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Otan: partie remise pour Kiev et Tbilissi, une victoire tactique de Moscou
Des jeunes Russes pro-Kremlin protestent contre l'entrée de l'Ukraine et de la Géorgie dans le l'Otan, le 3 avril 2008 à Moscou (© AFP - Alexander Nemenov)
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MOSCOU (AFP) - La Russie, déterminée à empêcher l'expansion de l'Otan à ses frontières, a obtenu jeudi que l'Ukraine et la Géorgie restent à la porte de l'Alliance atlantique mais cette victoire n'est pas forcément définitive, estiment des analystes.
Même si les dirigeants de l'Otan se sont engagés à admettre Tbilissi et Kiev dans leurs rangs, les deux ex-républiques soviétiques ont échoué à obtenir l'accès au "Plan d'action en vue de l'adhésion" (MAP selon l'acronyme anglais), dernière étape avant l'entrée dans l'Alliance.

"La Russie a atteint son but qui consistait à empêcher les deux pays d'entrer dans l'Otan", estime Bob Ayers, expert pour la sécurité internationale à l'institut Chatham House à Londres. "Le dossier sera revu dans l'avenir, mais je suis sûr que le résultat sera le même", poursuit-il.

Pour l'analyste pro-russe Vladimir Kornilov, directeur de la filiale ukrainienne de l'Institut des pays de la CEI, le refus de l'Otan d'accorder le MAP à l'Ukraine et la Géorgie est "la plus importante victoire de la diplomatie russe depuis une décennie".

"C'est une victoire pour la Russie dans une certaine mesure. Pourtant le processus de l'intégration de Kiev et de Tbilissi est irréversible", relativise l'analyste russe Evgueni Volk de la fondation Héritage.

Il y a eu "des éléments de marchandage : la Russie a accepté plus de coopération avec l'Otan sur l'Afghanistan, n'a pas été trop dure dans le dossier gazier avec l'Ukraine, a ouvert les liaisons aériennes avec la Géorgie. Ce sont des signaux qui ont été bien accueillis en Occident", poursuit M. Volk.

En visite en Ukraine mardi avant le sommet, le président américain George W. Bush a exprimé son "soutien ferme" aux aspirations atlantistes de Kiev et de Tbilissi.

Mais la France et l'Allemagne y ont mis un frein jugeant que ces deux ex-républiques soviétiques n'étaient pas assez mûres en raison des problèmes de séparatisme en Géorgie et des divisions sur ce dossier en Ukraine où plus de la moitié de la population est hostile à une adhésion.

Paris et Berlin "craignent aussi le renforcement de l'influence américaine au sein de l'Alliance avec l'entrée de nouveaux membres et l'affaiblissement de la vieille Europe", souligne le politologue russe Stanislav Belkovski de Institut des stratégies nationales.

Une autre raison de la décision à Bucarest est le sommet russo-américain dimanche à Sotchi sur les bord de la mer Noire, le dernier entre Vladimir Poutine et George W. Bush.

Pour le président américain "il est important d'obtenir le feu vert de la Russie sur le déploiement d'éléments du bouclier antimissile (américain) en Europe", souligne M. Belkovski.

"Il y a toutes les chances qu'il l'ait à Sotchi tout en permettant à Poutine de sauver la face. L'Ukraine et la Géorgie auront pour leur part le MAP très vite, mais pour Poutine il est important que ce ne soit pas fait sous son règne", croit savoir M. Belkovski.

A Kiev et Tbilissi, les analystes ont perçu la décision de l'Otan comme une défaite pour leurs pays, causée principalement par la position de Paris et Berlin.

"La position de la France et de l'Allemagne, (....), s'explique par leur peur devant la Russie avec laquelle elles ne veulent pas se brouiller", déplore à Tbilissi Alexandre Rondeli de la Fondation géorgienne pour les études stratégiques et internationales.

"C'est sans aucun doute une défaite pour (le président pro-occidental Viktor) Iouchtchenko. Cela montre le niveau de soutien en Europe à son égard" souligne Viktor Tchoumak, expert du Centre international pour les études politiques à Kiev.

Selon l'expert, l'Ukraine "perd de nouveau du temps pour mettre en oeuvre des réformes nécessaires que le MAP aurait pu encourager".

Publié le: 03/04/2008 à 16:02:40 GMT Source : AFP
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