Paris redoute une aggravation de l'instabilité en Afrique
PARIS (AFP) - La France redoute qu'un renversement par la force du président tchadien Idriss Deby Itno, menacé par la rébellion, se traduise par une instabilité accrue en Afrique mais doit d'ores et déjà faire face à des accusations d'ingérence dans son ancienne colonie.
Principal soutien du président Deby, la France se trouve une fois de plus en première ligne dans ce pays de son ancien "pré carré", resté un élément important de sa présence politique et militaire en Afrique francophone.
L'alarme est d'autant plus vive à Paris que la crise tchadienne survient alors que la France est déjà lourdement engagée politiquement et militairement dans la recherche d'une issue au conflit ivoirien, où se joue aussi en bonne part la crédibilité de sa politique africaine.
M. Chirac a fait savoir jeudi qu'il avait appelé à plusieurs reprises son homologue tchadien après l'offensive du Front uni pour le changement (Fuc) et s'était entretenu avec d'autres chefs d'Etat africains, parmi lesquels le président en exercice de l'Union africaine, le Congolais Denis Sassou Nguesso. Le président français a notamment fait état, selon son entourage, de la "crainte d'interventions extérieures", allusion au Soudan voisin, accusé par N'Djamena d'appuyer la rébellion.
"La France est attachée à la stabilité du Tchad, dont la position centrale en Afrique constitue un point d'ancrage très fort pour la stabilité du continent dans son ensemble", a indiqué dès mercredi le ministère français des Affaires étrangères. Un renversement d'Idriss Deby pourrait déboucher sur un effondrement du pays, redoute-t-on dans les milieux diplomatiques français, en évoquant parfois l'exemple de la Somalie livrée aux factions et aux seigneurs de la guerre. "Quelles que soient les insuffisances de Deby, nous ne souhaitons pas voir le régime changer sur la base d'un coup d'Etat. Nous ne pensons pas que l'arrivée de quelqu'un d'imposé soit une bonne chose", estime un diplomate français, sous couvert de l'anonymat.
La rébellion tchadienne, souvent alimentée par des ressentiments familiaux ou ethniques contre le président Deby, est loin de représenter une alternance viable pour le pays, estime-t-on à Paris. Dans ce contexte, l'action des quelque 1.350 militaires français présents au Tchad, avec six chasseurs Mirage F1 en appui, est particulièrement sensible. Selon Paris, ils s'en tiennent à une mission de "soutien au renseignement" et d'"assistance logistique" à l'armée tchadienne, ainsi qu'à la protection des quelque 1.500 ressortissants civils français. Le ministère de la Défense a aussi indiqué qu'un Mirage français avait effectué mercredi un tir "de semonce" près d'une colonne rebelle, afin d'envoyer un "signal politique".
Le Fuc a accusé l'aviation française de bombardements sur des localités tenues par la rébellion dans l'est, une information démentie par Paris. Le représentant en France du Front, l'ancien ministre des Affaires étrangères tchadien Laona Gong, a accusé jeudi Paris, "impliqué à plus d'un titre dans les problèmes du Tchad", de soutenir "aveuglément" le président Deby.
Un autre mouvement rebelle, le Scud (Socle pour le changement, l'unité nationale et la démocratie), formé par d'anciens officiers et des membres du clan présidentiel qui ont fait défection, a lui aussi dénoncé une nouvelle dérive de la "Françafrique", surnom donné à la politique africaine de la France. Paris "a choisi son camp, celui du despote Deby contre celui du peuple tchadien (...) et porte la lourde responsabilité des conséquences du présent conflit", avait déclaré son porte-parole fin mars.