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Le Président polonais sacrifie le traité de Lisbonne pour exister politiquement
Le président polonais Lech Kaczynski, le 22 mai 2008 à Vilnius, en Lituanie (© AFP/Archives - Petras Malukas)
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VARSOVIE (AFP) - Soucieux d'exister face au gouvernement pro-européen de Donald Tusk, le président polonais Lech Kaczynski, conservateur et eurosceptique, a une nouvelle fois défié l'UE en annonçant qu'il ne voulait pas ratifier le traité européen de Lisbonne.
"Pour le moment, la question du traité est sans objet", a affirmé mardi le président au quotidien Dziennik. Le parlement polonais avait pourtant, dès avril, approuvé la ratification du traité destiné à réformer le fonctionnement des institutions européennes.

Mais, selon la Constitution polonaise, c'est le président qui ratifie les traités en dernier ressort. "Le président a le droit mais n'a pas le devoir de signer", a expliqué Piotr Winczorek, un expert de droit constitutionnel.

Un veto présidentiel contre une loi peut être annulé par le parlement, mais il n'existe aucune disposition permettant la ratification d'un traité si le président y est opposé. "Ni le parlement ni le gouvernement n'ont de marge de manoeuvre", a ajouté Piotr Winczorek.

La défection de Lech Kaczynski, annoncée au premier jour de la présidence française de l'UE, porte un coup sérieux aux efforts du président français Nicolas Sarkozy qui entendait limiter à la seule Irlande le problème de la ratification.

Cependant, pour la politologue Lena Kolarska-Bobinska, la date de l'annonce est une "pure coïncidence". L'entretien avec le quotidien portait effectivement surtout sur les débats actuels liés au passé communiste de la Pologne.

"Pour le président, c'est l'occasion de s'imposer, se montrer en scène politique nationale, pour montrer qu'il a un autre point de vue sur des questions clés", dit-elle.

"Le parti des frères Kaczynski est de moins en moins populaire et l'Europe est l'un des thèmes importants pour ce parti. Catholicisme, décommunisation et euroscepticisme sont les cartes que joue ce parti", explique-t-elle.

Depuis leur défaite aux élections législatives d'octobre, les conservateurs sont largement à la traîne des libéraux du Premier ministre Donald Tusk dans les sondages. Les deux frères, Lech Kaczynski et l'ancien Premier ministre Jaroslaw Kaczynski, sont actuellement les dirigeants les plus impopulaires de Pologne.

Pour les jumeaux, il n'y a pas de problème à se heurter à l'ensemble des autres dirigeants européens, si cela sert leurs intérêts politiques internes.

Ils l'ont prouvé pendant les deux années durant lesquelles ils ont contrôlé le pouvoir à Varsovie: ils avaient alors multiplié les frictions avec l'UE, en particulier lors de la difficile négociation du traité de Lisbonne.

Paradoxalement, les jumeaux avaient alors fini par donner leur accord au traité en le présentant comme un grand succès personnel. Mais un échec du traité de Lisbonne ne leur ferait aucune peine, car ils ont souvent répété que l'actuel traité de Nice était plus favorable à la Pologne.

"Nous aurons sans doute une nouvelle crise politique", estime le politologue Kazimierz Kik. Selon lui, les Kaczynski entendent obtenir du Premier ministre que toutes les décisions concernant l'UE soient prises avec le triple accord du gouvernement, du parlement et du président. Ceci n'est actuellement pas prévu par la Constitution polonaise qui donne la prééminence au gouvernement.

"Si Kaczynski signait le traité, ce serait un succès de Tusk. Le président veut avoir son propre succès en arrachant des concessions aux libéraux", résume-t-il.

Dans l'immédiat, Donald Tusk a appelé le président à revenir sur sa décision. "Ce n'est pas ainsi que l'on construit la position de la Pologne dans le monde", a-t-il dit.

La décision du président risque aussi d'accélerer la constitution d'une Europe à deux vitesses, craignent les pro-européens polonais. "La France, l'Allemagne, et peut-être d'autres pays, laisseront de côté ceux qui ont des complexes", a prévenu Stanislaw Zelichowski, un dirigeant du parti paysan PSL, allié des libéraux.

Publié le: 01/07/2008 à 15:09:59 GMT Source : AFP
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