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Dossiers » Euthanasie: l'affaire Sébire Dossiers » Euthanasie: l'affaire Sébire
Suicide, euthanasie, laisser mourir: des mots qui cristallisent le débat
Un kit pour les médecins belges contenant les traitements nécessaires à une euthanasie à domicile (© AFP/Archives - Etienne Ansotte)
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PARIS (AFP) - Suicide, euthanasie, laisser mourir: le débat relancé par la mort de Chantal Sébire se cristallise autour de quelques mots, qui recouvrent une question de fond selon que la priorité est donnée au respect de la vie ou à la liberté de l'individu.
Plusieurs cas se présentent quand une personne, plongée dans d'extrêmes souffrances, désire la mort, les soins palliatifs ayant leurs limites :

- le suicide, un acte difficile et solitaire, qui laisse le malade trouver et s'administrer les produits qui le feront mourir, avec le risque, comme le dit le Dr Bernard Senet, de l'Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD), de "se louper" et de "choquer les enfants". Mme Sébire se disait "violemment hostile" au suicide.

- l'euthanasie (étymologiquement le "bien mourir") dite "active" -un pléonasme pour nombre de praticiens- quand le médecin injecte le produit létal. Une solution qui rassure le mourant et dédouane la famille, mais qui est lourde pour les médecins. "On ne peut pas être médecin et aider les gens à se suicider, c'est un échec, même dépénalisé", estime le Dr Pierre Lacut, spécialiste de soins palliatifs dans une clinique bretonne.

- l'application de la loi Leonetti de 2005 qui prévoit que l'on puisse, dans le cadre d'une procédure collégiale, cesser les soins, c'est-à-dire "laisser mourir sans faire mourir", par exemple en débranchant un malade ou en le plongeant dans une sédation (apaisement par un sédatif) avec pour "effet secondaire d'abréger la vie".

Nombre de spécialistes soulignent le caractère "hypocrite" de cette loi, qui ne permet pas de donner la mort mais autorise un processus qui s'achève souvent par la mort.

"Je veux pouvoir faire la fête une dernière fois avec mes enfants et à l'aube je veux m'endormir dans la paix et la sérénité", demandait Chantal Sébire qui avait refusé cette sédation.

Marie Humbert, qui a provoqué en 2003 la mort de son fils, rappelle : "ce que ne voulait pas Vincent, c'est partir tout doucement, sans s'en apercevoir. Il voulait partir le jour où il l'avait décidé".

Les professionnels sont souvent réservés.

"Il n'est pas possible de faire porter à une seule personne une action qui est du côté du meurtre", estime Jacqueline Maillard, psychologue. Elle insiste sur la nécessité de "sortir de la clandestinité", d'avoir du débat collectif.

En cas de dépénalisation de l'euthanasie, certains craignent les dérives d'une loi "qui ouvrirait à la possibilité d'éliminer ceux qui nous dérangent", comme le note Marie de Hennezel, psychanalyste, dans son récent rapport sur les soins palliatifs.

Les malades en fin de vie, "très sensibles à l'ambiance d'angoisse dégagée par les proches", peuvent souhaiter épargner leur entourage par une demande de mort "qui ne correspond pas forcément à leur désir profond", notait le conseil national d'éthique dans un avis de 2000.

Le Dr Lacut cite le cas d'une patiente de 87 ans, qui, après avoir souhaité participer à une dernière réunion familiale de Noël, "tardait à mourir". "C'est bientôt fini ?", demandait la famille.

Nombre de spécialistes conviennent qu'il est des cas où l'équipe médicale peut estimer que la solution la plus humaine est d'aider activement à mourir, sans pour autant dépénaliser l'euthanasie comme le souhaite l'ADMD.

Une décision dont le "caractère transgressif" devrait être maintenu, et qui devrait être prise "collégialement, au terme d'une évaluation sérieuse et d'une réflexion éthique", dit Mme de Hennezel. Jean Leonetti suggère de donner "des instructions aux parquets" pour que "cet acte soit considéré avec beaucoup d'humanité".

Publié le: 20/03/2008 à 19:35:06 GMT Source : AFP
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