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Les soldats russes de Gori s'ennuient dans leur "drôle de guerre" géorgienne
Un soldat russe à un check-point à la sortie du village de Ruisi, près de Gori, mardi. (© AFP - Dmitry Kostyukov)
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PRÈS DE GORI (AFP) - Assis à l'ombre de leur char bloquant l'entrée de Gori, six soldats russes baillent aux corneilles et tuent le temps en fumant les cigarettes des journalistes qui espèrent encore les convaincre de les laisser entrer dans cette ville géorgienne.
Recrachant la fumée, le regard vide, les soldats essayent de se détendre, assommés par la chaleur. Rapidement, ils reconnaissent se demander ce qu'ils font ici, à Gori, et avouent n'avoir aucune idée du but ni de la durée de leur présence.

"Qu'est ce qu'on s'ennuie!", lance un militaire dans un grand bâillement agrémenté d'un argot russe fleuri et qui, comme tous les autres soldats, refuse de donner son nom ou celui de son unité, se réfugiant derrière un solennel "secret-défense".

"Mais quand est-ce qu'on va partir? Ou alors qu'on nous donne l'ordre d'aller jusqu'à la Mer Noire" à l'ouest de la Géorgie, s'esclaffe un autre "les gars, on prend le char, on envahit le reste du pays et on va se baigner!".

Entre quelques rires, les soldats disent aussi aimer "le vin géorgien, la nourriture géorgienne". "On manque juste de filles! Elles sont quand même jolies ici!", lance l'un des soldats, casquette vissée sur la tête et fusil automatique en bandoulière accroché au cou.

"Moi, après une semaine de Gori, je n'ai qu'une seule envie: rentrer à la maison", lui répond un sous-officier de Stavropol, au sud-ouest de la Russie.

"J'en ai marre de dormir tous les jours par terre dans les épines de pin, dans les cailloux. On n'a même pas de tente", poursuit-il.

"On se demande ce qu'on fait là. Depuis qu'on est arrivé, on n'a pas vu un seul soldat géorgien, le seul face-à-face qu'on a, c'est avec les médias", poursuit le soldat, épluchant une pêche avec son couteau. Au loin, les blindés de ses camarades font de mystérieux allers-retours en dehors de Gori.

Depuis plus d'une semaine, cette ville stratégique à 60 km de Tbilissi est coupée du reste de la Géorgie par les chars russes qui contrôlent aussi 30 km de route en direction de la capitale géorgienne, jusqu'à la localité d'Igoïeti.

L'armée géorgienne est, elle, invisible depuis l'avancée vendredi des troupes russes jusqu'à Igoïeti. Dans ce village, les forces de Tbilissi se comptent quasiment sur les doigts de la main: une douzaine de véhicules de police et quelques agents déprimés de voir les soldats russes de si près.

Gori est dès lors sous le contrôle des Russes, qui empêchent l'entrée de tous les véhicules sauf ceux de l'aide humanitaire et des officiels géorgiens attendus par le commandement de l'armée russe.

Sur la route, les soldats vérifient les passeports des journalistes qui espèrent entrer dans Gori. Mais l'accès à la ville, à de rares exceptions près, reste fermé à la presse depuis la Géorgie.

"Vous les journalistes, on doit vous dire +non+ un million de fois par jour et vous revenez toujours", s'amuse un soldat aux traits asiatiques.

"Vous n'en avez pas marre d'être ici tous les jours? Pourquoi vous ne partez pas?", demande un soldat à un groupe de correspondants étrangers dépités et accroupis dans l'ombre d'une pinède.

Mais tous les jours, c'est le même ballet. Des dizaines de journalistes venus des quatre coins du monde campent du matin jusqu'au soir pour être présents lorsque les troupes russes recevront l'ordre de quitter la Géorgie en partie occupée et où le sentiment anti-russe est désormais plus fort que jamais.

Bien volontiers, le sous-officier avoue ne rien avoir "contre les Géorgiens", les jugeant juste "idiots" d'avoir cru que l'armée russe ne répliquerait pas à l'offensive de Tbilissi contre la région séparatiste d'Ossétie du Sud, qui s'est terminée avec l'entrée des troupes de Moscou en Géorgie.

"Ils savaient bien que l'Ossétie, que ce soit accepté officiellement ou non, appartient à la Russie", souligne-t-il.

Publié le: 20/08/2008 à 06:33:36 GMT Source : AFP
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