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Dossiers »  Tunisie: l'après Ben Ali Dossiers » Tunisie: l'après Ben Ali
Tunisie: début d'un deuil national de trois jours, amnistie générale
Manifestation le 20 janvier 2011 à Tunis (©  - Martin Bureau)
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TUNIS (AFP) - La Tunisie entame ce vendredi un deuil national de trois jours "en mémoire des victimes" de la "Révolution de jasmin", décrété jeudi par le gouvernement de transition qui a également adopté un projet de loi d'amnistie générale et décidé la reprise des cours dans les écoles et universités "la semaine prochaine".
Une semaine après la chute du président Ben Ali, le nouveau gouvernement tunisien multiplie les gages d'ouverture afin d'apaiser le pays et d'engager une transition démocratique.

Dans la journée de jeudi des manifestants qui craignent de se faire confisquer une révolution de rue violemment réprimée par la police de l'ancien président Zine El Abidine Ben Ali (au moins 100 morts selon l'ONU), ont continué de réclamer la démission du gouvernement. Ils protestaient contre la présence de nombreux ministres issus du régime déchu de Ben Ali, qui a fui le pays le 14 janvier après 23 ans de pouvoir autoritaire, sous la pression de la rue.

Pendant ce premier conseil des ministres de l'après Ben Ali, l'exécutif provisoire a également décidé que l'Etat prendrait possession des "biens mobiliers et immobiliers du Rassemblement constitutionnel démocratique" (RCD), le parti du président déchu.

"Un projet de loi d'amnistie générale a été adopté par le Conseil des ministres, qui a décidé de le soumettre au Parlement", a déclaré à l'AFP le ministre du Développement, Ahmed Néjib Chebbi. "Le mouvement Ennahdha sera concerné par l'amnistie générale", a précisé le ministre de l'Enseignement supérieur Ahmed Ibrahim.

Interdit et persécuté par le régime policier de Ben Ali, qui se targuait auprès de l'Occident d'être un rempart contre l'islam radical, Ennahdha avait annoncé mardi qu'il allait demander sa légalisation. Signe important du retour vers un fonctionnement normal de la vie du pays, le gouvernement a décidé la reprise des cours "la semaine prochaine" dans les écoles et universités du pays.

Offrant un nouveau gage de démocratisation, le gouvernement a supprimé la police politique des universités, traditionnels foyers d'agitation contre le pouvoir, "en application du principe de l'inviolabilité des campus". "A partir de demain, la commission chargée de préparer les élections commencera à travailler. Il y a des lois à écrire, d'autres à revoir, dans un esprit de concertation avec toutes les tendances et toutes les sensibilités, sans aucune exception", a aussi déclaré Ahmed Ibrahim, chef du parti Ettajdid (ex-communiste).

Selon la Constitution tunisienne, les élections présidentielle et législatives doivent avoir lieu dans un délai de deux mois, en cas de vacance du pouvoir. Mais le Premier ministre a indiqué qu'elles auraient lieu "d'ici six mois".

A Tunis, un millier de manifestants ont été autorisés pour la première fois à protester devant le siège de l'ancien parti au pouvoir, aux cris de "RCD out". "Le peuple veut la démission du gouvernement", scandaient-ils en brandissant des pancartes proclamant, comme la veille: "On n'a plus peur de vous, traîtres !".

"Je suis avec vous. On ne va pas tirer sur vous, l'essentiel c'est que le rassemblement soit pacifique", leur a lancé un colonel de l'armée.

Les manifestants l'ont applaudi, certains ont cueilli des fleurs pour les glisser dans les canons des chars, devant des militaires qui souriaient.

Des fonctionnaires ont déboulonné l'inscription "Rassemblement constitutionnel démocratique", qui décorait en grandes lettres dorées la façade du siège du parti. Des Tunisiens contemplaient la scène en la comparant au déboulonnage de la statue de l'ancien dictateur irakien Saddam Hussein, à Bagdad à la chute de son régime en 2003.

Pour tenter de désamorcer la crise de confiance, tous les ministres membres du RCD en ont démissionné. Le RCD a ensuite annoncé la dissolution de son Bureau politique. Un des huit ministres issus de l'ancien régime, Zouheir M'dhaffer a démissionné du gouvernement au nom de "l'intérêt suprême de la nation".

Très décrié, M. M'dhaffer est considéré comme l'architecte de la réforme de la Constitution approuvée en 2002 par référendum qui avait supprimé la limitation du nombre de mandats présidentiels et permis à Ben Ali de se maintenir.

Par ailleurs la chaîne publique, citant une "source officielle" non identifiée, a annoncé l'interpellation de 33 membres du clan Ben Ali, en montrant des images de bijoux et cartes bancaires saisies à cette occasion.

Mercredi, la justice avait ouvert une enquête pour "acquisition illégale de biens", "placements financiers illicites à l'étranger" et "exportation illégale de devises".

L'Union européenne a approuvé jeudi le principe d'un gel des avoirs du président tunisien déchu et de ses proches.

La France a annoncé mercredi avoir pris "les dispositions nécessaires" pour bloquer d'éventuels "mouvements financiers suspects concernant des avoirs tunisiens en France" du clan Ben Ali-Trabelsi. La Suisse a fait de même.

Enfin, il manquerait bien 1,5 tonne d'or dans les coffres de la Banque centrale de Tunisie (BCT), si l'on en croit l'estimation donnée en décembre par le Conseil mondial de l'or (CMO).

Le CMO évaluait à 6,8 tonnes le stock d'or de la Tunisie, soit précisément une tonne et demi de plus que l'évaluation (5,3 tonnes) donnée mercredi par la banque centrale tunisienne. Celle-ci voulait démentir alors la fuite de la famille de Ben Ali le 14 janvier avec cette quantité d'or.

Publié le: 21/01/2011 à 06:04:27 GMT Source : AFP
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