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Paradis fiscaux: la Suisse contre-attaque après la critique de l'Allemagne
Le chef de la diplomatie helvète, Micheline Calmy-Rey à Bogota le 11 août 2008 (© AFP/Archives - Mauricio Duenas)
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GENEVE (AFP) - La Suisse est sortie de ses gonds mercredi pour défendre son secret bancaire après les propos virulents tenus la veille par le ministre allemand des Finances, Peer Steinbrück, appelant l'OCDE à la mettre sur la "liste noire" des paradis fiscaux.
"Le Conseil fédéral (gouvernement, ndlr) est mécontent" des propos tenus par M. Steinbrück et a décidé de convoquer le jour même l'ambassadeur d'Allemagne à Berne, a rapporté le chef de la diplomatie, Mme Micheline Calmy-Rey.

La réaction est inhabituelle pour la Suisse qui assurait lundi encore qu'il n'y avait "pas de raison de réagir". Mais le Conseil fédéral, réuni dans la matinée, a été particulièrement irrité par "le choix des mots" du ministre allemand.

M. Steinbrück, dont le pays est secoué par un scandale de fraude fiscale vers le Liechtenstein, n'y est en effet pas allé par quatre chemins à la réunion de 17 pays membres de l'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) à Paris à laquelle Berne a refusé de participer.

"La Suisse mérite de figurer sur la liste noire" de l'OCDE des mauvais élèves en matière fiscale et judiciaire car "elle propose des conditions de placement qui incitent certains contribuables allemands à pratiquer l'évasion fiscale", a-t-il dit.

Il est allé jusqu'à menacer de "manier le bâton" contre les pays qui, comme la Confédération, encouragent selon lui l'évasion fiscale. Des termes qui ont fortement déplu.

Le ministre français du Budget Eric Woerth a surenchéri : "le secret bancaire doit trouver ses limites. La Suisse a fait des progrès, mais sa définition de la fraude fiscale est beaucoup trop réduite".

La Confédération, leader mondial de la gestion de fortune privée, considère avoir déjà lâché du lest sur le sujet, payant annuellement des impôts aux pays d'origine des citoyens de l'Union européenne qui possèdent un compte en Suisse, en vertu d'accords bilatéraux.

Et continue de défendre bec et ongle son secret bancaire qui fait sa fortune, mais ne cesse d'être mis en cause par ses voisins.

"Ces attaques sont intolérables", a commenté un porte-parole du Parti radical démocratique (PRD, droite), renvoyant le problème à l'Allemagne qui "n'arrive pas à offrir de bonnes conditions fiscales à ses entreprises".

Les propos de M. Steinbrück "sont typiques d'un ministre des Finances dépassé par les événements", a également dénoncé le parti de droite populiste UDC.

Tandis que la Neue Zürcher Zeitung (NZZ) assène dans un éditorial : "certains hommes politiques se profilent non seulement en sauveurs des banques dans la crise financière, mais ils essayent également de faire leur propre petite cuisine politique".

Au-delà du différend allemand, si la hache de guerre est à nouveau déterrée entre la Suisse et ses voisins, c'est, pour beaucoup, en raison de la crise financière mondiale qui rend essentielles les rentrées fiscales pour les pays menacés de récession et augmente encore la concurrence entre places financières mondiales.

Dans ce contexte, la France et l'Allemagne risquent de ne pas lâcher, prédit le quotidien suisse 24 heures. Mais, grâce à son droit de veto à l'OCDE, la Suisse ne craint dans le fond pas grand-chose, rappelle le journal Le Temps.

Pour calmer les esprits, Mme Calmy-Rey a assuré que son pays était "toujours sur la voie du dialogue" avec l'Union européenne et que la fiscalité devrait être abordée au cours d'une rencontre en décembre entre le président de la Confédération Pascal Couchepin et celui de la Commission européenne José-Manuel Barroso.

Publié le: 22/10/2008 à 16:25:16 GMT Source : AFP
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