| Sarkozy: une présidence active, un brin à l'américaine, selon les constitutionnalistes |
| PARIS (AFP) - Nicolas Sarkozy devrait incarner une "présidence active", un brin "à l'américaine" dont l'une des illustrations sera le discours du chef de l'Etat au Parlement qui nécessitera une révision de la Constitution, prévoient les constitutionnalistes. |
Tous voient dans la promesse du président élu d'intervenir devant le Parlement une sorte de "discours sur l'état de l'Union", comme celui que prononce chaque année en janvier le président américain devant le Congrès.
Actuellement, conformément à l'article 18 de la Constitution, le chef de l'Etat ne peut qu'adresser des messages au Parlement et en aucun cas se présenter dans les hémicycles du Palais Bourbon ou du Palais du Luxembourg.
"Le président de la République communique avec les deux assemblées du Parlement par des messages qu'il fait lire et qui ne donnent lieu à aucun débat. Hors session, le Parlement est réuni spécialement à cet effet", stipule cet article.
Il faudra en conséquence modifier cet article par une révision de la Constitution, ce qui ne pose pas de problème, soulignent les constitutionnalistes.
Didier Maus "n'imagine pas que ce discours donne lieu à un vote". Quant à un débat, il est plus circonspect, estimant que "dans le cadre de la démocratie parlementaire, il est difficile de penser qu'il n'y ait pas de réponse des groupes parlementaires".
Guy Carcassonne considère pour sa part que ce discours ne doit pas donner lieu à un débat, car "un président n'est pas un Premier ministre". Pour autant, il juge que "l'exercice sera plus une charge qu'un atout" pour M. Sarkozy. "Ce sera une obligation annuelle devant un auditoire difficile, ce qui lui interdira tout discours en forme de filet d'eau tiède", dit-il.
Si M. Carcassonne estime qu'il n'y aura pas "d'abaissement du Premier ministre car c'est lui qui défend les projets de loi devant le Parlement", Philippe Braud pense le contraire.
Pour lui, le Premier ministre "sera un super directeur de cabinet".
"Le discours devant le Parlement et le quinquennat qui réduit le risque de cohabitation établissent la suprématie du président", dit M. Braud.
Même analyse du politologue Luc Rouban, qui note "une érosion" du rôle du Premier ministre dans les institutions et un désir de Nicolas Sarkozy "de revenir à la pratique de la Vè République avec la responsabilité politique du président". Pour lui, Jacques Chirac a en quelque sorte "liquidé l'héritage gaullien" en n'utilisant pas le référendum ou la dissolution de l'Assemblée nationale comme instrument de mesure de la responsabilité du chef de l'Etat.
Avec Nicolas Sarkozy, dit-il, il y aura "un Etat fort et un pouvoir exécutif fort".
Sentiment équivalent chez Denys Pouillard, directeur de l'observatoire de la vie politique et parlementaire, pour qui la "question du régime présidentiel et du rôle du Parlement se posera".
A ses yeux, le discours du président devant le Parlement est un "symbole" et participe de la volonté de M. Sarkozy de "changer totalement l'esprit de la Vème" mais par des gestes "incolores et inodores".
Il considère que l'on assiste à "une américanisation totale", avec une "droite américaine prédicatrice" et "une gauche qui se rapproche du parti démocrate" américain.
M. Pouillard voit en outre dans le geste de Nicolas Sarkozy "de mettre la main droite sur son coeur une illustration de cette américanisation". "Il va imposer ce geste par mimétisme", prédit-il.
"Ce sera un président qui préside en ayant comme interlocuteur l'opinion, et non plus comme actuellement le Premier ministre et le Parlement", ajoute-t-il.
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| Publié le: 08/05/2007 à 14:32:20 GMT |
Source : AFP |
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