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Dossiers » Un séisme en Chine fait des milliers de morts Dossiers » Un séisme en Chine fait des milliers de morts
A Yinghua, les ouvriers réunis aussi dans la mort
Des ouvriers de l'usine Yingfeng sur le site de leur usine dévastée par le tremblement de terre dans le Sichuan, à Yinghua, le 16 mai 2008 (© AFP - Frederic J. Brown)
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YINGHUA (AFP) - Tels des frères d'armes, de nombreux ouvriers de cette usine chimique du Sichuan, disparue dans le séisme, travaillaient et vivaient comme ils sont morts, ensemble.
Les 3.000 employés de l'usine Yingfeng, essentiellement des hommes, fabriquaient ici des engrais. Unis comme les membres d'une famille, c'est avec la même solidarité que les survivants du tremblement de terre de lundi se sont acharnés à rechercher d'éventuels collègues survivants sous les décombres.

"La plupart d'entre nous travaillaient ici depuis tellement longtemps, il y a un fort lien émotionnel qui nous unit", témoigne Liu Fangyong, 36 ans, assis aux pieds d'un des bâtiments effondrés.

"Même si j'ai le coeur brisé et qu'il ne me reste plus aucune énergie, nous devons faire les mêmes efforts pour nos collègues que s'il s'agissait de membres de notre famille", ajoute-t-il, le bleu de travail recouvert de poussière, après des jours à remuer les débris.

Si la Chine communiste est entrée dans l'ère de l'économie de marché, peu de choses ont changé en revanche dans les villes reculées comme Yinghua depuis l'époque où les entreprises subvenaient entièrement aux besoins de leurs employés.

Ainsi, pour des ouvriers comme M. Liu, Yingfeng, complexe industriel qui domine une magnifique vallée montagneuse, fournissait tout à la fois travail, logement, nourriture, soins médicaux, loisirs et aussi, de belles histoires d'amitié.

"C'est ici que j'avais mes amis les plus proches", confie M. Liu, alors que dix de ses camarades manquent encore à l'appel.

Même ses quatre jours de congé par mois, il préférait les passer à l'usine, en heures supplémentaires, plutôt que chez lui, avec sa femme et sa fille de 12 ans, à 40 km d'ici.

"Evidemment, je veux réussir et mettre de l'argent de côté, mais en tant que chef, je ressens une responsabilité", ajoute M. Liu, qui après 15 ans d'ancienneté occupait un poste de contremaître, payé 1.600 yuan (147 euros) par mois.

D'une colline surplombant l'usine, où au moins 200 personnes ont péri et des dizaines sont encore portées disparues, Xie Kai, l'un des responsables, estime qu'il faudra au moins cinq ans pour tout reconstruire.

Avec quel argent? Il n'en sait rien. Un homme que M. Xie présente comme son patron lui lance alors: "Hé, Xie, dis à l'étranger que nous avons vraiment besoin d'investissements."

Que va-t-il maintenant advenir des employés alors que le séisme a mis à terre le complexe d'une valeur de quelque 800 millions de yuan (74 millions d'euros)? M. Xie n'en sait rien non plus.

La question ne se pose même pas pour M. Liu. "Cela n'a pas d'importance, aussi longtemps que je mangerai à ma faim, je resterai ici. Peu importe le temps que ça prendra."

"Que je sois payé ne compte pas", assure également Jiang Mingdeng, un autre employé de 23 ans. "Je veux juste nettoyer cet endroit, le plus vite possible."

Publié le: 18/05/2008 à 07:45:25 GMT Source : AFP
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