon de sels.
Lorsqu'elle entra dans la salle, son mari, debout près de son siège, attendait. Ils échangèrent un léger salut, et s'assirent. Alors, les enfants à leur tour, prirent place. Les trois fils, avec leur précepteur, l'abbé Marin, étaient à la droite de la mère; les trois filles, avec la gouvernante anglaise, Mlle Smith, étaient à
l'inutile beauté gauche. Le dernier enfant, âgé de trois mois, restait seul à la chambre avec sa nourrice.
Les trois filles, toutes blondes, dont l'aînée avait dix ans, vêtues de toilettes bleues, ornées de petites dentelles blanches, ressemblaient à d'exquises poupées. La plus jeune n'avait pas trois ans. Toutes, jolies déjà, promettaient de devenir belles comme leur mère.
Les trois fils, deux châtains, et l'aîné, âgé de neuf ans, déjà brun, semblaient annoncer des hommes vigoureux, de grande taille, aux larges épaules. La famille entière semblait bien du même sang, fort et vivace.
L'abbé prononça le bénédicité selon l'usage, lorsque personne n'était invité, car, en présence des étrangers, les enfants ne venaient point à la table. Puis on se mit à dîner.
La comtesse, étreinte d'une émotion qu'elle n'avait point prévue, demeurait les yeux baissés, tandis que le comte examinait tantôt les trois garçons et tantôt les. trois filles, avec des yeux incertains qui allaient d'une tête à l'autre, troublés d'angoisses. Tout à coup, en reposant devant lui son verre à pied, il le cassa, et l'eau rougie se répandit sur la nappe. Au léger bruit que fit ce léger accident la comtesse eut un soubresaut qui la souleva sur sa chaise. Pour la première fois ils se regardèrent. Alors, de moment en moment, malgré eux, malgré la crispation de leur chair et de leur cœur, dont les bouleversait chaque rencontre de leurs prunelles, ils ne cessaient plus de les croiser comme des canons de pistolet.
L'abbé, sentant qu'une gêne existait dont il ne devinait pas la cause, essaya de semer une conversation. Il égrenait des sujets sans que ses inutiles tentatives fissent éclore une idée, fissent naître une parole.
La comtesse, par tact féminin, obéissant à ses instincts de femme du monde, essaya deux ou trois fois de lui répondre; mais en vain. Elle ne trouvait point ses mots dans la déroute de son esprit; et sa voix lui faisait presque peur dans le silence de la grande pièce où sonnaient seulement les petits heurts de l'argenterie et des assiettes.
Soudain son mari, se penchant en avant, lui dit :
— En ce lieu, au milieu de vos enfants, me jurez-vous la sincérité de ce que vous m'avez affirmé tantôt.
La haine fermentée dans ses veines la souleva soudain, et répondant à cette demande avec la même énergie qu'elle répondait à son regard, elle leva ses deux mains, la droite vers les fronts de ses fils, la gauche vers les fronts de ses filles, et d'un accent ferme, résolu, sans défaillance.
— Sur la tête de mes enfants, je jure que je vous ai dit la vérité.
Il se leva, et, avec un geste exaspéré ayant lancé sa serviette sur la table, il se retourna en jetant sa chaise contre le mur, puis sortit sans ajouter un mot.
Mais elle, alors, poussant un grand soupir, comme après une première victoire, reprit d'une voix calmée :
— Ne faites pas attention, mes chéris, votre papa a éprouvé un gros chagrin tantôt. Et il a encore beaucoup de peine. Dans quelques jours il n'y paraîtra plus.
Alors elle causa avec l'abbé; elle causa avec Mlle Smith; elle eut pour tous ses enfants des paroles tendres, des gentillesses, de ces douces gâteries de mère qui dilatent les petits cœurs.
Quand le dîner fut fini, elle passa au salon avec toute sa maisonnée. Elle fit bavarder les aînés, conta des histoires aux derniers, et, lorsque fut venue l'heure du coucher général, elle les baisa très longuement puis, les ayant envoyés dormir, elle rentra seule dans sa chambre.
Elle attendit, car elle ne doutait pas qu'il viendrait. Alors, ses enfants étant loin d'elle, elle se décida à défendre sa peau d'être humain comme elle avait défendu sa vie de femme du monde; et elle cacha, dans la poche de sa robe, le petit revolver chargé qu'elle avait acheté quelques jours plus tôt.
Les heures passaient, les heures sonnaient. Tous les bruits de l'hôtel s'éteignirent. Seuls les fiacres continuèrent dans les rues leur roulement vague, doux et lointain à travers les tentures des murs.
Elle attendait, énergique et nerveuse, sans peur de lui maintenant, prête à tout et presque triomphante, car elle avait trouvé pour lui un supplice de tous les instants et de toute la vie.
Mais les premières lueurs du jour glissèrent entre les franges du bas de ses rideaux, sans qu'il fût entré chez elle. Alors elle comprit, stupéfaite, qu'il ne viendrait pas. Ayant fermé sa porte à clef et poussé le verrou de sûreté qu'elle y avait fait appliquer, elle se mit au lit enfin et y demeura, les yeux ouverts, méditant, ne comprenant plus, ne devinant pas ce qu'il allait faire.
Sa femme de chambre, en lui apportant le thé, lui remit une lettre de son mari. Il lui annonçait qu'il entreprendrait un voyage assez long, et la prévenait, en post-scriptum, que son notaire lui fournirait les sommes nécessaires à toutes ses dépenses.
III
C'était à l'Opéra, pendant un entr'acte de Robert le Diable. Dans l'orchestre, les hommes debout, le chapeau sur la tête, le gilet largement ouvert sur la chemise blanche où brillaient l'or et les pierres des boutons, regardaient les loges pleines de femmes décolletées, diamantées, emperlées, épanouies dans cette serre illuminée où la beauté des visages et l'éclat des épaules semblent fleurir pour les regards au milieu de la musique et des voix humaines.
Deux amis, le dos tourné à l'orchestre, lorgnaient, en causant, toute cette galerie d'élégance, toute cette exposition de grâce vraie ou fausse, de bijoux, de luxe et de prétention qui s'étalait en cercle autour du grand-théâtre.
Un d'eux, Roger de Salins, dit à son compagnon Bernard Grandin :
— Regarde donc la comtesse de Mascaret comme elle est toujours belle.
L'autre, à son tour, lorgna, dans une loge de face, une grande femme qui paraissait encore très jeune, et dont l'éclatante beauté semblait appeler les yeux de tous les coins de la salle. Son teint pâle, aux reflets d'ivoire, lui donnait un air de statue, tandis qu'en ses cheveux noirs comme une nuit, un mince diadème en arc-en-ciel, poudré de diamants, brillait ainsi qu'une voie lactée.
Quand il l'eut regardée quelque temps, Bernard Grandin répondit avec un accent badin de conviction sincère.
— Je te crois qu'elle est belle !
— Quel âge peut-elle avoir maintenant?
—Attends. Je vais te dire ça exactement.
Je la connais depuis son enfance. Je l'ai vue débuter dans le monde comme jeune fille. Elle a.....elle a..... trente.....trente.....trente-six ans.
— Ce n'est pas possible?
— J'en suis sur.
— Elle en porte vingt-cinq.
— Et elle a eu sept enfants.
— C'est incroyable.
— Ils vivent même tous les sept, et c'est une fort bonne mère. Je vais un peu dans la maison qui est agréable, très calme, très saine. Elle réalise le phénomène de la famille dans le monde.
— Est-ce bizarre? Et on n'a jamais rien dit d'elle?
— Jamais.
— Mais, son mari? Il est singulier, n'est-ce pas?
— Oui et non. Il y a peut-être eu entre eux un petit drame, un de ces petits drames de ménage qu'on soupçonne, qu'on ne connaît jamais bien, mais qu'on devine à peu près.
— Quoi?
— Je n'en sais rien, moi. Mascaret est grand viveur aujourd'hui, après avoir été un parfait époux. Tant qu'il est resté bon mari, il a eu un affreux caractère, ombrageux et grincheux. Depuis qu'il fait la fête, il est devenu très indifférent, mais on dirait qu'il a un souci, un chagrin, un ver rongeur quelconque, il vieillit beaucoup, lui.
Alors, les deux amis philosophèrent quelques minutes sur les peines secrètes, inconnaissables, que des dissemblances de caractères, ou peut-être des antipathies physiques, inaperçues d'abord, peuvent faire naître dans une famille.
Roger de Salins, qui continuait à lorgner Mme de Mascaret, reprit.
— Il est incompréhensible que cette femme-là ait eu sept enfants?
— Oui, en onze ans. Après quoi elle a clôturé, à trente ans, sa période de production pour entrer dans la brillante période de représentation, qui ne semble pas près de finir.
— Les pauvres femmes!
— Pourquoi les plains-tu ?
— Pourquoi? Ah! mon cher, songe donc! Onze ans de grossesses pour une femme comme ça! quel enfer! C'est toute la jeunesse, toute la beauté, toute l'espérance de succès, tout l'idéal poétique de vie brillante, qu'un sacrifice à cette abominable loi de la reproduction qui fait de la femme normale une simple machine à pondre des êtres.
— Que veux-tu? c'est la nature!
— Oui, mais je dis que la nature est notre ennemie, qu'il faut toujours lutter contre la nature, car elle nous ramène sans cesse à l'animal. Ce qu'il y a de propre, de joli, d'élégant, d'idéal sur la terre, ce n'est pas Dieu qui l'y a mis, c'est l'homme, c'est le cerveau humain. C'est nous qui avons introduit dans la création, en la chantant, en l'interprétant, en l'admirant en poètes, en l'idéalisant en artistes, en l'expliquant en savants qui se trompent mais qui trouvent aux phénomènes des raisons ingénieuses, un peu de grâce, de beauté, de charme inconnu et de mystère. Dieu n'a créé que des êtres grossiers, pleins de germes des maladies, qui, après quelques années d'épanouissement bestial, vieillissent dans les infirmités, avec toutes les laideurs et toutes les impuissances de la décrépitude humaine. Il ne les a faits, semble-t-il, que pour se reproduire salement et pour mourir ensuite, ainsi que les insectes éphémères des soirs d'été. J'ai dit « pour se reproduire salement »; j'insiste. Qu'y a-t-il, en effet, de plus ignoble, de plus répugnant que cet acte ordurier et ridicule de la reproduction des êtres, contre lequel toutes les âmes délicates sont et seront éternellement révoltées. Puisque tous les organes inventés par ce créateur économe et malveillant servent à deux fins, pourquoi n'en a-t-il pas choisi d'autres qui ne fussent point malpropres et souillés, pour leur confier cette mission sacrée, la plus noble et la plus exaltante des fonctions humaines. La bouche, qui nourrit le corps avec des aliments matériels, répand aussi la parole et la pensée. La chair se restaure par elle, et c'est par elle, en même temps, que se communique l'idée. L'odorat, qui donne aux poumons l'air vital, donne au cerveau tous les parfums du monde : l'odeur des fleurs, des bois, des arbres, de la mer. L'oreille, qui nous fait communiquer avec nos semblables, nous a permis encore d'inventer la musique, de créer du rêve, du bonheur, de l'infini et même du plaisir physique avec des sons! Mais on dirait que le Créateur, sournois et cynique, a voulu interdire à l'homme de jamais anoblir, embellir et idéaliser sa rencontre avec la femme. L'homme, cependant, a trouvé l'amour, ce qui n'est pas mal comme réplique au Dieu narquois, et il l'a si bien paré de poésie littéraire que la femme souvent oublie à quels contacts elle est forcée. Ceux, parmi nous, qui sont impuissants à se tromper en s'exaltant, ont inventé le vice et raffiné les débauches, ce qui est encore une manière de berner Dieu, et de rendre hommage, un hommage impudique, à la beauté.
Mais l'être normal fait des enfants ainsi qu'une bête accouplée par la loi.
Regarde cette femme! n'est-ce pas abominable de penser que ce bijou, que cette perle née pour être belle, admirée, fêtée et adorée, a passé onze ans de sa vie à donner des héritiers au comte de Mascaret.
Bernard Grandin dit en riant :
— Il y a beaucoup de vrai dans tout cela; mais peu de gens te comprendraient.
Salins s'animait.
— Sais-tu comment je conçois Dieu, dit-il : comme un monstrueux organe créateur inconnu de nous, qui sème par l'espace des milliards de mondes, ainsi qu'un poisson unique pondrait des œufs dans la mer. Il crée parce que c'est sa fonction de Dieu; mais il est ignorant de ce qu'il fait, stupidement prolifique, inconscient des combinaisons de toutes sortes produites par ses germes éparpillés. La pensée humaine est un heureux petit accident des hasards de ses fécondations, un accident local, passager, imprévu, condamné à disparaître avec la terre, et à recommencer peut-être ici ou ailleurs, pareil ou différent, avec les nouvelles combinaisons des éternels recommencements. Nous lui devons, à ce petit accident de l'intelligence, d'être très mal en ce monde qui n'est pas fait pour nous, qui n'avait pas été préparé pour recevoir, loger, nourrir et contenter des êtres pensants, et nous lui devons aussi d'avoir à lutter sans cesse, quand nous sommes vraiment des raffinés et des civilisés, contre ce qu'on appelle encore les desseins de la Providence.
Grandin, qui l'écoutait avec attention, connaissant de longue date les surprises éclatantes de sa fantaisie, lui demanda :
— Alors, tu crois que la pensée humaine est un produit spontané de l'aveugle parturition divine?
— Parbleu! une fonction fortuite des centres nerveux de notre cerveau, pareille aux actions chimiques imprévues dues à des mélanges nouveaux, pareille aussi à une production d'électricité, créée par des frottements ou des voisinages inattendus, à tous les phénomènes enfin engendrés par les fermentations infinies et fécondes de la matière qui vit.
Mais, mon cher, la preuve en éclate pour quiconque regarde autour de soi. Si la pensée humaine, voulue par un créateur conscient, avait dû être ce qu'elle est devenue, si différente de la pensée et de la résignation animales, exigeante, chercheuse, agitée, tourmentée, est-ce que le monde créé pour recevoir l'être que nous sommes aujourd'hui aurait été cet inconfortable petit parc à bestioles, ce champ à salades, ce potager silvestre, rocheux et sphérique où votre Providence imprévoyante nous avait destinés à vivre nus, dans les grottes ou sous les arbres, nourris de la chair massacrée des animaux, nos frères, ou des légumes crus poussés sous le soleil et les pluies.
Mais il suffit de réfléchir une seconde pour comprendre que ce monde n'est pas fait pour des créatures comme nous. La pensée éclose et développée par un miracle nerveux des cellules de notre tête, toute impuissante, ignorante et confuse qu'elle est et qu'elle demeurera toujours, fait de nous tous, les intellectuels, d'éternels et misérables exilés sur cette terre.
Contemple-la, cette terre, telle que Dieu l'a donnée à ceux qui l'habitent. N'est-elle pas visiblement et uniquement disposée, plantée et boisée pour des animaux. Qu'y a-t-il pour nous! Rien. Et pour eux, tout : les cavernes, les arbres, les feuillages, les sources, le gîte, la nourriture et la boisson. Aussi les gens difficiles comme moi n'arrivent-ils jamais à s'y trouver bien. Ceux-là seuls qui se rapprochent de la brute sont contents et satisfaits. Mais les autres, les poètes, les délicats, les rêveurs, les chercheurs, les inquiets. Ah ! les pauvres gens !
Je mange des choux et des carottes, sacrebleu, des oignons, des navets et des radis, parce que nous avons été contraints de nous y accoutumer, même d'y prendre goût, et parce qu'il ne pousse pas autre chose, mais c'est là une nourriture de lapins et de chèvres, comme l'herbe et le trèfle sont des nourritures de cheval et de vache. Quand je regarde les épis d'un champ de blé mur, je ne doute pas que cela n'ait germé dans le sol pour des becs de moineaux ou d'alouettes, mais non point pour ma bouche. En mastiquant du pain, je vole donc les oiseaux, comme je vole la belette et le renard en mangeant des poules. La caille, le pigeon et la perdrix ne sont-ils pas les proies naturelles de l'épervier; le mouton, le chevreuil et le bœuf, celles des grands carnassiers, plutôt que des viandes engraissées pour nous être servies rôties avec des truffes qui auraient été déterrées spécialement pour nous, par les cochons.
Mais, mon cher, les animaux n'ont rien à faire pour vivre ici-bas. Ils sont chez eux, logés et nourris, ils n'ont qu'à brouter ou à chasser et à s'entre-manger selon leurs instincts, car Dieu n'a jamais prévu la douceur et les mœurs pacifiques; il n'a prévu que la mort des êtres acharnés à se détruire et à se dévorer.
Quant à nous! Ah! ah! il nous en a fallu du travail, de l'effort, de la patience, de l'invention, de l'imagination, de l'industrie, du talent et du génie pour rendre à peu près logeable ce sol de racines et de pierres. Mais songe à ce que nous avons fait, malgré la nature, contre la nature, pour nous installer d'une façon médiocre, à peine propre, à peine confortable, à peine élégante, pas digne de nous.
Et plus nous sommes civilisés, intelligents, raffinés, plus nous devons vaincre et dompter l'instinct animal qui représente en nous la volonté de Dieu.
Songe qu'il nous à fallu inventer la civilisation, toute la civilisation, qui comprend tant de choses, tant, tant, de toutes sortes, depuis les chaussettes jusqu'au téléphone. Songe à tout ce que tu vois tous les jours, à tout ce qui nous sert de toutes les façons.
Pour adoucir notre sort de brutes, nous avons découvert et fabriqué de tout, à commencer par des maisons, puis des nourritures exquises, des sauces, des bonbons, des pâtisseries, des boissons, des liqueurs, des étoffes, des vêtements, des parures, des lits, des sommiers, des voitures, des chemins de fer, des machines innombrables; nous avons, de plus, trouvé les sciences et les arts, l'écriture et les vers. Oui, nous avons créé les arts, la poésie, la musique, la peinture. Tout l'idéal vient de nous, et aussi toute la coquetterie de la vie, la toilette des femmes et le talent des hommes qui ont fini par un peu parer à nos yeux, par rendre moins nue, moins monotone et moins dure l'existence de simples reproducteurs pour laquelle la divine Providence nous avait uniquement animés.
Regarde ce théâtre. N'y a-t-il pas là-dedans un monde humain créé par nous, imprévu par les Destins éternels, ignoré d'Eux, compréhensible seulement par nos esprits, une distraction coquette, sensuelle, intelligente, inventée uniquement pour et par la petite bête mécontente et agitée que nous sommes.
Regarde cette femme, Mme de Mascaret. Dieu l'avait faite pour vivre dans une grotte, nue, ou enveloppée de peaux de bêtes. N'est-elle pas mieux ainsi? Mais, à ce propos, sait-on pourquoi et comment sa brute de mari, ayant près de lui une compagne pareille et, surtout après avoir été assez rustre pour la rendre sept fois mère, l'a lâchée tout à coup pour courir les gueuses.
Grandin répondit.
— Eh! mon cher, c'est probablement là l'unique raison. Il a fini par trouver que cela lui coûtait trop cher, de coucher toujours chez lui. Il est arrivé, par économie domestique, aux mêmes principes que tu poses en philosophe.
On frappait les trois coups pour le dernier acte. Les deux amis se retournèrent, ôtèrent leur chapeau et s'assirent.
IV
Dans le coupé qui les ramenait chez eux après la représentation de l'Opéra, le comte et la comtesse de Mascaret, assis côte à côte, se taisaient. Mais voilà que le mari, tout à coup, dit à sa femme :
— Gabrielle !
— Que me voulez-vous?
— Ne trouvez-vous pas que ça a assez duré!
— Quoi donc?
—L'abominable supplice auquel, depuis six ans, vous me condamnez.
— Que voulez-vous, je n'y puis rien.
— Dites-moi lequel, enfin?
— Jamais.
— Songez que je ne puis plus voir mes enfants, les sentir autour de moi, sans avoir le cœur broyé par ce doute. Dites-moi lequel, et je vous jure que je pardonnerai, que je le traiterai comme les autres.
— Je n'en ai pas le droit.
— Vous ne voyez donc pas que je ne peux plus supporter cette vie, cette pensée qui me ronge, et cette question que je me pose sans cesse, cette question qui me torture chaque fois que je les regarde. J'en deviens fou.
Elle demanda :
— Vous avez donc beaucoup souffert?
— Affreusement. Est-ce que j'aurais accepté, sans cela, l'horreur de vivre à votre côté, et l'horreur, plus grande encore, de sentir, de savoir parmi eux qu'il y en a un, que je ne puis connaître, et qui m'empêche d'aimer les autres.
Elle répéta :
— Alors, vous avez vraiment souffert beaucoup?
Il répondit d'une voix contenue et douloureuse :
— Mais, puisque je vous répète tous les jours que c'est pour moi un intolérable supplice. Sans cela, serais-je revenu? serais-je demeuré dans cette maison, près de vous et près d'eux, si je ne les aimais pas, eux. Ah! vous vous êtes conduite avec moi d'une façon abominable. J'ai pour mes enfants la seule tendresse de mon cœur; vous le savez bien. Je suis pour eux un père des anciens temps, comme j'ai été pour vous le mari des anciennes familles, car je reste, moi, un homme d'instinct, un homme de la nature, un homme d'autrefois. Oui, je l'avoue, vous m'avez rendu jaloux atrocement, parce que vous êtes une femme d'une autre race, d'une autre âme, avec l'autres besoins. Ah ! les choses que vous m'avez dites, je ne les oublierai jamais. A partir de ce jour, d'ailleurs, je ne me suis plus soucié de vous. Je ne vous ai pas tuée parce que je n'aurais plus gardé un moyen sur la terre de découvrir jamais lequel de nos... de vos enfants n'est pas à moi. J'ai attendu, mais j'ai souffert plus que vous ne sauriez croire, car je n'ose plus les aimer, sauf les deux aînés peut-être; je n'ose plus les regarder, les appeler, les embrasser, je ne peux plus en prendre un sur mes genoux sans me demander : « N'est-ce pas celui-là? » J'ai été avec vous correct et même doux et complaisant depuis six ans. Dites-moi la vérité et je vous jure que je ne ferai rien de mal. Dans l'ombre de la voiture, il crut deviner qu'elle était émue, et sentant qu'elle allait enfin parler.
— Je vous en prie, dit-il, je vous en supplie.....
Elle murmura :
— J'ai été peut-être plus coupable que vous ne croyez. Mais je ne pouvais pas, je ne pouvais plus continuer cette vie odieuse de grossesses. Je n'avais qu'un moyen de vous chasser de mon lit. J'ai menti devant Dieu, et j'ai menti, la main levée sur la tête de mes enfants, car je ne vous ai jamais trompé.
Il lui saisit le bras dans l'ombre, et le serrant comme il avait fait au jour terrible de leur promenade au bois, il balbutia :
— Est-ce vrai ?
— C'est vrai.
Mais lui, soulevé d'angoisse, gémit :
— Ah! je vais retomber en de nouveaux doutes qui ne finiront plus! Quel jour avez-vous menti, autrefois ou aujourd'hui! Comment vous croire à présent? Comment croire une femme après cela? Je ne saurai plus jamais ce que je dois penser. J'aimerais mieux que vous m'eussiez dit : « C'est Jacques, ou c'est Jeanne. »
La voiture pénétrait dans la cour de l'hôtel. Quand elle se fut arrêtée devant le perron, le comte descendit le premier et offrit, comme toujours, le bras à sa femme pour gravir les marches.
Puis, dès qu'ils atteignirent le premier étage :
— Puis-je vous parler encore quelques instants, dit-il?
Elle répondit :
— Je veux bien.
Ils entrèrent dans un petit salon, dont un valet de pied, un peu surpris, alluma les bougies.
Puis, quand ils furent seuls, il reprit :
— Comment savoir la vérité? Je vous ai supplié mille fois de parler, vous êtes restée muette, impénétrable, inflexible, inexorable, et voilà qu'aujourd'hui vous venez me dire que vous avez menti. Pendant six ans vous avez pu me laisser croire une chose pareille! Non, c'est aujourd'hui que vous mentez, je ne sais pourquoi, par pitié pour moi, peut-être? Elle répondit avec un air sincère et convaincu :
— Mais sans cela j'aurais eu encore quatre enfants pendant les six dernières années.
Il s'écria :
— C'est une mère qui parle ainsi ?
— Ah! dit-elle, je ne me sens pas du tout la mère des enfants qui ne sont pas nés, il me suffît d'être la mère de ceux que j'ai et de les aimer de tout mon cœur. Je suis, nous sommes des femmes du monde civilisé, monsieur. Nous ne sommes plus et nous refusons d'être de simples femelles qui repeuplent la terre. Elle se leva; mais il lui saisit les mains.
— Un mot, un mot seulement, Gabrielle. Dites-moi la vérité ?
— Je viens de vous la dire. Je ne vous ai jamais trompé.
Il la regardait bien en face, si belle, avec ses yeux gris comme des ciels froids. Dans sa sombre coiffure, dans cette nuit opaque des cheveux noirs luisait le diadème poudré de diamants, pareil à une voie lactée. Alors, il sentit soudain, il sentit par une sorte d'intuition que cet être là n'était plus seulement une femme destinée à perpétuer sa race, mais le produit bizarre et mystérieux de tous nos désirs compliqués, amassés en nous par les siècles, détournés de leur but primitif et divin, errant vers une beauté mystique, entrevue et insaisissable. Elles sont ainsi quelques-unes qui fleurissent uniquement pour nos rêves, parées de tout ce que la civilisation a mis de poésie, ce luxe idéal, de coquetterie et de charme esthétique autour de la femme, cette statue de chair qui avive, autant que les fièvres sensuelles, d'immatériels appétits.
L'époux demeurait debout devant elle, stupéfait de cette tardive et obscure découverte, touchant confusément la cause de sa jalousie ancienne, et comprenant mal tout cela.
Il dit enfin :
— Je vous crois. Je sens qu'en ce moment vous ne mentez pas; et, autrefois en effet, il m'avait toujours semblé que vous mentiez.
Elle lui tendit la main.
— Alors, nous sommes amis?
Il prit cette main et la baisa, en répondant :
—Nous sommes amis. Merci, Gabrielle.
Puis il sortit, en la regardant toujours, émerveillé qu'elle fût encore si belle, et sentant naître en lui une émotion étrange, plus redoutable peut-être que l'antique et simple amour!
La sacoche perdue
Un marchand venait d'une foire où il avait fait de très grandes affaires. Il avait mis tout son avoir, en belles pièces d'or, dans une grande sacoche de cuir. Il allait par monts et par chemins. En traversant la ville d'Amiens, il passa devant une église. Il s'y arrêta pour faire ses prières, comme il en avait l'habitude, devant l'image de la mère de Dieu, et posa sa sacoche devant lui. Quand il se releva, une pensée qui l'occupait la lui fit oublier et il s'en alla sans la reprendre.
Il y avait dans la ville un bourgeois qui, lui aussi, avait coutume d'aller faire oraison devant la benoîte mère de Dieu. Il vint peu après s'agenouiller à la place que l'autre venait de quitter. Il trouva la sacoche, scellée et fermée d'une petite serrure, et il comprend bien qu'elle doit renfermer beaucoup de pièces d'or.
Tout étonné, il s'arrête:
- Eh! Dieu, dit-il, que faire? Si je fais crier par la ville que j'ai trouvé cette sacoche, tel la réclamera qui n'y a aucun droit.
Il se décide à la garder jusqu'à ce qu'il en entende parler. Il rentre chez lui, cache la sacoche dans un coffre, puis vient à sa porte et, avec un morceau de craie, il y écrit en grosses lettres: «Si quelqu'un a perdu quelque chose, qu'il s'adresse ici.»
Le marchand avait repris sa route, et, sorti de la pensée qui l'avait distrait, tâte autour de lui, croyant trouver sa sacoche, mais ce fut peine perdue.
- Hélas, s'écrie-t-il, j'ai tout perdu! Je suis mort! Je suis trahi!
Il revint à l'église dans l'espoir que la sacoche y est encore: plus de sacoche. Il va trouver le prêtre et lui demande des nouvelles de son argent: point de nouvelles. Il quitte l'église, tout troublé. Il se met à errer par la ville.
En passant devant la maison du bourgeois qui avait trouvé la sacoche, il voit les lettres écrites sur la porte. Le bourgeois se tient sur le seuil. Notre marchand l'accoste:
- Êtes-vous, dit-il, le maître de cette maison?
- Oui, sire, tant qu'il plaira à Dieu. Qu'y a-t-il pour votre service?
- Ah! sire, pour Dieu, dites-moi, qui a écrit ces lettres à votre porte?
Le bourgeois feint de n'en rien savoir:
- Bel ami, dit-il, il passe par ici bien des gens, surtout des clercs; ils écrivent des vers ou ce qui leur passe par la tête. Mais avez-vous perdu quelque chose?
- Perdu! certes, j'ai perdu tout mon avoir.
- Quoi au juste?
- Une sacoche toute pleine d'or, scellée et fermée d'une serrure.
Et il décrit la serrure et le sceau.
Le bourgeois comprend sans peine qu'il dit la vérité. Il le mène dans sa chambre, lui montre la sacoche et lui dit de la prendre. Le marchand, voyant ce bourgeois si loyal, reste tout interdit: «Beau sire Dieu, pense-t-il, je ne suis pas digne d'avoir le trésor que j'avais amassé. Ce bourgeois en est plus digne que moi.»
- Sire, dit-il, cet argent sera mieux placé dans vos mains que dans les miennes. Je vous l'abandonne et je vous recommande à Dieu.
- Ah! bel ami, s'écrit le bourgeois, prenez votre sacoche, en grâce; je n'y ai pas droit.
- Non, dit le marchand, je ne la prendrai pas; je m'en irai pour sauver mon âme.
Et il s'enfuit en courant.
Quand le bourgeois le voit fuir, il se met à courir après lui en criant:
- Au voleur! au voleur! arrêtez-le!
Les voisins l'entendent, sortent, arrêtent le marchand et l'amènent au bourgeois:
- Que vous a-t-il volé? lui dirent-ils.
-Seigneurs, il veut me voler mon honneur et ma loyauté que j'ai gardés toute ma vie.
Quand ils eurent appris toute la vérité, ils obligèrent le marchand à reprendre son argent
L'enfant
Après avoir longtemps juré qu'il ne se marierait jamais, Jacques Bourdillère avait soudain changé d'avis. Cela était arrivé brusquement, un été, aux bains de mer.
Un matin, comme il était étendu sur le sable, tout occupé à regarder les femmes sortir de l'eau, un petit pied l'avait frappé par sa gentillesse et sa mignardise. Ayant levé les yeux plus haut, toute la personne le séduisit. De toute cette personne, il ne voyait d'ailleurs que les chevilles et la tête émergeant d'un peignoir de flanelle blanche, clos avec soin. On le disait sensuel et viveur. C'est donc par la seule grâce de la forme qu'il fut capté d'abord; puis il fut retenu par le charme d'un doux esprit de jeune fille, simple et bon, frais comme les joues et les lèvres.
Présenté à la famille, il plut et il devint bientôt fou d'amour. Quand il apercevait Berthe Lannis de loin, sur la longue plage de sable jaune, il frémissait jusqu'aux cheveux. Près d'elle, il devenait muet, incapable de rien dire et même de penser, avec une espèce de bouillonnement dans le cœur, de bourdonnement dans l'oreille, d'effarement dans l'esprit. Était-ce donc de l'amour, cela?
Il ne le savait, n'y comprenait rien, mais demeurait en tout cas, bien décidé à faire sa femme de cette enfant.
Les parents hésitèrent longtemps, retenus par la mauvaise réputation du jeune homme. Il avait une maîtresse, disait-on, une vieille maîtresse, une ancienne et forte liaison, une de ces chaînes qu'on croit rompues et qui tiennent toujours.
Outre cela, il aimait, pendant des périodes plus ou moins longues, toutes les femmes qui passaient à portée de ses lèvres.
Alors il se rangea, sans consentir même à revoir une seule fois celle avec qui il avait vécu longtemps. Un ami régla la pension de cette femme, assura son existence. Jacques paya, mais ne voulut pas entendre parler d'elle, prétendant désormais ignorer jusqu'à son nom. Elle écrivit des lettres sans qu'il les ouvrît. Chaque semaine, il reconnaissait l'écriture maladroite de l'abandonnée; et, chaque semaine, une colère plus grande lui venait contre elle, et il déchirait brusquement l'enveloppe et le papier, sans ouvrir, sans lire une ligne, une seule ligne, sachant d'avance les reproches et plaintes contenus là-dedans.
Comme on ne croyait guère à sa persévérance, on fit durer l'épreuve tout l'hiver, et c'est seulement au printemps que sa demande fut agréée.
Le mariage eut lieu à Paris dans les premiers jours de mai.
Il était décidé qu'ils ne feraient point le classique voyage de noces. Après un petit bal, une sauterie de jeunes cousines qui ne se prolongerait point au-delà de onze heures, pour ne pas éterniser les fatigues de cette longue journée de cérémonie, les jeunes époux devaient passer leur première nuit commune dans la maison familiale, puis partir seuls, le lendemain matin, pour la plage chère à leurs cœurs, où ils s'étaient connus et aimés.
La nuit était venue, on dansait dans le grand salon. Ils s'étaient retirés tous les deux dans un petit boudoir japonais, tendu de soies éclatantes, à peine éclairé, ce soir-là, par les rayons alanguis d'une grosse lanterne de couleur, pendue au plafond comme un œuf énorme. La fenêtre entrouverte laissait entrer parfois des souffles frais du dehors, des caresses d'air qui passaient sur les visages, car la soirée était tiède et calme, pleine d'odeurs de printemps.
Ils ne disaient rien; ils se tenaient les mains en se les pressant parfois de toute leur force. Elle demeurait, les yeux vagues, un peu éperdue par ce grand changement dans sa vie, mais souriante, remuée, prête à pleurer, souvent prête aussi à défaillir de joie, croyant le monde entier changé par ce qui lui arrivait, inquiète sans savoir de quoi, et sentant tout son corps, toute son âme envahis d'une indéfinissable et délicieuse lassitude.
Lui la regardait obstinément, souriant d'un sourire fixe. Il voulait parler, ne trouvant rien et restait là, mettant toute son ardeur en des pressions de mains. De temps en temps, il murmurait: «Berthe!» et chaque fois elle levait les yeux sur lui d'un regard doux et tendre; ils se contemplaient une seconde, puis son regard à elle, pénétré et fasciné par son regard à lui, retombait.
Ils ne découvraient aucune pensé à échanger. On les laissait seuls; mais, parfois, un couple de danseurs jetait sur eux, en passant, un regard furtif, comme s'il eût été témoin discret et confiant d'un mystère.
Une porte de côté s'ouvrit, un domestique entra, tenant sur un plateau une lettre pressée qu'un commissionnaire venait d'apporter. Jacques prit en tremblant ce papier, saisi d'une peur vague et soudaine, la peur mystérieuse des brusques malheurs.
Il regarda longtemps l'enveloppe dont il ne connaissait point l'écriture, n'osant pas l'ouvrir, désirant follement ne pas la lire, ne pas savoir, mettre en poche cela et se dire: «À demain. Demain, je serai loin, peu m'importe!» Mais, sur un coin, deux grands mots soulignés: TRÈS URGENT, le retenaient et l'épouvantaient. Il demanda: «Vous permettez, mon amie?» déchira la feuille collée et lut. Il lut le papier, pâlissant affreusement, le parcourut d'un coup et, lentement, sembla l'épeler.
Quand il releva la tête, toute sa face était bouleversée. Il balbutia: «Ma chère petite, c'est... c'est mon meilleur ami à qui il arrive un grand malheur. Il a besoin de moi tout de suite... tout de suite... pour une affaire de vie ou de mort. Me permettez-vous de m'absenter vingt minutes? Je reviens aussitôt.»
Elle bégaya, tremblante, effarée: «Allez, mon ami!» n'étant pas encore assez sa femme pour oser l'interroger pour exiger savoir. Et il disparut. Elle resta seule, écoutant danser dans le salon voisin.
Il avait pris un chapeau, le premier trouvé, un pardessus quelconque, et il descendit en courant l'escalier. Au moment de sauter dans la rue, il s'arrêta encore sous le bec de gaz du vestibule et relut la lettre.
Voici ce qu'elle disait:
«Monsieur,
Une fille Ravet, votre ancienne maîtresse, paraît-il, vient d'accoucher d'un enfant qu'elle prétend être de vous. La mère va mourir et implore votre visite. Je prends la liberté de vous écrire et de vous demander si vous pouvez accorder ce dernier entretien à cette femme, qui semble être très malheureuse et digne de pitié.
Votre serviteur,
Dr Bonnard.»
Quand il pénétra dans la chambre de la mourante, elle agonisait déjà. Il ne la reconnut pas d'abord. Le médecin et deux gardes la soignaient, et partout à terre traînaient des seaux pleins de glace et des linges pleins de sang.
L'eau répandue inondait le parquet; deux bougies brûlaient sur un meuble; derrière le lit, dans un petit berceau d'osier, l'enfant criait, et, à chacun des vagissements, la mère, torturée, essayait un mouvement, grelottante sous les compresses gelées.
Elle saignait; elle saignait, blessée à mort, tuée par cette naissance. Toute sa vie coulait; et, malgré la glace, malgré les soins, l'invincible hémorragie continuait, précipitait son heure dernière.
Elle reconnut Jacques et voulut lever les bras: elle ne put pas, tant ils étaient faibles, mais sur ses joues livides des larmes commencèrent à glisser.
Il s'abattit à genoux près du lit, saisit une main pendante et la baisa frénétiquement; puis, peu à peu, il s'approcha tout près du maigre visage qui tressaillait à son contact. Une des gardes, debout, une bougie à la main, les éclairait, et le médecin, s'étant reculé, regardait du fond de la chambre.
Alors, d'une voix lointaine, en haletant, elle dit: «Je vais mourir, mon chéri; promets-moi de rester jusqu'à la fin. Oh! ne me quitte pas maintenant, ne me quitte pas au dernier moment!»
Il la baisa au front, dans les cheveux, en sanglotant. Il murmura: «Sois tranquille, je vais rester.»
Elle fut quelques minutes avant de pouvoir parler encore, tant elle était oppressée et défaillante. Elle reprit: «C'est à toi, le petit. Je te le jure devant Dieu, je te le jure sur mon âme, je te le jure au moment de mourir. Je n'ai pas aimé d'autre homme que toi... Promets-moi de ne pas l'abandonner.» Il essayait de prendre encore dans ses bras ce misérable corps déchiré, vidé de sang. Il balbutia, affolé de remords et de chagrin: «Je te le jure, je l'élèverai et je l'aimerai. Il ne me quittera pas.» Alors elle tenta d'embrasser Jacques. Impuissante à lever sa tête épuisée, elle tendait ses lèvres blanches dans un appel de b****. Il approcha sa bouche pour cueillir cette lamentable et suppliante caresse.
Un peu calmée, elle murmura tout bas: «Apporte-le, que je voie si tu l'aimes.»
Et il alla chercher l'enfant.
Il le posa doucement sur le lit, entre eux, et le petit être cessa de pleurer. Elle murmura: «Ne bouge plus!» Et il ne remua plus. Il resta là, tenant en sa main brûlante cette main que secouaient des frissons d'agonie, comme il avait tenu, tout à l'heure, une autre main que crispaient des frissons d'amour. De temps en temps, il regardait l'heure, d'un coup d'œil furtif, guettant l'aiguille qui passait minuit, puis une heure, puis deux heures.
Le médecin s'était retiré; les deux gardes après avoir rôdé quelque temps, d'un pas léger, par la chambre, sommeillaient maintenant sur des chaises. L'enfant dormait et la mère, les yeux fermés, semblait se reposer aussi.
Tout à coup, comme le jour blafard filtrait entre les rideaux croisés, elle tendit ses bras d'un mouvement brusque et si violent qu'elle faillit jeter à terre son enfant. Une espèce de râle se glissa dans sa gorge; puis elle demeura sur le dos, immobile, morte.
Les gardes accourues déclarèrent: «C'est fini.»
Il regarda une dernière fois cette femme qu'il avait aimée puis la pendule qui marquait quatre heures, et s'enfuit oubliant son pardessus, en habit noir, avec l'enfant dans ses bras.
Après qu'il l'eut laissée seule, sa jeune femme avait attendu, assez calme d'abord, dans le petit boudoir japonais. Puis, ne le voyant point reparaître, elle était rentrée dans le salon, d'un air indifférent et tranquille, mais inquiète horriblement. Sa mère, l'apercevant seule, avait demandé: «Où donc est ton mari?» Elle avait répondu: «Dans sa chambre; il va revenir.»
Au bout d'une heure, comme tout le monde l'interrogeait, elle avoua la lettre et la figure bouleversée de Jacques, et ses craintes d'un malheur.
On attendit encore. Les invités partirent; seuls, les parents les plus proches demeuraient. À minuit, on coucha la mariée toute secouée de sanglots. Sa mère et deux tantes, assises autour du lit, l'écoutaient pleurer, muettes et désolées... Le père était parti chez le commissaire de police pour chercher des renseignements.
A cinq heures, un bruit léger glissa dans le corridor; une porte s'ouvrit et se ferma doucement; puis soudain un petit cri pareil à un miaulement de chat courut dans la maison silencieuse.
Toutes les femmes furent debout d'un bond, et Berthe, la première, s'élança, malgré sa mère et ses tantes, enveloppée de son peignoir de nuit.
Jacques, debout au milieu de la chambre, livide, haletant, tenait un enfant dans ses bras.
Les quatre femmes le regardèrent effarées; mais Berthe, devenue soudain téméraire, le cœur crispé d'angoisse, courut à lui: «Qu'y a-t-il? dites, qu'y a-t-il?»
Il avait l'air fou; il répondit d'une voix saccadée: «Il y a... il y a... que j'ai un enfant, et que la mère vient de mourir...» Et il présentait dans ses mains inhabiles le marmot hurlant.
Berthe, sans dire un mot, saisit l'enfant, l'embrassa, l'étreignant contre elle; puis, relevant sur son mari ses yeux pleins de larmes: «La mère est morte, dites-vous?» Il répondit: «Oui, tout de suite... dans mes bras... J'avais rompu depuis l'été... Je ne savais rien, moi... c'est le médecin qui m'a fait venir...»
Alors Berthe murmura: «Eh bien, nous l'élèverons ce petit.»
8 mai. - Quelle journée admirable ! J'ai passé toute la matinée étendu sur l'herbe, devant ma maison, sous l'énorme platane qui la couvre, l'abrite et l'ombrage tout entière. J'aime ce pays, et j'aime y vivre parce que j'y ai mes racines, ces profondes et délicates racines, qui attachent un homme à la terre où sont nés et morts ses aïeux, qui l'attachent à ce qu'on pense et à ce qu'on mange, aux usages comme aux nourritures, aux locutions locales, aux intonations des paysans, aux odeurs du sol, des villages et de l'air lui-même.
J'aime ma maison où j'ai grandi. De mes fenêtres, je vois la Seine qui coule, le long de mon jardin, derrière la route, presque chez moi, la grande et large Seine qui va de Rouen au Havre, couverte de bateaux qui passent.
À gauche, là-bas, Rouen, la vaste ville aux toits bleus, sous le peuple pointu des clochers gothiques. Ils sont innombrables, frêles ou larges, dominés par la flèche de fonte de la cathédrale, et pleins de cloches qui sonnent dans l'air bleu des belles matinées, jetant jusqu'à moi leur doux et lointain bourdonnement de fer, leur chant d'airain que la brise m'apporte, tantôt plus fort et tantôt plus affaibli, suivant qu'elle s'éveille ou s'assoupit.
Comme il faisait bon ce matin !
bonne suite ici:
http://maupassant.free.fr/textes/horla2.html
ou ici:
http://www.fabellia.com/wmview.php?ArtID=66
schema de structure ect:
http://perso.orange.fr/rene.ernst/Horla/Horla_sommaire.htm
blabla:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Horla
cé normal, il est devenu fou a la fin de sa vie Allah i ster
un autre grand, plus grand sinon le plus grand FriedrichNietzsche a fini dans la folie, est ce le génie? HEMINGWAY Stefan ZWEIG Michima et d'autres se sont suicidés..
pour la folie:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Special:Search?search=%2Bfolie+%2Bauteurs&fulltext=Rechercher
http://www.rabac.com/demo/ELLIT/index.htm
Le joueur d'échecs
(LGF - Livre de Poche, 1991, 94 pages)
C'est un tout petit roman pour ce qui est du nombre de pages mais très grandiose pour l'histoire et les personnages!
Le personnage Monsieur B. est venu me chercher. Il ressemble beaucoup à un des personnages de Sergio Kokis. Stefan Zweig s'est suicidé au Brésil. Sergio Kokis est originaire du Brésil. Est-ce que ce dernier aurait emprunté quelque peu le personnage de Zweig. En tout cas j'ai eu l'impression de comprendre la souffrance morale qu'a engendrée la solitude forcée, j'ai été très touchée.
http://www.ratsdebiblio.net/zweigstefanlejoueur.html
coté national, telquel publie de temps en temps des nouvelles choisies, aussi Albayane.ma
Pour moi le plus grand des grands ds ce domaine c Poe. Je vous invite à faire sa connaissance
au fait toutes ses oeuvres ont été traduites par Charles Beaudelaire.
LA BIOGRAPHIE DE EDGAR ALLAN POE
Fils de comédiens désargentés, Edgar Poe est adopté après leur mort par un riche négociant avec qui il voyage en Europe. Il fait de brillantes études en Angleterre, puis intègre l'école militaire américaine de West Point d'où il est rapidement renvoyé. Il commence à écrire en 1829 alors qu'il s'est réfugié chez sa tante à Baltimore. Il se marie avec sa cousine, avec laquelle il mène une vie misérable. Déjà alcoolique et sujet aux crises hypocondriaques, il est encore fragilisé par la mort de sa femme, âgée de vingt-cinq ans en 1847. Il meurt deux ans plus tard à l'hôpital. Longtemps considéré comme un poète maudit, ses écrits fantastiques et cauchemardesques, tel le recueil de contes 'Histoires fantastiques', sont aujourd'hui reconnus comme précurseurs du surréalisme. Après sa mort, c'est grâce aux traductions de Baudelaire qu'Edgar Poe est devenu célèbre.
SES CITATIONS
« L'important, c'est de savoir ce qu'il faut observer. »
[ Edgar Allan Poe ] - Extrait des Histoires extraordinaires
« Parce que la tortue a le pied sûr, est-ce une raison pour couper les ailes de l'aigle ? »
[ Edgar Allan Poe ] - Extrait d’ Eureka
« La vérité est dans la consistance. »
[ Edgar Allan Poe ] - Extrait d' Eurêka
« Etre étonné, c'est un bonheur ; - et rêver, n'est-ce pas un bonheur aussi ? »
[ Edgar Allan Poe ] - Histoires extraordinaires
« La Vérité, ou satisfaction de l’esprit, et la Passion, ou excitation du coeur, bien qu’elles soient, dans une certaine mesure, accessibles en poésie, sont bien plus facilement atteintes en prose. »
[ Edgar Allan Poe ] - The Philosophy of Composition
LES LIVRES DE EDGAR ALLAN POE
- Le mystère de Marie Roget
- La lettre volée
- Les lunettes
- Les trois enquêtes du chevalier Dupin
- Enquête sur Edgar Allan Poe
- Le chat noir et autres nouvelles
- Le scarabée d’or
- Lettres d’amour
- Histoires extraordinaires
- Nouvelles histoires extraordinaires
- Oeuvres complètes
- Histoires grotesques et sérieuses
- Les aventures d’Athur Gordon Pym
- Poèmes
- Le portrait ovale
- Le système du docteur Goudron et du professeur Plume
- Le temps de la contemplation, l’oeuvre Poe
- Le chat noir
- Les contes
En fait ,je n'ose pas parler d'amour avec ce genre mais ,je dirai une nécéssité car je fais une étude comparative entre une nouvelle de Maupassant le horla et une de Naguib Mahfouz tahta almidallah ( sous l'abri .cette étude comparative se préocupera de la structure narrative des deux nouvelle.
vous pouvez laisser vos commentaires sur le choix lui même . ou me dire comment penseriez vous analyser ces deux nouvelles si vous étiez consernés par cette étude ?
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