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Dossiers » Le conflit dans le Caucase Dossiers » Le conflit dans le Caucase
Souffle de guerre sur la terre vinicole géorgienne
Des ouvriers agricoles dans une vigne à Telavi en Géorgie en avril 2006 (© AFP/Archives - Vano Shlamov)
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CHIRDA (AFP) - A Chirda, village de la province vinicole géorgienne de Kakhétie, épargnée par la guerre, la famille Tchagmelachvili ouvre ses réserves de vin, mais le déjeuner dans un jardin ensoleillé tourne à la commémoration des soldats géorgiens tués.
Des voisines arrivent pour partager le repas entre deux bulletins d'information. Venera, la soixantaine, est la mieux informée. Son fils sert dans les milices géorgiennes baptisées Chavnabad et se trouve près de Gori, à quelque 200 km de ce village de l'est de la Géorgie.

"Les Russes sont toujours là", annonce-t-elle.

Vient ensuite Lamara, une septuagénaire, apportant des poires. Elle refuse de manger et sort ses médicaments. "Mon voisin a été tué, il était dans un char, il était tout jeune", dit-elle.

Les deux femmes et la grand-mère Tchagmelachvili, 86 ans, robe et foulard noirs, lèvent alors leurs verres, versent quelques gouttes par terre comme le veut la tradition lorsqu'on commémore les morts, boivent.

"Quand j'entends un bruit de moteur, j'ai peur qu'on nous bombarde. La Russie est tout près, de l'autre côté de la chaîne du Caucase, ce serait une question de minutes pour les avions pour tout anéantir", confie Daredjan Tchagmelachvili, la mère de ce foyer.

Sa fille Nino a dû écourter ses vacances à Sarpi, sur les bords de la mer Noire, après le début du conflit. Pour rentrer, Nino a réussi de justesse à passer par Gori, ville bloquée depuis le 11 août par des chars russes.

Dans le village de Badiaouri, Nelli Siradzé cuit des chotis, pain oblong de Kakhétie qu'elle applique aux parois d'un four profond. Depuis quelques jours, elle accueille une parente et ses cinq enfants qui ont fui les bombardements de la base militaire de Vaziani, toute proche.

"Les enfants se réveillent la nuit, ils ont peur qu'on les tue", raconte-t-elle.

"Mon fils a été immédiatement mobilisé, mais il est déjà rentré", dit-elle sans pour autant croire que ce soit un signe de normalisation.

"Nous avons senti la douleur de la guerre. Qui peut garantir que les chars n'avanceront pas jusqu'ici?", s'interroge-t-elle.

Telavi, la capitale de la Kakhétie, où l'on peut voir des affiches "Drink wine" aux murs, participe à l'effort de guerre en accueillant des réfugiés. Les plus chanceux sont logés dans des hôtels privés, mais la plupart ont trouvé refuge dans un internat sans eau courante.

"Nous vivons ici comme des SDF", raconte Guiorgui, 42 ans, père de deux enfants et l'un des quelque 170 réfugiés de Gori accueillis dans cet établissement.

"Il faut arrêter les Russes, ces terroristes et occupants", lance-t-il, disant que les Etats-Unis, alliés de la Géorgie, devraient être plus actifs contre Moscou.

"Nous sommes partis en pantoufles, sans argent, sans rien du tout. Un jeune gars a été tué dans des bombardements sous mes yeux. Un autre a eu une jambe et la moitié du corps arrachés", raconte-t-il en préparant à manger aux réfugiés.

"Il faut punir les agresseurs russes. Les Ossètes et Abkhazes ne sont pas coupables", souligne-t-il cependant, en référence aux peuples des deux républiques séparatistes géorgiennes que Moscou affirme défendre dans ce conflit après une tentative du président géorgien Mikheïl Saakachvili de reprendre le contrôle de l'Ossétie du Sud le 8 août.

La résidence du tsar géorgien Irakli II, qui accueille le musée d'histoire de Telavi, est déserte. C'est un lieu symbolique de l'amitié russo-géorgienne, le tsar ayant signé en 1783 un traité pour faire du pays un protectorat de l'empire russe.

La guide Nina Lomadzé vit les derniers événements comme "un cauchemar". "C'est injustifié, imprévisible, c'est barbare", dit-elle.

"A ce stade, nos relations se sont complètement dégradées. Mais nous n'aurons pas d'autre choix que de les rétablir", conclut-t-elle.

Publié le: 17/08/2008 à 11:44:40 GMT Source : AFP
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