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Tunisie: la diplomatie française et Alliot-Marie sous le feu des critiques
Michèle Alliot-Marie à l'Assemblée nationale le 11 janvier 2011 (©  - Pierre Verdy)
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PARIS (AFP) - Avec l'élan de sympathie suscité par la Révolution tunisienne du jasmin, les critiques de l'opposition redoublaient en France lundi contre la diplomatie française et la ministre Michèle Alliot-Marie, qui avait proposé une coopération sécuritaire au régime Ben Ali.
L'opposition de gauche, toutes tendances confondues, s'est livrée à un tir groupé sur la ligne de non-ingérence et d'attentisme de Paris à l'égard de la dictature de Zine el Abidine Ben Ali, observée depuis le début de la révolte sociale.

Dans sa ligne de mire, plus que Nicolas Sarkozy, sa chef de la diplomatie Michèle Alliot-Marie. Elle se voit reprocher des propos controversés à l'Assemblée nationale, mardi dernier, où elle proposait le "savoir faire" français à la Tunisie pour le maintien de l'ordre et la gestion de manifestations.

La ministre a expliqué avoir voulu contribuer à mettre fin à la répression: "il y avait des tirs à balles réelles, des morts. Pour que de telles situations ne se reproduisent pas dans l'avenir, j'ai donc dit que nous étions prêts à aider à former les forces de l'ordre tunisiennes, comme nous le faisons pour d'autres pays, au maintien de l'ordre en veillant à la préservation des vies", a-t-elle dit au Journal du dimanche.

L'ancienne candidate socialiste à l'élection présidentielle, Ségolène Royal a qualifié son propos de "scandaleux", "venant en soutien d'une dictature". Une "grave faute", a abondé l'ancien premier ministre Laurent Fabius, l'accusant d'"insensibilité". L'ancien ministre Pierre Moscovici a dit avoir eu "honte de notre diplomatie".

La secrétaire nationale d'Europe Ecologie-Les Verts, Cécile Duflot, a estimé qu'elle "devrait s'excuser auprès des Tunisiens". Même dans la majorité, le centriste Hervé Morin a pris ses distances avec les déclarations de la chef de la diplomatie.

Certains experts et hommes politiques relativisent la faute de la diplomatie française. Du socialiste François Mitterrand à Nicolas Sarkozy, la France a soutenu Ben Ali, considéré comme un "rempart" contre l'islamisme.

Philippe Moreau-Defarges, de l'Institut français des relations internationales (IFRI), juge "excessives" les critiques, même si la proposition de Mme Alliot-Marie pouvait sembler "maladroite".

"Lorsqu'un gouvernement malgré tout ami est plus ou moins en difficulté, on ne tire pas sur une ambulance. Le gouvernement français aurait pu être plus habile mais je ne condamnerais pas sa prudence", a-t-il dit.

"La leçon à tirer, c'est d'abord que nous ne devons pas être aveuglés par nos propres peurs, notamment la peur de la contagion islamiste", a estimé l'ex-Premier ministre Dominique de Villepin.

Dans un premier temps, les dirigeants français ont tardé à condamner l'utilisation de la force contre les manifestants. Ce n'est qu'après la chute de l'ex-président tunisien que Nicolas Sarkozy a exprimé, pour la première fois samedi, le soutien de la France au soulèvement tunisien.

La France a aussi refusé d'accueillir Zine El Abidine Ben Ali et a promis de traquer ses avoirs financiers en France, et ceux de sa famille.

"Qu'il y ait pu y avoir des maladresses ou des incompréhensions, après tout cela est possible" mais "imaginez que la France intervienne dans les affaires d'un pays qui est un ancien protectorat français, qu'aurait-on dit?", a justifié lundi sur RTL Henri Guaino, conseiller spécial du président français.

Pour lui, Mme Alliot-Marie a parlé "sans mauvaise intention du tout, à partir d'une analyse qui était la sienne". Quant à savoir si elle doit présenter des excuses, "vous lui poserez la question", a-t-il dit.

Publié le: 17/01/2011 à 12:41:57 GMT Source : AFP
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